Comment limiter les surchauffes et préserver des conditions d’usage satisfaisantes lorsque les températures s’envolent ? À Revigny-sur-Ornain, dans la Meuse, le collège Jean Moulin a été repensé pour conjuguer réhabilitation de l’existant et adaptation aux étés plus chauds. Bois local, matériaux biosourcés, protections solaires et ventilation naturelle : une rénovation globale de niveau Passivhaus (rénovation complète visant à atteindre de très hautes performances énergétiques) récompensée par le Prix Envirobat Grand Est 2025.
Le confort d’été dès la conception
Engagée en 2019 à la suite d’infiltrations, la rénovation du collège visait d’abord à améliorer la performance énergétique en hiver. Mais l’agence Mil Lieux pousse l’ambition jusqu’à une conception passive intégrant aussi le confort d’été. Pour éviter que la chaleur ne s’installe dans les salles de classe, la conception du bâtiment repose sur plusieurs principes : « Nous intervenons sur la qualité de l’enveloppe, de l’isolation, des protections solaires et l’inertie du bâtiment », résume Jean-Philippe Donzé, architecte et fondateur de Mil Lieux.
Les brise-soleil limitent ainsi les rayons directs, tandis que les isolants biosourcés – fibre et laine de bois, textile recyclé ou ouate de cellulose – ralentissent l’entrée de la chaleur. La nuit, lorsque l’air extérieur se rafraîchit, une ventilation naturelle traversante évacue la chaleur accumulée dans la journée et refroidit la structure. L’air entre par différentes façades et traverse le bâtiment. Pour maintenir cette circulation lorsque les portes des classes sont fermées, des grilles ou volets de transfert d’air sont intégrés entre les espaces. Ce dispositif peut permettre de commencer la journée avec une température intérieure jusqu’à 6 °C plus basse que celle obtenue sans rafraîchissement nocturne. Il reste toutefois moins efficace en cas de canicule, lorsque l’écart de température entre le jour et la nuit devient trop faible. Triple vitrage, double orientation de certaines salles, végétalisation et ventilation double-flux complètent ainsi cette stratégie.
Les relevés réalisés par le Département de la Meuse permettent d’en mesurer les effets. Lors de l’épisode de fortes chaleurs de juin 2026, marqué par des températures extérieures dépassant localement les 40 °C, les maxima observés dans les espaces suivis du collège se situaient entre environ 27 °C au rez-de-chaussée et 29,5 °C dans les niveaux les plus exposés. Dans un établissement non climatisé, ces résultats témoignent de l’efficacité des choix de conception mis en œuvre pour limiter les surchauffes estivales et en atténuer les effets pour les élèves et les personnels. « Les usagers ont eu chaud, mais moins chaud qu’ailleurs : avec le recul dont nous disposons sur l’ensemble du parc, ce sont pour nous des résultats très satisfaisants », souligne Mélissa Marchand, directrice du Patrimoine Immobilier au Département de la Meuse
Rénover pour longtemps
La rénovation a aussi été pensée à l’échelle des prochaines décennies. La structure en bois vosgien et les modules préfabriqués, associés à des cloisons légères, permettent de faire évoluer plus facilement les espaces et d’adapter le collège à de futurs besoins.
Cette rénovation permet également de diviser par quatre la consommation énergétique théorique du bâtiment, de 203 à 50 kWh d’énergie primaire par m² et par an. Malgré l’agrandissement du collège, cette forte baisse des besoins a permis de conserver l’ancienne chaufferie gaz : son remplacement par un nouvel équipement n’aurait été pertinent ni financièrement ni en matière d’empreinte carbone.
Raisonner sur la durée de vie du bâtiment implique enfin de regarder au-delà du seul coût des travaux. L’ambition environnementale représente un surinvestissement estimé à 3,4 % par rapport à une solution au niveau réglementaire minimal (RE 2020), amortissable en 14 ans selon le calcul en coût global du projet. Pour le Département, cet investissement répond ainsi à trois enjeux : maîtriser la facture énergétique, réduire l’empreinte carbone et améliorer le confort des élèves et du personnel enseignant.
Des exemples pour inspirer d’autres projets
Le Prix Envirobat Grand Est met en lumière des réalisations dont peuvent s’inspirer d’autres maîtres d’ouvrage, quels que soient leur territoire et leurs moyens. Les lauréats, comme le collège Jean Moulin en 2025, sont documentés pour partager leurs solutions et leurs enseignements. Une façon aussi d’accompagner l’évolution des pratiques : « Le confort d’été et l’anticipation des risques climatiques sont désormais au cœur des sujets. Les protections solaires ou la ventilation naturelle deviennent progressivement des réflexes de conception », observe Noémie Scheuir, chargée de mission communication et construction durable.
Le Réseau Bâtiment Durable
Envirobat Grand Est fait partie du Réseau Bâtiment Durable. Animé par l’ADEME, ce réseau fédère 25 structures et 3 700 adhérents engagés dans la transition écologique du secteur. En 2025, il a organisé 1 300 événements réunissant 42 800 participants et formé 2 100 professionnels.