Déjà spécialiste du réemploi des citernes de 1 000 litres, l’entreprise Emb-i-Pack vient de relever un défi plus complexe : laver et revendre des bidons de 20 litres. Si le reconditionnement de ces derniers était jusqu’à présent trop peu rentable, le marché prend un virage grâce à la hausse du prix des matières premières et à un contexte réglementaire favorable.
Collecter, laver, puis réutiliser. Voici l’idée simple d’Emb-i-Pack, entreprise d’Indre-et-Loire qui mise sur le réemploi des bidons plastiques industriels. Ces emballages professionnels, qui peuvent contenir des huiles, des produits chimiques ou des produits de nettoyage, sont très polluants et souvent à usage unique, alors qu’ils pourraient être réutilisés : ce geste permettrait de réduire de 97 % les émissions de gaz à effet de serre liées à leur production*. Pour développer cette économie circulaire, Emb-i-Pack a investi 350 000 euros en 2024 dans une ligne de lavage spécifiquement développée pour les bidons de 20 litres. « Nous sommes cependant contraints par deux phénomènes : les dimensions des bidons, qui ne sont pas standardisées, et des designs anti-goutte qui ne permettent pas de sécher à 100 % l’emballage », observe Mathieu Bernard, gérant d’Emb-i-Pack. La PME s’est ainsi associée avec un metteur en marché de produits d’hygiène, dont les dimensions sont toutes les mêmes.
Être rentable
Le réemploi des contenants ne date pas d’hier chez Emb-i-Pack. Créée en 2008, la PME s’est d’abord développée dans l’économie circulaire en réemployant des grandes cuves et des conteneurs-citernes de 1 000 litres (IBC, pour Intermediate Bulk Container), un marché déjà bien établi, porté avant tout par des considérations économiques. « Il faut seulement quelques litres d’eau pour laver ces IBC, dont les dimensions sont standardisées : ce marché est économiquement viable », explique Mathieu Bernard. Cette activité représente déjà plus de 70 % du chiffre d’affaires de l’entreprise.
Jusqu’à présent, pour les bidons de 20 litres, la consommation d’eau et le traitement nécessaire au nettoyage restaient trop chers par rapport au prix d’achat d’un bidon vierge. Cependant, Emb-i-Pack a optimisé le processus de lavage, en réutilisant l’eau, en séquençant le protocole et en trouvant un compromis optimal entre la durée, la pression et la température de l’eau. En parallèle, la hausse du coût des matières premières et à la future entrée en vigueur de la loi REP emballages professionnels renversent la balance.
L’entreprise accompagne aujourd’hui des acteurs de nombreux secteurs, parmi lesquels les fabricants de produits d’hygiène et d’entretien, les distributeurs de produits chimiques, l’agroalimentaire, le bâtiment ou encore l’automobile. Des entreprises comme Hydrachim, Stockmeier, Ecolab ou Kersia ont ainsi fait le choix d’intégrer des bidons réemployés dans leurs activités. « Kersia nous a notamment soutenus et fortement incités à développer le réemploi des bidons, qu’elle a elle-même baptisés « Clean Pack », explique le dirigeant. Cet engagement des metteurs en marché a permis de consolider le modèle économique : « nous arrivons désormais sur un modèle porteur, où le bidon de 20 litres propre est revendu moins cher qu’un emballage neuf. » Résultat, si en 2024, seuls quelques milliers de bidons de 20 litres ont été nettoyés et revendus, ce chiffre monte à 60 000 en 2025 et devrait atteindre 160 000 en 2026.
Au fil des ans et des projets, l’ADEME a accompagné l’entreprise dans ses investissements : au total, près de 900 000 euros d’aides ont été attribués.
Ne rien jeter
En plus du réemploi, Emb-i-Pack est spécialiste du recyclage, notamment pour les bidons trop abîmés pour être nettoyés : « il n’y a pas à choisir entre réemploi et recyclage : ce sont deux activités complémentaires », explique Mathieu Bernard. Ainsi, l’entreprise dispose d’une usine spécialisée dans la collecte et le broyage des emballages : la matière obtenue est ensuite réincorporée dans la fabrication de nouveaux produits. « Une partie de ce plastique broyé est ensuite utilisée pour des tuyaux, mais nous voulons cibler en priorité la réincorporation : l’idéal est que ce déchet de bidon puisse être transformé en un nouveau bidon. »
Selon l’analyse du cycle de vie menée par l’entreprise, introduire 25 % de matière recyclée dans la fabrication d’un bidon permet de réduire de 21 % les émissions de gaz à effet de serre associées à la production de celui-ci*.
*Source : donnée issue de ACV d’Emb-i-pack réalisée avec Altyor sur les bidons de 22,5 litres.