Exposé

De l’analyse des pratiques sociales aux recommandations pour l’action publique

Pour favoriser la transition énergétique et écologique, l’évolution des pratiques sociales, et plus largement des modes de vie, est devenue un enjeu clé. Pour comprendre et agir sur les logiques d’action des Français, l’ADEME a publié un ouvrage et lancé l’appel à projets de recherche (APR) Transitions écologiques, économiques et sociales (TEES).

Les recherches en sciences humaines et sociales (SHS) nous aident à comprendre à quelles conditions les pratiques sociales peuvent évoluer, et les dispositifs techniques et actions de politiques publiques se déployer. L’ADEME a publié en 2016 l’ouvrage intitulé « Changer les comportements, faire évoluer les pratiques sociales vers plus de durabilité »1.

Un ouvrage sur l’évolution des pratiques sociales

Cet ouvrage visait à étudier la complexité des pratiques sociales et à identifier les leviers pour les faire évoluer en s’appuyant sur les différentes disciplines des sciences humaines et sociales. Il avait pour but de fournir des bases conceptuelles et pratiques aux acteurs qui travaillent sur les enjeux de transition.
En effet, on observe depuis quelques années une multiplication des initiatives visant à modifier les comportements des Français. Or, ces initiatives peuvent se heurter à des contraintes diverses, familiales, professionnelles, sociales, mais aussi techniques et infrastructurelles.
Les leviers d’action se trouvent donc aussi bien à l’échelle individuelle (habitudes, représentations, croyances), que micro-sociale (groupes sociaux, normes sociales) et macro (systèmes de production et de consommation, systèmes organisationnels, etc.).
De la parution de cet ouvrage a ensuite découlé un dispositif de formation2 destiné aux conseillers dans les territoires et aux collaborateurs en interne.

Un APR dédié aux sciences humaines et sociales

En parallèle de ce travail, l’ADEME a lancé une évaluation de son soutien à la recherche en SHS entre 2010 et 2015, afin d’analyser la pertinence relative de ses différents modes d’intervention. À l’issue de cette évaluation, l’Agence a décidé de lancer « Transitions économiques, écologiques et sociales », un APR transversal aux différentes thématiques et dédié aux SHS, autour d’une ambition : mobiliser les communautés scientifiques en SHS sur les problématiques liées à la mise en œuvre de la transition énergétique et écologique (TEE).
Ses deux objectifs : développer et capitaliser les connaissances sur l’évolution des pratiques sociales dans le cadre de la transition écologique et de l’adaptation au changement climatique en vue d’éclairer la décision ; développer, expérimenter et améliorer des solutions (outils, méthodes, modes d’organisation, démarches, etc.) afin de faire évoluer les pratiques. Le but final est d’apporter des connaissances théoriques, stratégiques et pratiques aux acteurs, aussi bien publics que privés, intéressés à faire évoluer les comportements mais aussi leurs capacités organisationnelles et leurs pratiques opérationnelles vers plus de durabilité.
Si la première édition (2017) concerne les déterminants des motivations individuelles pour faire évoluer les comportements, la deuxième édition (2019) porte sur les problématiques liées à la mise en œuvre de la TEE du point de vue des acteurs économiques, des institutions publiques, des associations ou collectifs citoyens. L’enjeu est de rendre compte des interdépendances entre les acteurs, ainsi que des formes de structurations sociales, organisationnelles, collaboratives et instrumentales qui permettent d’orienter les pratiques individuelles et collectives vers une transition énergétique et écologique. Ces deux premières éditions ont permis de soutenir 36 projets.

… Orienté vers la production de recommandations d’action

Une autre spécificité de cet APR réside dans l’attente, de la part des équipes de recherche, d’efforts de réflexion en termes d’opérationnalisation, et des recommandations de politiques publiques, qu’elles soient d’ordre stratégique, pratique et/ou méthodologique.Une première journée d’échange a ainsi eu lieu le 4 juin dernier autour des résultats de recherche, y compris provisoires. Objectif : les confronter avec les besoins des acteurs de terrain et décideurs publics pour co-construire des propositions de recommandations de politiques publiques. L’objectif final est d’aider les équipes de recherche à produire les recommandations les plus pertinentes, de faciliter l’appropriation des résultats par les équipes de l’ADEME, les décideurs publics et les acteurs de terrain concernés, et d‘échanger sur les prolongements possibles et les besoins opérationnels de l’Agence. De premiers enseignements issus principalement de la première édition de l’APR vous sont présentés dans l’article suivant.