Soucieuse de son engagement dans la transition écologique, la filière bois française innove et se modernise pour proposer des solutions vertueuses de la forêt à l’habitat. Coup de projecteur sur SILVAÉ et Sycomore, deux projets novateurs soutenus par France 2030 et accompagnés par l’ADEME.
Partager
Nichée au pied du massif de la Chartreuse, la vallée du Grésivaudan relie Grenoble à Chambéry. C’est au coeur de ce territoire où les forêts s’étendent à perte de vue qu’est né le projet SILVAÉ (Société d’innovation locale pour une valeur ajoutée équitable). Organisée sous la forme d’une Société coopérative d’intérêt collectif (SCIC), SILVAÉ entend gérer la ressource bois à l’échelle locale, de la forêt à l’habitat. Mis en oeuvre par la scierie Bottarel, à Goncelin, spécialisée dans la transformation des petits bois feuillus, le projet s’est construit sur un constat simple : pour assurer un développement vertueux de la filière bois, il faut s’occuper de chaque maillon de la chaîne, dont certains faisaient défaut. Par exemple, le manque d’équipement pour la transformation des bois de gros diamètres, obligeait Bottarel à importer sa matière première, une ressource pourtant présente en abondance dans la région.
une usine gros bois et une usine bois feuillus
transformés à terme avec le projet SILVAÉ (10 000 m³ de feuillus et 30 000 m³ de gros bois)
Lancé à l’été 2022, SILVAÉ va permettre d’une part la modernisation du site de Goncelin et, d’autre part, la création d’une deuxième usine à La Mure avec des outils adaptés à la transformation de ces gros bois et ainsi rendre possible une gestion intégrée de la ressource à l’échelle locale. « Jusqu’au terme du projet, fin 2026, et au-delà, le développement de l’outil industriel va relier tous les acteurs de la filière : des propriétaires forestiers aux communes en passant par les artisans, exploitants, investisseurs et habitants. Ainsi, cette intégration en filière assurera un approvisionnement raisonné et régulier en bois locaux et les transformera et les valorisera sur place pour construire des habitats vertueux, locaux et à forte valeur environnementale », explique Aurélie Caillaud, chargée du projet SILVAÉ.
de bois sont nécessaires pour un logement de 100 m²
par an pourront être produits par SILVAÉ
Une convention avec l’ONF pour inclure les collectivités locales
« En aval, il n’y avait pas beaucoup d’appétence de la part des clients et même des ébénistes ou des menuisiers, pour le bois massif. En amont, le prix du bois sur pied avait très peu évolué depuis 30 ans, à tel point que les propriétaires forestiers n’avaient plus intérêt à le vendre », détaille Fabien Morel, PDG de la scierie Bottarel. C’est pour pallier cela qu’une convention tripartite a été signée entre SILVAÉ, l’ONF et les communes afin d’assurer à ces dernières un revenu régulier. La SCIC SILVAÉ s’engage à acheter le bois à un tarif préférentiel, en échange de quoi les communes financent une partie de son actif. Ce processus alimente ainsi la production de manière continue et raisonnée. En parallèle, le projet entend développer un centre grâce auquel les habitants pourront se former aux métiers de la filière bois, aux techniques constructives adaptées aux bois locaux et découvrir les différentes essences et leurs caractéristiques.
Mais la dynamisation de la filière ne s’arrête pas à la porte de la scierie, car SILVAÉ propose ensuite des solutions de construction d’habitat et de mobilier en bois via l’entreprise AtticorA H20. Trois petits hameaux « humains et ouverts » ont déjà vu le jour et un nouveau projet est en construction à La Mure. Il regroupera une cinquantaine de maisons et d’habitats partagés entièrement produits par les deux scieries SILVAÉ, dans un rayon de 35 kilomètres.
d’emplois crées
c’est le coût total du projet
Proposer un habitat bas carbone issu de la filière bois à un budget abordable, c’est aussi le défi que s’est lancé Vestack, une entreprise francilienne créée il y a six ans par Sylvain Bogeat, Jean-Christophe Pierron et Nicolas Guinebretière. Avec la particularité d’une construction hors site qui offre de nombreux avantages. Les modules sont conçus et produits dans leur usine en Seine-et-Marne avant d’être assemblés sur le chantier.
Un jumeau numérique pour une meilleure anticipation
À l’été 2024, Vestack est lauréat de l’appel à projet France 2030 « Construction et rénovation hors site » (CRHOS) avec l’ambition de développer deux outils logiciels regroupés dans un projet baptisé Sycomore. Ces deux innovations amélioreront la symbiose entre la conception digitale et la construction industrielle. D’abord avec un premier logiciel baptisé Corbusier, grâce auquel les clients pourront, dès le démarrage du projet, dessiner simplement leur bâtiment sous forme de modules, un peu à la manière d’un configurateur de cuisines en ligne. Ensuite avec Ludwig, un plug-in à destination des architectes et des équipes de Vestack pour réaliser des dessins complexes et concevoir de manière plus approfondie. L’idée étant de créer un jumeau numérique du bâtiment afin d’anticiper précisément les détails des instructions de production dès les premières esquisses architecturales.
Pour Sylvain Bogeat, l’objectif de Vestack est de « démocratiser la construction bas carbone, car celle-ci ne peut se faire au détriment du budget. Nous avons développé des solutions, comme le modulaire, pour gagner en productivité tout en utilisant des matériaux bas carbone et biosourcés. Les progrès technologiques nous permettent d’absorber les surcoûts et de faire désormais jeu égal avec la construction traditionnelle en béton, généralement 20 à 25 % moins coûteuse ». Grâce à ses modules de la taille d’un autobus, fabriqués en usine et assemblés sur les chantiers à la manière de Legos, Vestack a réussi l’exploit de diviser par trois son empreinte carbone et de réduire de moitié la durée de construction des bâtiments. « Nous travaillons pour plusieurs bailleurs sociaux en proposant un habitat collectif. Vestack peut répondre parfaitement aux ambitions environnementales les plus élevées (comme la RE 2028 ou la RE 2031) », ajoute Sylvain Bogeat.
Les avantages de la construction hors site :
- une efficacité accrue et des économies importantes ;
- une utilisation de plus de 70 % de matériaux recyclés et recyclables sans surcoût ;
- un délai de construction divisé par deux ;
- un contrôle qualité plus poussé en usine ;
- confort et sécurité pour les équipes.
Alors que le secteur du bâtiment représente encore 25 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, les initiatives de SILVAÉ et les innovations de Vestack offrent la possibilité de construire ensemble la ville de demain tout en bâtissant de façon plus responsable, plus vertueuse et plus locale au meilleur prix.
« Les projets SILVAÉ et Sycomore (Vestack) s’inscrivent dans une volonté d’innovation et de réorganisation de la filière bois-forêt pour mieux répondre aux enjeux de la transition écologique. À titre d’exemple, l’organisation en SCIC de SILVAÉ offre une approche coopérative nouvelle qui unit les fournisseurs de bois, les entreprises de transformation, les artisans et les habitants des logements autour d’un projet d’intérêt commun. Ce projet vise à développer une filière « Bois et Habitat » locale sur un rayon de 35 km, c’est-à-dire que tout le bois exploité dans ce territoire sera transformé et utilisé dans ce même rayon. Le soutien de l’ADEME, à hauteur de 8,9 millions d’euros, consiste à équiper deux lignes de production, dont une de très gros bois pour utiliser au mieux les ressources de la région. Au niveau social, le groupe possède un centre de formation afin de pérenniser la filière et s’est engagé à créer 12 emplois d’ici la fin du projet en 2026. Au niveau économique, SILVAÉ a reçu la visite de plusieurs collectivités locales intéressées par l’achat et aussi la vente de bois, ainsi que par la réalisation de projet de logements via l’entreprise AtticorA.
À ce jour, la partie bois feuillus à Goncelin est totalement opérationnelle, la dernière année sera consacrée à la finalisation et la mise en route de la ligne très gros bois de La Mure. Jusqu’à son terme, les experts de l’ADEME suivront l’évolution du projet et auront soutenu l’entreprise, depuis la sélection du dossier jusqu’à la mise en oeuvre opérationnelle. L’objectif est de s’appuyer sur ces expériences pour orienter de futures politiques publiques.