Plastiques : pourquoi réduire avant de recycler ?

Longtemps, le problème des plastiques s’est résumé à une menace pour les animaux marins. Or il est plus large. Nous savons aujourd’hui que ces matériaux sont associés à de nombreuses pollutions et maladies. En outre, leur production dépend principalement du pétrole, une ressource fossile importée.


Émissions de gaz à effet de serre et pollutions liées à l’extraction et à la transformation du pétrole, multiplication des cancers et autres maladies associées aux additifs contenus dans les plastiques, perte de fertilité des sols contaminés par les microplastiques… La liste des dégâts provoqués par la fabrication et l’usage du plastique s’allonge chaque année. Il y a urgence à agir, et pas seulement pour des raisons écologiques ou sanitaires

Un enjeu de souveraineté

La France n’extrait pas de pétrole sur son territoire. Elle ne recycle et ne réincorpore dans son industrie que 14 % des 5 millions de tonnes de plastiques qu’elle consomme chaque année(2). Le reste vient de l’étranger ou est produit à partir de matière première importée, soumettant les entreprises aux risques de flambée des prix et de tension sur les approvisionnements.

Ces questions sont au coeur des négociations lancées en 2022 par les Nations Unies autour d’un Traité international contre la pollution plastique. La dernière rencontre, organisée à Genève en août 2025, n’a pas abouti à un accord. « Bien que la majorité des pays, dont la France, se soit positionnée en faveur d’un texte ambitieux, qui ne se contente pas de gérer les déchets mais s’attaque à la source du problème, c’est-à-dire à la réduction de la production de plastiques, une vingtaine d’autres, tous pétroliers, s’y oppose », relate Marie-France Dignac, spécialiste des sols et membre de la Coalition des scientifiques pour un traité efficace sur les plastiques.

Recycler ne suffira pas

En France, seul un quart du gisement de déchets plastique parvient à être collecté auprès des ménages et des entreprises(2). Par ailleurs, « nous ne savons recycler que quelques polymères (PET, PP, PE…), indique Marie-France Dignac. La plupart des plastiques (il en existe des milliers différents) sont trop complexes pour être traités par les procédés actuels et/ou contiennent des additifs qu’on ne peut pas laisser s’accumuler à chaque recyclage. Parmi les 16 000 substances chimiques qu’on peut trouver dans les plastiques, plus de 4 000 sont en effet connues pour être toxiques. C’est le cas par exemple des PFAS ou des bisphénols. » L’État, à travers l’ADEME, soutient de nouvelles technologies qui permettraient de lever ces freins techniques. « Des procédés de recyclage chimique sont en cours de développement ou d’industrialisation pour traiter certains déchets plastique complexes comme les fibres polyester ou pour extraire les phtalates de vieux revêtements de sol en PVC usagés, explique ainsi Quentin Tizon, ingénieur spécialiste des plastiques à la direction régionale de l’ADEME en Normandie. Toutes ces innovations augmenteront les capacités de traitement de nos déchets plastique… mais ne sont pas sans impact sur notre environnement et n’endigueront pas, à elles seules, l’explosion mondiale de la production de plastique. Lutter contre la pollution plastique ne pourra se faire sans activer les autres leviers de l’économie circulaire : la réduction de l’utilisation de matières plastiques, l’écoconception, la réparation ou encore le réemploi pour substituer les usages non essentiels du plastique. »

La sobriété doit rester la priorité

L’écoconception peut réduire la consommation de matière vierge en optimisant le design d’un produit ou en y incorporant de la matière recyclée, par exemple. Certaines entreprises redécouvrent les bienfaits de la laine, du verre ou de la céramique. D’autres mettent au point de nouveaux matériaux, biosourcés. Attention néanmoins à ne pas déplacer le problème ou à ne pas en créer d’autres : substituer le pétrole par de la biomasse peut avoir un intérêt, sauf si cela se fait au prix d’une surconsommation d’énergie ou si le produit obtenu contient plus d’additifs que le plastique qu’il remplace.

De même, certains matériaux dits « biodégradables » ne le sont pas en conditions réelles, ce qui engendre des pollutions des sols. C’est l’un des points soulevés par une récente expertise scientifique menée par l’INRAE et le CNRS sur les plastiques utilisés en agriculture et pour l’alimentation(3).

Le meilleur plastique étant celui qu’on ne produit pas, car il ne pollue pas, ne présente pas de risque sanitaire et ne déborde pas de nos poubelles, la sobriété doit rester la priorité. « Cela ne signifie pas forcément renoncer à nos besoins, précise Quentin Tizon. Utiliser une gourde, par exemple, n’empêche pas de s’hydrater. Mais cela peut économiser 365 bouteilles plastique à usage unique par an. »

460 Mt

de plastiques produits dans le monde en 2019 (contre 234 Mt en 2000)(1)

353 Mt

de déchets plastiques produits en 2019 (contre 156 Mt en 2000)(1)

3 fois plus

en 2060 si rien n’est fait(1)

9 %

seulement des déchets plastique sont recyclés dans le monde. Le reste est incinéré (19 %), enfoui (50 %) ou abandonné dans la nature (22 %)(1)

Un Plan plastique national

Une directive européenne interdit depuis 2021 les pailles, assiettes, touillettes et autres objets plastiques destinés à être jetés peu de temps après utilisation. Elle fixe aussi des objectifs plus ambitieux de taux de collecte et de recyclage des bouteilles en plastique d’ici à 2030.

Pour s’y conformer, la France a introduit plusieurs mesures dans sa loi anti-gaspillage pour une économie circulaire (AGEC) de 2020. Elle a élargi les missions des éco-organismes à l’ensemble du cycle de vie des produits, et elle prévoit la fin des emballages plastique à usage unique d’ici 2040. D’autres textes, comme la loi PFAS du 27 février 2025, s’attaquent aux additifs. Et, pour renforcer le tout, un Plan plastique national a été annoncé en juin 2025.

Ce dernier prévoit d’agir sur les trois grands axes de l’économie circulaire : une consommation plus responsable, une production plus durable, et une accélération du réemploi et du recyclage.

Outre la réparation, le reconditionnement et le recyclage, plusieurs secteurs devraient y gagner. Citons les solutions alternatives : caisses réutilisables pour remplacer les films de palettisation, systèmes de paillage ne relarguant ni microparticules ni additifs dans les champs, etc. Mais, l’offre et la demande étant liées, un changement culturel s’impose. « Bien que le lien entre de nombreuses pathologies (obésité, diabète, maladies cardiovasculaires, infertilité, certains cancers, etc.) soit démontré avec notre exposition à certains de leurs additifs (phtalates, bisphénols, retardateurs de flamme bromés…(4, 5)), les plastiques conservent une image positive, regrette Marie-France Dignac. Les alertes sanitaires n’arrivent pas à sortir notre société de son addiction. »

Quentin Tizon conclut « Je ne dis pas qu’il faut supprimer complètement le plastique car certains de ses usages, liés à des propriétés uniques, resteront indispensables (pare-chocs de voitures capables d’absorber l’énergie des collisions, câbles électriques, etc.). » Le futur du plastique n’est donc pas un avenir sans plastique mais un avenir où il redevient rare, stratégique, utilisé avec justesse, là où il est vraiment utile.

(1) OCDE, 2022.
(2) « Bilan national du recyclage 2012-2021 », ADEME.
(3) « Les plastiques utilisés en agriculture et pour l’alimentation : usages, propriétés et impacts », résultats de l’expertise scientifique collective Inrae-CNRS, mai 2025.
(4) Rapport de l’Igas-Igeed, « Évaluation de la deuxième stratégie nationale sur les perturbateurs endocriniens », juillet 2024.
(5) Santé publique France, 2019.