À Mayenne, l’extension du réseau de chaleur poursuit plusieurs objectifs à la fois : réduire les émissions de CO2, soutenir la filière bois locale et mieux maîtriser les dépenses énergétiques. Une réponse concrète aux enjeux de résilience auxquels sont confrontés de nombreux territoires.
Une infrastructure pensée pour gagner en stabilité
L’histoire du projet débute en 2012 avec la mise en service d’une chaufferie biomasse au Centre hospitalier du Nord-Mayenne. Cette énergie renouvelable, produite à partir de bois local, a servi de point de départ à la réflexion sur la mise en service d’un réseau de chaleur à l’échelle de la ville. Aujourd’hui portée par ENGIE, via sa filiale Mayenne Biomasse, son extension permet d’alimenter de nouveaux usagers grâce à une énergie majoritairement renouvelable.
Le principe est simple : la chaleur est produite dans une chaufferie centrale puis acheminée vers les bâtiments raccordés grâce à un réseau de canalisations enterrées. À Mayenne, le réseau repose principalement sur la biomasse, complétée par un appoint gaz destiné à garantir la continuité du service. Grâce à une nouvelle chaufferie biomasse de 1,6 MW et à plus de neuf kilomètres de réseau supplémentaires, l’installation fournira près de 23 GWh de chaleur par an.
Une réponse à la volatilité des marchés énergétiques
L’un des principaux intérêts du réseau réside dans sa moindre dépendance aux fluctuations des marchés internationaux de l’énergie. Contrairement au gaz ou au fioul, dont les prix peuvent connaître d’importantes variations en fonction du contexte géopolitique et économique, la biomasse repose sur une ressource locale dont les coûts évoluent de manière plus prévisible.
Pour Christophe de Saint Jores, référent territorial de l’ADEME en Mayenne, le réseau de chaleur offre avant tout davantage de visibilité sur les dépenses énergétiques. Un constat partagé par Maxime Lamy, responsable commercial chez ENGIE et ancien chef de projet du réseau, qui souligne que « le principal bénéfice du dispositif réside dans la stabilité des coûts qui protège les bénéficiaires du réseau de chaleur ».
Le Fonds Chaleur : un soutien décisif pour le projet
L’extension du réseau de chaleur a bénéficié d’un soutien de 5,7 millions d’euros du Fonds Chaleur de l’ADEME pour un investissement total avoisinant les 15 millions d’euros. Ce soutien vise à accompagner le déploiement de solutions de chaleur renouvelable dont les coûts reposent davantage sur des ressources locales que sur les marchés internationaux de l’énergie.
À Mayenne, cette approche doit permettre de proposer une chaleur produite à près de 90 % à partir d’énergies renouvelables, tout en offrant aux usagers une meilleure visibilité sur l’évolution de leurs dépenses énergétiques. Selon Maxime Lamy, le projet devrait également permettre d’éviter entre 3 000 et 4 000 tonnes de CO2 par an.
Au-delà de l’énergie, des retombées pour le territoire
Le projet s’inscrit également dans une logique de développement territorial. L’approvisionnement en bois-énergie repose notamment sur des ressources locales issues du bocage mayennais. Cette filière contribue à l’entretien des haies, à la préservation des paysages agricoles et au maintien d’une activité économique de proximité.
À Mayenne comme ailleurs, la question n’est plus seulement de produire une énergie plus décarbonée, mais aussi de bâtir des systèmes énergétiques plus résilients, ancrés dans les ressources locales et moins exposés à la volatilité des marchés de l’énergie.
Le pari des maisons individuelles
Raccorder des maisons individuelles à un réseau de chaleur reste encore peu fréquent. À Mayenne, environ 120 habitations avaient été identifiées comme potentiellement raccordables lors des études préalables. Au final, 45 ont rejoint le réseau.
Pour Maxime Lamy, l’habitat individuel peut représenter un potentiel de développement pour les réseaux de chaleur dans les villes moyennes. Tous les foyers ne franchissent toutefois pas le pas : entre le coût du raccordement, l’existence d’un système de chauffage récent ou l’attrait des pompes à chaleur, plusieurs critères entrent en ligne de compte.