Recyclage des aimants permanents : une filière stratégique

Les aimants permanents, contrairement aux électro-aimants, n’ont pas besoin de courant pour générer un champ magnétique. On les trouve partout : sur les frigos, dans les jouets, ainsi que – et c’est moins connu – dans les disques durs, les moteurs électriques et les éoliennes. Seul hic : l’Europe ne dispose pas des minerais nécessaires à leur fabrication.


Emergence d’une filière française de recyclage

Moins de 1 % des terres rares que l’on retrouve dans les déchets tels que les véhicules hors d’usage (VHU) ou les déchets électriques et électroniques (D3E) sont aujourd’hui recyclées(1). Un gâchis quand on sait que ces alliages métalliques sont fabriqués à partir de terres rares, dont presque toutes les mines sont contrôlées par la Chine. La souveraineté de l’Europe sur ces matériaux est d’autant plus menacée que la demande liée à la transition écologique, notamment à l’électrification de l’industrie et des usages, augmente partout dans le monde. C’est pourquoi la Commission européenne, dans le cadre de son plan d’action RESourceEU, adopté fin 2025, met en place des restrictions à l’exportation des déchets d’aimants permanents, ainsi que des mesures encourageant leur recyclage. En France, une filière de collecte et de valorisation se concrétise déjà.

Collecter les aimants, un défi !

« Les aimants s’agglutinent et interagissent avec leur environnement. Cela rend leur manipulation difficile et peut engendrer des accidents du travail. Des intoxications ou des pollutions sont aussi possibles lorsque les aimants ont été utilisés dans un milieu très pollué, rappelle Olivier Skora, responsable commercial de Daimantel, entreprise de Moselle spécialisée depuis 2021 dans la collecte et le traitement de ces matériaux. Nous avons donc développé des compétences et machines spécifiques. » Lauréate de l’appel à projets « Objectif Recyclage MATières » (ORMAT) de l’ADEME, Daimantel met au point de nouveaux processus d’identification et de traitement pour augmenter le taux de réemploi des aimants permanents. Elle a installé une ligne pilote dédiée à la déconstruction de disques durs et haut-parleurs, qui optimise la séparation, le tri et la récupération des aimants. L’entreprise fait par ailleurs beaucoup de sensibilisation auprès des industriels et des particuliers, pour les inciter à trier leurs appareils usagés (D3E, VHU, etc.). Elle a signé des partenariats avec certains d’entre eux pour structurer la collecte. Une fois extraits, les aimants sont reconditionnés ou transformés en poudres d’alliages contenant des terres rares prêtes à être recyclées.

Recyclage en boucle fermée

Une autre entreprise, MagREEsource, a inauguré près de Grenoble la première usine européenne de fabrication d’aimants permanents à partir de matière 100 % recyclée. Construite avec l’aide de l’ADEME, dans le cadre du Programme d’Investissements d’Avenir, devenu France 2030, cette installation s’appuie sur une technologie innovante de recyclage à l’hydrogène, que les fondateurs de MagREEsource ont mise au point alors qu’ils étaient chercheurs au CNRS. Il s’agit de pulvériser les déchets d’aimants, puis d’utiliser les poudres obtenues pour fabriquer de nouveaux aimants. « Nos produits sont indifférenciables des neufs et répondent parfaitement aux cahiers des charges des industriels, assure Luc Aixala, directeur Économie circulaire de l’entreprise. En revanche, ils ont un bilan carbone dix fois moins élevé. »

Des aimants soumis à un traitement
à l’hydrogène afin de les recycler.
Des aimants soumis à un traitement à l’hydrogène afin de les recycler.

Un impact environnemental 80 % moins élevé

De façon générale, l’impact environnemental des aimants recyclés (sur les consommations d’eau, les pollutions, etc.) est 80 % moins élevé(2). Le recyclage évite l’extraction minière de terres rares, puis leur traitement et leur transport entre les continents. Des étapes très énergivores et qui recourent à des produits toxiques. « Les industriels sont sensibles à cet argument, assure Luc Aixala. Nous produisons déjà entre 15 et 20 tonnes d’aimants par an, et nous croulons sous les demandes. » Pour y répondre, MagREEsource prévoit la construction d’une nouvelle unité pour 2027, capable de produire jusqu’à 500 tonnes d’aimants par an. Sa capacité devrait même atteindre 1 000 tonnes par an en 2031 ! Surtout, l’entreprise travaille sur une autre technologie complémentaire, qui permettrait à cette « Mag- Factory » de produire des aimants aux performances magnétiques supérieures. Une bonne nouvelle pour la souveraineté européenne. Rien d’étonnant à ce que la future usine fasse partie des projets stratégiques soutenus par la Commission européenne dans le cadre du Critical Raw Materials Act (CRM-Act).

Transition juste

Le projet va aussi contribuer à la résilience d’un territoire. « La région de Grenoble a beaucoup souffert de la désindustrialisation, notamment de la délocalisation de ses usines de fabrication d’aimants dans les années 1990, raconte Luc Aixala. Notre MagFactory va permettre d’y recréer plus de 200 emplois d’ici 2030. C’est pourquoi nous avons aussi reçu le soutien de la région Auvergne-Rhône-Alpes et de l’Europe, via le Fonds de Transition Juste. » Cette ambition est aussi affichée par l’entreprise Daimantel, dont le développement de l’activité devrait contribuer à revitaliser un ancien bassin sidérurgique en Moselle.

(1) Avis technique de l’ADEME « Terres rares, énergies renouvelables et stockage d’énergie ».
(2) Journal of Cleaner Production « Ex-ante LCA of magnet recycling: Progressing towards sustainable industrial-scale technology ».