En 2021, l’ADEME publiait Transition(s) 2050, un exercice prospectif définissant plusieurs scénarios pour atteindre la neutralité carbone en France en 2050. Mais ces derniers étaient difficiles à transposer à l’échelle locale. Un nouveau programme, Territoires 2050, vise donc à proposer une méthode. Entretien avec Sébastien Walczyszyn, qui coordonne cette approche à la Direction exécutive des Territoires à l’ADEME.
Transition(s) 2050 a permis de sensibiliser le public et d’éclairer les décideurs sur les choix qui s’offraient à eux au niveau national. En présentant des trajectoires cohérentes, abordant tous les sujets liés au changement climatique, l’exercice rendait la transition écologique, ses efforts et ses bénéfices, moins abstraits. Mais il n’était pas simple d’adapter les récits nationaux à la diversité des territoires. Une frange littorale, une station de montagne, une agglomération du Nord ou un village méditerranéen ne sont pas confrontés aux mêmes enjeux. Leurs géographies, climats, activités économiques et ressources diffèrent, tout comme leurs projets de territoire et leur identité locale. Les collectivités ne peuvent pas simplement reprendre les moyennes nationales et les appliquer à leur contexte. C’est pourquoi nous avons lancé Territoires 2050, fin 2025.
L’objectif est d’aider les communes et intercommunalités à se projeter dans vingt-cinq ans, en tenant compte à la fois de l’évolution du climat, de leurs caractéristiques propres et des différentes trajectoires que pourrait choisir la France pour sa transition écologique.
Nous avons proposé à des collectivités de devenir partenaires du programme, afin de bénéficier de leur expertise terrain. Parmi celles qui se sont portées volontaires, nous en avons choisi six, avec le souhait de composer un bouquet relativement représentatif de la diversité des contextes territoriaux de l’Hexagone : la Communauté de communes Pays d’Évian-Vallée d’Abondance, la Communauté de communes Marenne Adour Côte Sud (dans les Landes), la Communauté urbaine de Dunkerque, Grand Paris Sud-Est Avenir (autour de Créteil), la Métropole Aix-Marseille-Provence et le parc naturel régional des Grands Causses (près de Millau).
Nous voulions aborder toutes les grandes thématiques de la transition : mobilité, logement, agriculture et alimentation, activités économiques, gestion de l’eau et de l’énergie, gouvernance… Mais nous souhaitions aussi que les collectivités, notamment leurs élus, définissent les enjeux prioritaires à approfondir localement. Nous les avons incités à choisir quatre ou cinq zones de leurs territoires qu’ils jugeaient représentatifs de ces enjeux : un terroir viticole autour d’Aix-en-Provence, un massif forestier dans les Landes, une zone commerciale près de Marseille, un axe routier en Île-de-France, etc.
Des ateliers ont été organisés en juin 2026 avec chaque collectivité et ses parties prenantes : élus, services techniques, partenaires institutionnels, représentants de la société civile, etc. L’objectif était de penser, pour chacune des zones choisies, à la manière dont elles pourraient évoluer dans les différents scénarios nationaux, puis comment elles pourraient y contribuer au mieux. En septembre, de nouvelles tables-rondes ont été organisées, cette fois pour inviter les collectivités à passer de ces études de cas à des récits concernant l’ensemble de leur territoire. De nouvelles problématiques vont émerger, car mettre en relation les transformations de chaque zone oblige à repenser l’ensemble du système territorial : l’organisation de ses mobilités, le partage de l’eau, la gestion des déchets, les circuits économiques, etc.
Ce type d’exercice permet aux territoires de mieux comprendre la diversité des chemins de transition qui leur sont offerts, les faits incontournables à anticiper dès aujourd’hui, mais aussi les effets en cascade des décisions. Les récits n’ont pas vocation à prédire l’avenir, ni à dicter quoi faire aux collectivités. En revanche, ils sont un bon outil pour renforcer la cohérence des politiques locales. Si les projets d’urbanisme suivent la tendance d’un scénario national, mais que les orientations en matière de gestion forestière ou de politique touristique en suivent un autre, il y a des chances qu’une impasse survienne tôt ou tard.
Les scénarios de l’ADEME ne sont pas des recettes à suivre à la lettre. Nous proposons aux collectivités une méthode leur permettant d’acquérir une vision plus systémique, à long terme, de leur territoire. Sur cette base, elles peuvent construire leur propre trajectoire de décarbonation, en tenant compte des objectifs nationaux et des enjeux qui s’imposent à elles.
Le programme nous a permis de définir et tester une méthode utile et réplicable. Nous la publierons dans la foulée des récits.