Dans sa Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE 3), publiée en février 2026, l’État vise une sortie des énergies fossiles d’ici à 2050. Le calendrier est serré, si bien qu’il soulève des questions, légitimes mais pas toujours fondées, sur sa mise en œuvre.
Réponses aux principaux doutes exprimés.
Pourquoi une telle accélération du calendrier ?
Parce que l’urgence, en plus d’être climatique et sanitaire, est économique et géostratégique.
Fin du charbon en 2030, du pétrole en 2045 et du gaz fossile en 2050. Si la France se donne moins de vingt-cinq ans pour sortir des énergies fossiles, ce n’est pas seulement pour respecter ses engagements internationaux (Accord de Paris, etc.). Elle subit déjà les effets du réchauffement climatique : vagues de chaleur intense, incendies, sécheresses… Ce type d’événements n’a plus rien d’exceptionnel. Il faut s’y préparer, mais aussi éviter qu’ils ne s’aggravent. Or, le moyen le plus rapide et efficace d’y parvenir est de sortir des énergies fossiles, principales sources d’émissions de gaz à effet de serre. À cela s’ajoute un enjeu de souveraineté. Les énergies fossiles représentent 60 % de notre consommation d’énergie finale et elles sont, dans leur quasi-totalité, importées. Nous sommes par conséquent très vulnérables. À chaque crise géopolitique, le même scénario se répète : tensions d’approvisionnement, flambée des prix, mise en difficulté des ménages, des entreprises et des collectivités. En se convertissant à des énergies locales (solaire, éolien, géothermie, chaleur de récupération, etc.), la France gagne en souveraineté et en résilience.
Doit-on pour autant renoncer à une énergie très accessible ?
Pendant des décennies, le pétrole et le gaz ont eu un avantage décisif : ils étaient disponibles, faciles à transporter, simples à utiliser et peu chers. C’est moins le cas aujourd’hui.
Leur approvisionnement peut être entravé par des conflits, comme aujourd’hui autour du détroit d’Ormuz. Et, avec l’amenuisement de leurs stocks, leur extraction devient plus complexe et coûteuse. « Il y a un réel intérêt géostratégique, mais aussi économique à électrifier nos usages, indique Stefan Louillat, chef du service Électricités renouvelables et réseaux à l’ADEME. C’est encore plus vrai en France, où l’électricité, en plus d’être largement décarbonée, est disponible en quantité, à un prix inférieur à la moyenne européenne. » Nous en produisons plus que nous en utilisons. Pour preuve : 92,3 TWh ont été exportés en 2025, soit l’équivalent de la consommation électrique de la Belgique. Comme les besoins vont augmenter avec l’électrification des usages, la multiplication des data centers et la réindustrialisation du pays, le développement des énergies renouvelables doit néanmoins se poursuivre. Elles sont de plus en plus compétitives car, a contrario des énergies fossiles, leurs coûts d’installation sont en baisse. « Pour qu’elles se substituent réellement aux énergies fossiles, et ne viennent pas en complément, la sobriété et l’efficacité énergétique restent la priorité », rappelle Stefan Louillat. Cela tombe bien : « Certains équipements électriques, comme les véhicules électriques et les pompes à chaleur, ont un rendement presque trois fois supérieur à leurs équivalents thermiques. »
Certains usages des énergies fossiles ne sont-ils pas indispensables ?
Presque tous sont substituables, quand ils ne sont pas évitables. La transition doit néanmoins tenir compte des réalités de chaque territoire.
Dans certaines zones rurales ou périurbaines, par exemple, les distances domicile-travail sont importantes, les commerces et services rares, et les transports collectifs peu développés. Difficile de s’imaginer y vivre sans voiture, et les modèles électriques coûtent cher à l’achat. La transition ne peut se faire sans intégrer ces obstacles. C’est ce que fait l’État, au travers de l’ADEME et de l’Agence de services et de paiement (ASP), quand il met en place un dispositif de leasing social – une offre de location à bas coût, pour faciliter l’accès des ménages modestes à un véhicule électrique.
N’est-ce pas sortir d’une dépendance pour entrer dans une autre ?
Certains s’inquiètent que les panneaux photovoltaïques soient fabriqués en Asie, et les éoliennes à partir de terres rares dont la Chine a le monopole.
Mais la dépendance n’est pas de même nature.
Le pétrole, le gaz fossile et le charbon sont des énergies de stock : il faut en importer continuellement pour pouvoir en consommer. Les renouvelables sont des énergies de flux. Il faut investir dans des équipements, parfois importés. Mais, une fois ces derniers en place, la production ne dépend plus d’importations. Surtout, « certaines de ces énergies, comme la géothermie ou le solaire thermique, font appel à des équipements fabriqués en Europe, voire en France », précise Nicolas Tonnet, chef adjoint du service Chaleur renouvelable de l’ADEME. D’autres, comme l’éolien, gagnent en souveraineté : en France, une grande partie des éoliennes n’utilisent pas de terres rares, et des filières se développent en France pour les recycler.
La sortie des fossiles coûte-t-elle cher ?
C’est un investissement, oui. Mais l’inaction coûterait encore davantage.
Les énergies renouvelables et de récupération s’appuient sur des ressources locales : soleil, vent, géothermie, chaleur fatale… Leur disponibilité et leur prix ne sont donc pas sensibles à la géopolitique mondiale. Pour les collectivités et les entreprises, cette stabilité aide à se projeter dans l’avenir et à investir. Produire avec une électricité ou de la chaleur décarbonée peut aussi devenir un avantage concurrentiel pour un industriel. Quant au coût du soutien apporté par l’État à la transition, il faut le relativiser. Notre dépendance aux énergies fossiles pèse lourd : la France dépense 60 Mds€ par an pour leur importation. Et cette facture ne tient pas compte des coûts indirects du changement climatique : prise en charge des victimes de la chaleur, gestion sanitaire de maladies autrefois réservées aux pays tropicaux, réparation des dégâts matériels des incendies et inondations, etc. La question n’est donc plus « faut-il investir ? », mais « doit-on investir maintenant ou payer davantage plus tard ? »
Qu’en est-il des autres usages du pétrole et du gaz ?
De nombreux matériaux ou produits sont dérivés du pétrole ou du gaz : plastiques, textiles synthétiques, solvants, engrais, etc.
Or, même sans combustion, cette ressource est responsable d’émissions de gaz à effet de serre au moment de son extraction et de son raffinage. Il faut donc suivre la même logique : sobriété, efficacité matière, substitution par des matériaux biosourcés ou encore hydrogène bas-carbone. Pour les fabricants, c’est un investissement mais aussi une opportunité de gagner en compétitivité et d’avoir un positionnement différencié sur des marchés concurrentiels.