En Guadeloupe, la noix de coco se déguste fraîche sur le bord des routes, elle est transformée en sorbet ou intégrée aux produits cosmétiques. Mais derrière cette ressource emblématique se cache une réalité moins connue : des tonnes de coques laissées à l’abandon ou enfouies sans valorisation. Aujourd’hui, une jeune entreprise transforme ce déchet en véritable ressource.
Une filière locale de valorisation des déchets de coco
Depuis 2022, l’entreprise WICOCO, fondée par Joïk Pigeonneau, s’est donné pour mission de transformer ce déchet en ressource et de structurer une véritable filière locale d’économie circulaire. « Les déchets de coco n’étaient pas valorisés du tout », explique l’entrepreneur, revenu sur le territoire lors du confinement, avec l’ambition de développer « un projet qui pouvait aider la Guadeloupe, de manière économique et écologique ».
Implantée à Sainte-Rose, sur le site du troisième plus grand producteur de coco en Guadeloupe (1 600 cocotiers sur 10 hectares), WICOCO collecte les déchets auprès des vendeurs d’eau de coco, des acteurs de l’agroalimentaire et de la cosmétique. Les coques suivent ensuite une chaîne de transformation industrielle : séchage, séparation, défibrage, tamisage puis conditionnement. Ce procédé permet d’obtenir deux produits principaux :
- la tourbe de coco, un substrat naturel très recherché en agriculture et horticulture ;
- la fibre de coco, utilisée en paillage, géotextile (tissu pour stabiliser et protéger le sol), isolation ou rembourrage.
Installée dans un hangar ouvert de 500 m², la ligne de production de WICOCO peut traiter entre 1,5 et 3 tonnes de coques par heure.
Une solution pour un déchet complexe à traiter
En Guadeloupe, ces déchets sont difficiles à prendre en charge par les filières classiques en raison de l’incapacité des machines de broyage à les traiter sans user leurs lames ou bloquer leurs systèmes, ainsi que leur décomposition plus lente que les autres déchets verts. De ce fait, les dépôts sauvages sont courants par les vendeurs d’eau de coco, qui refusent de payer leur passage en déchetterie ou se voient tout simplement refuser le dépôt de ce déchet. Mais désormais, leur valorisation par WICOCO permet de :
- Limiter les décharges informelles et la prolifération de nuisibles en organisant la collecte des noix de coco à la source, en partenariat avec les professionnels et les collectivités locales ;
- Régénérer les sols en réduisant l’usage d’intrants importés grâce à une tourbe 100 % locale ;
- Structurer une filière métier territoriale autour d’une ressource déjà disponible.
Parallèlement, des actions de sensibilisation sont envisagées avec les collectivités locales afin d’informer les acteurs du territoire et le grand public sur les enjeux liés à la gestion de ces déchets organiques. Ces campagnes auraient pour but d’encourager les bonnes pratiques de tri et faciliter l’acheminement des noix de coco vers la filière de valorisation mise en place par WICOCO.
Aujourd’hui, Joïk Pigeonneau concentre son développement commercial sur les besoins des professionnels du jardinage, des agriculteurs et des pépiniéristes. A terme, il aimerait développer d’autres applications, en collaborant avec des professionnels du BTP, des animaleries ou encore des fabricants de literie et de tapisserie.
Pour être économiquement viable, l’entreprise envisage également un développement régional. « La prochaine étape pour rester compétitif consiste à étendre l’activité à l’échelle des Caraïbes », indique le dirigeant.
Le soutien de l’ADEME, un levier pour accélérer
Comme toute jeune entreprise industrielle, WICOCO fait face à des défis techniques et financiers. La mise en production a notamment été conditionnée par l’installation d’équipements énergétiques adaptés et par la modernisation du réseau électrique.
L’entreprise prévoit également une implantation sur un site mieux dimensionné, alimenté en énergie solaire, afin d’atteindre une production industrielle à grande échelle et plus sobre en énergie.
Pour franchir cette étape, WICOCO a bénéficié d’un soutien financier, dans le cadre du Fonds vert « Territoires d’industrie » de la Préfecture, fonds opéré par l’ADEME. Cette aide lui a permis d’investir dans de nouvelles machines pour automatiser la ligne de production et d’améliorer ses infrastructures.
Au-delà du financement, cet appui a eu un autre effet déterminant pour le dirigeant : « La subvention a aussi été une aide psychologique. Elle m’a donné plus d’audace et la possibilité d’envisager un développement plus rapide. »
de déchets de coco traités par an à horizon fin 2026
vont être créés à terme
de soutien dans le cadre du Fonds vert sur un projet global de 452 000 €
Le saviez-vous ?
La tourbe de coco pourrait être le terreau de demain. Elle retient très bien l’eau tout en assurant un bon drainage et une bonne aération, ce qui en fait un substrat idéal pour la culture hors-sol.
La fibre de coco est utilisée dans de nombreux secteurs : géotextile, rembourrage, filtration, animalerie, literie ou encore comme isolant dans le secteur du bâtiment.