Vagues de chaleur régulières et nuits étouffantes : en Martinique, le changement climatique accentue la surchauffe urbaine. Pour y faire face, collectivités et associations expérimentent des solutions d’adaptation fondées sur la nature, combinées à des matériaux facilitant le rafraîchissement, à l’image de l’îlot de fraîcheur Lakou Emma au Diamant.
En août 2025, la Martinique a été marquée par un record absolu de chaleur, avec une température de l’air qui a atteint les 37°C au Lamentin. Les îles des Caraïbes connaissent généralement des températures moyennes élevées tout au long de l’année. La saison des pluies, qui s’étend de juillet à octobre, correspond d’ailleurs à la période la plus chaude. Toutefois, les épisodes de chaleur extrême se multiplient « Météo-France constate que les vagues de chaleur deviennent plus fréquentes, plus longues et plus intenses en Martinique », souligne Elodie Briche, coordinatrice R&D en urbanisme durable au Service Aménagement des Villes et Territoires de l’ADEME. Preuve en est, en août 2025, deux vagues de chaleur ont été enregistrées, chacune s’étendant sur sept jours consécutifs. Durant ces périodes, les températures dépassent les seuils élevés, y compris la nuit. En ville, le phénomène d’îlot de chaleur accentue encore la hausse du mercure : les matériaux minéraux, comme le béton, l’asphalte et les enveloppes des bâtiments, emmagasinent la chaleur le jour et la restituent lorsque le soleil est couché, empêchant les températures de redescendre.
L’îlot de fraîcheur « Lakou Emma », au Diamant
Au centre-ville du Diamant, ville située au sud de la Martinique, une place entourée d’immeubles a été transformée en îlot de fraîcheur. Cette place, déjà utilisée par les habitants pour se réunir, était peu aménagée, et les inondations y étaient récurrentes. Entre 2024 et 2025, le site s’est totalement métamorphosé en un jardin partagé. Les couvertures végétales permettent désormais une meilleure infiltration des eaux pluviales, et la biodiversité locale a été renforcée grâce à différentes plantations. De plus, les manguiers existants ont été conservés, mais le feuillage a été partiellement dégagé, permettant une meilleure circulation de l’air. Ce choix permet d’une part de préserver le patrimoine végétal du site mais aussi de réduire fortement la sensation de chaleur. Mieux encore, un bassin aménagé en roches, agrémenté d’une fontaine a été construit afin de rafraîchir davantage les lieux. Pour construire et végétaliser le site, la dalle de béton existante a été cassée : un travail de longue haleine, qui a nécessité des équipements supplémentaires, mais qui participe à la désimperméabilisation des sols.
En plus de cette dimension environnementale, ce nouvel espace présente également un fort enjeu social. D’abord, il est à destination des habitants, qui peuvent se retrouver dans un lieu frais, convivial et aménagé. Ensuite l’îlot de fraîcheur Lakou Emma a été réhabilité par l’Atelier et Chantier d’Insertion (ACI) Commut Développement, qui emploie des publics en réinsertion. Au total, 56 000 euros ont été investis dans ce projet, financés à 68,75 % par la Collectivité Territoriale de Martinique. Le reste a été financé par une Dotation d’Équipement des Territoires Ruraux (DETR) et par la ville du Diamant. Cette dernière finance également l’entretien du jardin, tout au long de l’année, assuré par l’ACI Commut Développement.
Inspirer d’autres territoires
Le jardin Lakou Emma est désormais référencé par le service numérique de l’ADEME Plus fraîche ma ville, qui accompagne les collectivités dans la conception et la mise en œuvre de projets de lutte contre la surchauffe urbaine partout en France. Cette visibilité valorise l’expérience menée au Diamant et peut inspirer d’autres territoires confrontés aux mêmes enjeux climatiques. En Outre-Mer, la Trajectoire de Réchauffement de Référence pour l’Adaptation au Changement Climatique (TRACC) a été définie dans le cadre du nouveau Plan National d’Adaptation au Changement Climatique (PNACC-3) et vise à définir un cadre commun pour les actions d’adaptation. En Martinique les niveaux territoriaux de la TRACC sont de +1,4 °C, +1,9 °C et +2,7 °C aux horizons 2030, 2050 et 2100, par rapport à l’ère préindustrielle.