En France, les fosses à lisier représentent 2 % des émissions de gaz à effet de serre, à cause du méthane qu’elles dégagent. Après dix ans de recherche, la PME Nénufar a mis au point une couverture qui récupère ce gaz, et le valorise comme source d’énergie. Ce dispositif innovant, en phase d’industrialisation, a été soutenu par France 2030.
Transformer les émissions en source d’énergie
La France compte quelque 70 000 fosses à lisier, émettrices de méthane. Ce puissant gaz à effet de serre pèse lourd dans les émissions du pays : chaque année le lisier émet 9 millions de tonnes de CO2 équivalent. Après une décennie de recherche et développement, l’entreprise Nénufar a imaginé une couverture de récupération et de valorisation du méthane. « Il s’agit d’une sorte d’entonnoir géant, créé sur mesure pour recouvrir les fosses à lisier » explique Rémy Engel, directeur général de Nénufar. Le méthane ainsi piégé est alors redirigé vers une chaudière, afin d’être utilisé comme source d’énergie. Ce système est notamment installé chez des éleveurs de porcs, qui chauffent alors leur bâtiment grâce au méthane : « la température de confort des porcelets se situe autour de 30 degrés, reprend le directeur général. Les éleveurs, qui chauffent la plupart du temps leur bâtiment avec du propane, avaient donc de lourdes factures de chauffage. »
Les couvertures Nénufar, qui ont été brevetées, offrent ainsi un double avantage : chacune permet d’économiser, en moyenne, 300 tonnes de CO2 équivalent par an, en plus de participer à rendre la ferme plus autonome en énergie. « Nénufar propose une solution à ce jour unique en Europe » note Emmanuel Fiani, coordinateur du suivi de portefeuille France 2030 à l’ADEME.
1,39 millions d’euros pour industrialiser le procédé
Aujourd’hui, Nénufar a déjà déployé quelque 250 installations en France, en Italie, en Suisse et bientôt en Belgique. Forte de ces premières réussites, cette PME innovante a lancé en octobre 2024 le projet Victoria, visant à industrialiser son procédé de fabrication. Sur les 1 390 000 euros de budget, 539 000 ont été financés par l’Etat dans le cadre de France 2030, opéré par l’ADEME. Le projet Victoria repose sur deux volets : l’augmentation de la cadence de production et la recherche et développement. « Toutes les couvertures sont fabriquées en France, dans l’Orne, explique Rémy Engel. Le projet Victoria nous a permis d’investir dans une découpeuse laser et dans un camion grue pour installer les nénufars. » Une découpeuse numérique pour le textile devrait également être achetée pour remplacer le travail manuel très chronophage.
En parallèle, un site de test grandeur nature a été créé en 2025, afin de mettre à l’épreuve les différentes améliorations des couvertures Nénufar, visant à fiabiliser et optimiser le procédé. « L’objectif est d’être plus performant sur le taux de récupération du méthane, de faciliter la mise en œuvre et de limiter la maintenance, afin que l’exploitant agricole ait le moins de choses à faire », explique Emmanuel Fiani. Le projet Victoria a permis de recruter deux nouvelles personnes, portant à 33 le nombre de salariés au sein de l’entreprise. « Nous sommes dans une dynamique de croissance : les embauches devraient continuer », assure le directeur général.
Dans les mois à venir, la PME souhaite réduire l’impact environnemental de sa solution. Elle a notamment pour ambition de réaliser une analyse du cycle de vie des couvertures, et d’étudier les options de recyclage de celles-ci. De plus, une réflexion autour de la valorisation des chutes de tissu utilisé pour les fabriquer est en cours.