Dossier

Comment afficher l’impact environnemental des aliments ?

Offrir au consommateur une information lisible, fiable et objective pour l’aider à orienter ses choix vers des aliments plus durables : tel est l’objectif de l’affichage environnemental, en cours de conception dans le cadre de la loi Agec (Loi anti-gaspillage économie circulaire). Retour sur une expérimentation complexe et collective. Regards croisés entre Flore Nougarede, cheffe de projet Expérimentation affichage environnemental sur les produits alimentaires, à l’ADEME et François Martin, cofondateur de l’application Yuka.

Quelles sont les modalités de cette expérimentation ?
Flore Nougarede

Lancée en septembre 2020 elle devrait s’achever en juin prochain. Issues de tous les secteurs d’activité, des structures publiques ou privées sont invitées à proposer et à tester leur propre dispositif d’affichage environnemental, avec leurs modalités spécifiques, en concertation avec le comité de pilotage et un conseil scientifique. Critères, méthodes de calcul, formats d’étiquetage… rien n’est figé. La seule consigne est de s’appuyer en partie sur l’analyse du cycle de vie des produits, sans négliger d’autres indicateurs comme celui du respect de la biodiversité. Huit équipes (Yuka, Karbon, Les Mousquetaires, L’Empreinte, l’ATLA (Association de la transformation laitière française), Elior, le collectif La note globale et l’ADEPALE) se sont déjà engagées. Et tout ce travail est réalisé sous l’égide de différents ministères – Transition écologique, Économie, Finances et Relance, Agriculture et alimentation –, de l’ADEME et de l’INRAE.

François Martin 

Chez Yuka, nous avions décidé de travailler sur ce sujet avec un collectif représentant les mondes de la distribution, du numérique et des start-up. Mais participer à cette expérimentation avec l’ADEME constitue une opportunité supplémentaire. Elle nous permet de croiser les regards, tout en bénéficiant des expertises de l’Agence, du conseil scientifique et des parties prenantes. Ils nous ont ainsi poussés à travailler plus en profondeur nos mesures d’impact. Nous avons enrichi notre application avec ce nouvel affichage sur certains produits. Mais rien ne nous empêchera de la mettre à jour ultérieurement, en fonction des dernières recommandations de l’ADEME.

Quelles difficultés avez-vous rencontrées ?
F.M. :

La principale difficulté a été d’intégrer des dimensions non prises en compte dans l’analyse du cycle de vie : biodiversité, captage du carbone dans les sols, impact du plastique… Nous avons dû, pour cela, nous appuyer sur d’autres sources de données, fournies par des ONG ou des cabinets de conseil, par exemple, puis les compiler. Ces choix peuvent être critiqués mais le plus grand risque, pour nous, est de ne rien faire plus que d’être incomplets. Nous ne sommes qu’au début du travail.

Comment utiliserez-vous les dispositifs proposés ?
F.N. :

Nous nous appuierons sur leurs éclairages, mais aussi sur les travaux du conseil scientifique et sur ceux de groupes de travail spécifiques, pour rédiger un rapport assorti de recommandations qui sera présenté au parlement à la fin de l’année.

En quoi cette démarche est-elle importante ?
F.N. :

Cet affichage répond à une demande croissante des consommateurs sur l’information environnementale, et de multiples initiatives privées se développent. Un cadre collectif et transparent permettrait d’harmoniser les dispositifs pour gagner la confiance du public. Par ailleurs, l’objectif de cet étiquetage est double : favoriser une consommation plus favorable à l’environnement, via l’information environnementale des produits alimentaires, mais également améliorer l’offre en amont grâce à l’écoconception.

F.M. :

Multiplier les indicateurs environnementaux aurait perdu les consommateurs. Cette mutualisation des ressources pour définir un score unique nous semble plus pertinente et plus efficace. Il offre en outre une suite logique à notre application Yuka, attendue par nos 20 millions d’utilisateurs pour faire des choix éclairés.

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