Dossier

Du collectif dans le durable

François Humbert, ingénieur Économie circulaire à l’ADEME Hauts-de-France Annick Jehanne, présidente de Fashion Green Hub
À Roubaix, Fashion Green Hub met en réseau des acteurs du textile au service d’une mode durable, éthique, innovante et créatrice d’emploi. Entretien entre François Humbert, ingénieur Économie circulaire à l’ADEME Hauts-de-France et Annick Jehanne, présidente de Fashion Green Hub.

Quelles étaient les ambitions de Fashion Green Hub à sa création, fin 2015 ?
Annick Jehanne

Nous voulions changer radicalement le business model de la mode, qui allait à sa perte ! Nous étions aussi motivés par une envie de remettre le textile au coeur des territoires des Hauts-de-France. Pour ce faire, nous avons souhaité dépasser les clivages traditionnels inhérents à notre secteur pour embarquer le plus d’ac­teurs possible : fabricants, marques, distributeurs, collec­tivités, associations, écoles de mode, organismes de re­cherche autour de réflexions puis d’actions communes…

François Humbert

Cette posture fédératrice correspond bien à la vision de l’ADEME et c’est tout naturellement que nous avons souhaité soutenir cette initiative, avec la Ré­gion Hauts-de-France. Nous sommes persuadés que la mise en réseau des acteurs peut accélérer la mutation de la mode en facilitant l’émergence de solutions techniques, socié­tales et environnementales par­tagées, qui peuvent en outre être exploitées dans les projets propres à chacune des struc­tures impliquées.

Aujourd’hui, quels sont ses principaux axes de développement ?
A. J.

L’un des grands volets d’activité de Fashion Green Hub est l’organisation des Fashion Tech Days et des Fashion Green days, qui sont des événements de sensi­bilisation, de partage de connaissances et de prospec­tive. L’association en elle-même réunit désormais 300 en­treprises, qui ont appris à collaborer pour avancer ensemble sur des sujets comme la place du plastique dans la logistique du vêtement, la chaîne de valeur du lin, l’affichage environnemental ou encore le recyclage des invendus neufs. Nous avons par ailleurs ouvert un atelier de conception « agile » pour démontrer la faisabilité d’une mode « à la demande » durable et locale ; fin 2021, il sera doté d’un parc de machines innovant qui permet­tra de passer de l’idée au produit en sept jours.

F. H.

La démarche de Fashion Green Hub a d’ores et déjà été couronnée de beaux succès, mais ce que je retiens surtout c’est que les travaux menés en son sein essaiment rapidement au-dehors, et c’est un signe po­sitif ! Par ailleurs, l’association joue pleinement son rôle de plateforme de rencontres et de synergies. Des pro­jets collaboratifs ont ainsi vu le jour en associant plu­sieurs membres, à l’instar de Modimalisme – soutenu par l’ADEME et la Région – pour la valorisation des in­vendus textiles de grandes enseignes de mode dans une démarche collaborative et locale.

Quels sont les freins à lever pour accélérer encore la dynamique ?
F. H.

Je pense qu’un des principaux freins tient à l’ancrage des modèles économiques actuels, qui peuvent empê­cher les décideurs d’imaginer un avenir en dehors des sentiers battus, mais où ils pourraient trouver aussi de la rentabilité. Dans cette optique, l’ADEME s’efforce de fa­ciliter le passage à l’action des entreprises en mobilisant ses dispositifs d’accompagnement et via la mise en rela­tion avec ses partenaires sur tout le territoire national. À cette échelle aussi, la collaboration, c’est l’avenir !

A. J.

De mon point de vue, je constate qu’il y a encore des freins psychologiques, notamment chez les diri­geants, qui doivent accep­ter de repenser leurs organi­sations et les critères de performance. Pour les faire bouger, il faudra sans doute des contraintes supplémen­taires, mais ils ont aussi besoin de voir qu’une autre mode est possible, que d’autres l’ont fait et y ont gagné de l’argent et que ce n’est pas une usine à gaz. C’est le credo qui continuera à animer les acteurs de Fashion Green Hub dans les années qui viennent.

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