Pour mieux intégrer la santé dans les projets d’aménagement tout en répondant aux enjeux de la transition écologique, l’ADEME et l’Ecolab du Commissariat général au développement durable (CGDD) ont accompagné huit territoires entre 2024 et 2025, dans le cadre du projet « Expé URBA SanTé ». Mobilisation des habitants, concertation, évaluation… Cette première saison a permis de tester des méthodes concrètes pour lever les difficultés rencontrées sur le terrain et en tirer des enseignements utiles à d’autres collectivités.
Dix jours d’expertise pour faire avancer les projets
Mobilités, végétalisation, logement, bruit, qualité de l’air… L’urbanisme favorable à la santé (UFS) vise à améliorer la santé et le bien-être tout en générant des co-bénéfices environnementaux. Mais comment traduire cette ambition en projets concrets ? Comment identifier les besoins des habitants et les associer aux décisions, ou bien encore mesurer les effets d’un aménagement sur leur santé ? Pour aider les collectivités à franchir ce cap, chaque lauréat a bénéficié de dix jours de coaching et d’une expertise sur mesure, mobilisée en fonction de ses besoins : participation citoyenne, évaluation, design de service, analyse de données…« Nous ne sommes pas là pour faire une prestation classique de bureau d’études », souligne Ariane Rozo, coordinatrice urbanisme – thématiques santé, bien-être et nature en ville à l’ADEME. Les experts testent avec les équipes des méthodes qu’elles pourront ensuite s’approprier et réutiliser.
Mobiliser avant de vouloir transformer
Premier enseignement : un projet ne peut avancer sans l’adhésion de ceux qui le feront vivre. À Pont-de-l’Arche (Eure), la commune souhaitait notamment évaluer les effets de la rénovation de son école, de ses cours et de ses abords, un projet cofinancé par le Fonds Vert, la Banque des Territoires et l’Agence régionale de santé. Mais l’accompagnement Expé URBA SanTé a fait émerger une priorité préalable : sensibiliser et remobiliser enseignants, parents et enfants. « Il faut parfois faire un pas de côté et ne pas lancer trop vite le projet », retient Ariane Rozo.
La réponse imaginée : une Fête de la Santé. À travers différentes animations, les 283 participants ont échangé sur comment l’alimentation, l’activité physique, la nature en ville ou encore l’aménagement ont une influence sur leur santé et leur bien-être.
À l’issue de la journée, 95 % des familles interrogées ont déclaré avoir enrichi leurs connaissances sur ces enjeux. Chamboule-tout des « beurks », fil à linge des idées préférées… les enfants ont eux aussi pris part au projet. Lors de cette journée, les participants étaient aussi invités à formuler leurs idées pour le futur aménagement : « La quasi-totalité des propositions sont reprises », explique Anne-Sophie de Besses, adjointe au maire chargée du Développement durable et de la Promotion de la Santé.
Parmi elles : un petit amphithéâtre pour faire classe dehors, des arbres fruitiers, un coin lecture, une piste pour l’apprentissage du vélo et des espaces dédiés à la course et aux activités physiques. Autant d’aménagements qui croisent santé, bien-être et présence de la nature.
Aller chercher la parole là où elle se trouve
Deuxième enseignement : associer les habitants suppose aussi de sortir des formats traditionnels de concertation. Au Grand Pau, le défi était différent : comment associer réellement les habitants à la révision du Schéma de cohérence territoriale (SCoT), ce document qui définit les grandes orientations d’aménagement du territoire ? Un questionnaire « Votre territoire favorise-t-il votre santé ? » a d’abord recueilli environ 700 réponses. Puis trois ateliers de rue ont été organisés sur des marchés de communes rurales : un fil, quelques pinces à linge et des propositions à commenter ont permis d’échanger avec environ 85 habitants. « Cela a permis surtout de conforter certaines pistes de travail et de hiérarchiser », explique Amandine Carrère, cheffe de projet Planification territoriale au Pays de Béarn.
Mais certains résultats ont surpris. Dans ces territoires ruraux, les habitants ont notamment insisté sur la marche et le vélo, avec le besoin de cheminements sécurisés entre les villages. Autre préoccupation : permettre aux personnes âgées de rester dans leur commune grâce à des logements plus petits et financièrement accessibles. Au total, 35 actions ont été plébiscitées et les contributions des habitants ont nourri l’écriture du futur SCoT.
« Il faut aller vers les gens, là où ils se trouvent », résume Ariane Rozo. La Fête de la Santé de Pont-de-l’Arche répond à la même logique : créer des formats accessibles et conviviaux pour toucher des publics qui ne participeraient pas nécessairement à une réunion classique.
Évaluer sans construire une usine à gaz
Troisième enseignement : mesurer les effets d’un projet avec des indicateurs adaptés à sa réalité. À Pont-de-l’Arche, la commune constitue un « état zéro » avant les travaux : conflits et blessures dans la cour, présence de papillons et d’oiseaux sur un périmètre donné… Les mêmes observations pourront être réalisées après la rénovation. « L’idée, c’est vraiment de montrer un avant-après, avec des données probantes », souligne Anne-Sophie de Besses.
Mobilisation, concertation, évaluation : la saison 1 du programme Expé URBA SanTé a permis de tester des méthodes simples, adaptables à d’autres projets et territoires. Ses enseignements nourrissent désormais la saison 2 qui accompagnera cette fois 15 projets pendant 18 mois, avec 15 jours d’expertise à la clé.
Le saviez-vous ?
Notre état de santé serait déterminé à 80 % par nos modes de vie et par des facteurs sociaux, économiques et environnementaux, contre 20 % par les soins médicaux et la génétique.