Selon les données de l’ADEME, chaque année, près de 100 000 tonnes d’articles de sport deviennent des déchets en France, alors qu’une grande partie pourrait encore être réemployée. Au-delà de la remise en circulation des équipements, des initiatives émergent pour répondre à des enjeux beaucoup plus larges : accès au sport, mobilités, tourisme durable, inclusion sociale ou encore qualité de l’air. À Montpellier comme à Grenoble, ces structures démontrent qu’un même modèle peut se mettre au service de priorités territoriales très différentes.
Donner une seconde vie aux équipements sportifs
« Aujourd’hui, seuls 7 % des équipements sportifs sont valorisés, par rapport à un potentiel estimé à 50 %. Notre objectif est de détourner un maximum d’articles de sport de la poubelle en les collectant, en les réparant, lorsque c’est possible, et en les remettant en circulation auprès de nouveaux utilisateurs », explique Flora Charny, responsable des activités de Lezprit Réquipe.
Créée en 2020, cette association montpelliéraine a collecté près de 700 tonnes de matériel. Après le tri, les équipements encore utilisables sont réemployés : 12 tonnes ont retrouvé une seconde vie l’an dernier, contre 4 tonnes seulement en 2023, avec un objectif de 20 tonnes en 2026. Une dynamique qui a déjà permis la création de onze emplois. Soutenue par l’ADEME, la Métropole et la Région Occitanie, elle est aujourd’hui l’un des deux centres nationaux de regroupement de la filière des articles de sport, en partenariat avec Écologic. Sur le terrain, Lezprit Réquipe déploie les points de collecte et assure la récupération des équipements dans l’Hérault, le Gard et l’Aude, contribuant ainsi à structurer la filière de réemploi à l’échelle régionale.
Pour Perrine Colomer-Régis, chargée d’économie circulaire à l’ADEME Occitanie, le territoire montpelliérain réunissait plusieurs conditions favorables : « Une forte culture sportive, une grande diversité de pratiques entre mer et montagne, ainsi qu’une politique volontariste en faveur du réemploi et de la réduction des déchets. »
À Grenoble, la Recyclerie Sportive s’appuie sur Fabricanova, une coopérative métropolitaine qui mutualise les collectes entre plusieurs acteurs du territoire. Tous types d’équipements sportifs y sont récupérés, des skis et vêtements techniques aux rollers, équipements de sports nautiques, de raquette, d’arts martiaux ou de fitness, puis remis en état et revendus à prix réduit.
En 2025, 12 tonnes de matériel ont été collectées, dont 10,9 tonnes réemployées, soit un taux de réemploi de 84 %. La structure anime également des ateliers et permanences de co-réparation, qui ont rassemblé près de 1 000 participants en 2025, ainsi que des actions de sensibilisation auprès du grand public.
Faciliter l’accès au sport et aux mobilités
Au-delà de l’enjeu environnemental, ces structures démocratisent la pratique sportive. À Montpellier, le réemploi permet aux habitants et habitantes qui souhaitent découvrir une activité de s’équiper à moindre coût. À Grenoble, l’enjeu prend une autre dimension : « Nous habitons à trente minutes des montagnes, mais beaucoup d’habitants n’y vont jamais pour des raisons économiques ou culturelles », explique Pauline Trotereau, coordinatrice de l’antenne grenobloise. Installée en centre-ville grâce à un local à loyer modéré mis à disposition, la structure touche également des publics peu sensibilisés à ces pratiques.
Au fil des années, les deux associations ont progressivement diversifié leurs activités, notamment autour des mobilités. À Montpellier, Lezprit Réquipe répare des combinaisons néoprène ou des voiles, et met à disposition des flottes de vélos reconditionnés pour des campings, villages vacances et offices de tourisme : « Les acteurs du tourisme recherchaient des offres clés en main pour développer des solutions de mobilité douce auprès de leurs visiteurs. Nous leur proposons des flottes de vélos reconditionnés, accompagnées d’un service de maintenance, tandis que les structures nautiques souhaitaient, elles aussi, prolonger la durée de vie de leurs équipements », poursuit Flora Charny. Au-delà du réemploi sportif, l’association contribue à des initiatives de mobilité inclusive en fournissant des vélos au programme Vélo Égaux, porté par l’APIJE, qui accompagne les personnes éloignées de l’emploi et de la mobilité.
À Grenoble, des ateliers de co-réparation permettent aux usagers d’acquérir les gestes et savoir-faire nécessaires pour entretenir et réparer leurs équipements. Par ailleurs, la vente de vélos d’occasion et des interventions sur les campus accompagnent le développement des mobilités actives. Pour Romain Périer, chargé de mission à l’ADEME Auvergne Rhône-Alpes, ces initiatives répondent à plusieurs enjeux : « Pour développer l’usage du vélo et améliorer la qualité de l’air, il ne suffit pas de construire des pistes cyclables. Il faut créer tout un écosystème favorable à son usage ».
En apprenant à réparer eux-mêmes leur vélo, les habitants contribuent indirectement à réduire l’usage de la voiture et la pollution atmosphérique.
Bien plus qu’une réponse à la question des déchets
Au fil des années, ces structures sont devenues de véritables actrices des dynamiques territoriales. À Montpellier, le réemploi sportif sert de levier au tourisme durable, à l’insertion et à la mobilité inclusive. Tandis qu’à Grenoble, il facilite l’accès aux activités de pleine nature et accompagne les changements de pratiques de déplacement, contribuant ainsi, par effet rebond, à l’amélioration de la qualité de l’air.
Loin de se limiter à la gestion des déchets, ces initiatives s’imposent progressivement comme des outils d’action locale, capables d’accompagner les transitions propres à chaque territoire.