Selon le Ministère de la Transition Écologique, en France, 4,5 millions de tonnes de déchets plastiques sont produites chaque année. Si le recyclage permet de donner une seconde vie à ces déchets, la réduction de l’utilisation du plastique reste un préalable indispensable pour limiter leur production. Pour renforcer les capacités de recyclage du territoire, Veolia a inauguré en avril dernier à Toulouse une nouvelle unité, unique en Haute-Garonne, qui répondra aux besoins des collectivités et des industriels locaux.
Des plastiques aux paillettes, à plus grande échelle
Chaque année, le site Veolia Recyclage et Valorisation de Toulouse traite 26 000 tonnes de déchets papier, carton et plastique issus des collectivités et des industriels de Haute-Garonne. Parmi ces déchets, une ligne est dédiée aux plastiques industriels : triés puis broyés, ils sont finalement transformés en paillettes. C’est cette ligne que l’entreprise a récemment modernisée en y installant un broyeur de nouvelle génération. Résultat : la capacité de broyage a été multipliée par 2,4 passant ainsi de 500 à 1 200 tonnes par an, soit 2 tonnes de déchets traités par heure.
Cette modernisation répondait à un besoin urgent. « L’ancien broyeur, qui traitait par comparaison 300 kilogrammes par heure, arrivait en fin de vie et était saturé en permanence. Il générait beaucoup de poussières et de bruit et l’opérateur devait y pousser les déchets à la force des bras », explique Magali Duchêne, directrice du site. Aujourd’hui la ligne est automatisée, équipée d’une cabine d’insonorisation et de captation des poussières, protégée contre le risque incendie et ne nécessite plus de manutention manuelle pour les opérateurs. Envisagé depuis 2020, le projet a enfin pu être lancé en 2023 grâce au dispositif ORMAT (Objectif Recyclage MATières) de l’ADEME, qui soutient l’investissement dans les équipements de préparation des déchets en vue de leur recyclage. Sur un investissement total d’1,2 million d’euros, le projet a bénéficié de près de 250 000 euros d’aide de l’ADEME. « La concurrence des résines vierges importées a fortement affecté les capacités de recyclage du plastique en Europe. En multipliant sa capacité de recyclage en Haute-Garonne, notre entreprise mise sur la demande de matières plastiques recyclées de qualité pour atteindre les objectifs européens : 55 % de recyclage des emballages plastiques d’ici 2030, et 15 % de réincorporation obligatoire dans les véhicules neufs à partir de 2032. » explique Marc-Olivier Houel, directeur général de l’activité Recyclage et Valorisation chez Veolia.
Le broyage, étape incontournable de la filière de recyclage
Au-delà de l’amélioration des conditions de travail sur le site, le bénéfice environnemental apporté par ce nouveau broyeur est important. Recyclés, les déchets plastiques se transforment en nouveaux produits et remplacent le plastique vierge issu du pétrole, ce qui réduit la dépendance aux ressources fossiles et l’empreinte carbone. C’est précisément ce qui rend l’installation toulousaine particulièrement innovante. « La nouvelle ligne va permettre de répondre à une demande locale croissante, et de recycler des plastiques qui ne l’étaient pas auparavant, comme certains gros emballages, des palettes ou des plaques utilisées dans l’industrie », reprend Magali Duchêne, avant de préciser : « Certains plastiques se recyclent très bien, mais seulement s’ils ont été broyés auparavant : plus facilement transportables, leur coût d’acheminement s’en trouve considérablement diminué. »
Dans la chaîne du recyclage, le broyage est en effet un maillon clé. Le circuit compte cinq étapes. D’abord, une entreprise produit un déchet plastique, par exemple des chutes de production ou des emballages usagés. Une autre le collecte et le trie par type de matière. Une troisième le travaille, par déchiquetage ou broyage, pour le réduire en petits fragments. Puis, une autre le régénère : les fragments sont lavés, fondus, puis transformés en granulés. Une dernière utilise ces granulés comme matière première pour fabriquer un nouvel objet plastique, une pièce automobile ou un mobilier urbain par exemple. « Si le broyage n’est pas réalisé localement, la filière ne tient pas, car le transport coûte très cher », précise Magali Duchêne. L’idée est donc de massifier le volume broyé pour optimiser le transport, et donc les coûts. Et les chiffres sont éloquents : lorsque le plastique n’est pas broyé, les camions qui partent vers les entreprises de recyclage peuvent charger 3 à 4 tonnes de déchets plastiques. Lorsque le plastique est broyé, et transformé en paillettes, les camions peuvent en transporter jusqu’à 24 tonnes par véhicule.
L’exemple parlant du bac de collecte
Bacs de collecte, emballages rigides, flacons et chutes de production sont ainsi recyclés dans les secteurs de l’automobile, de l’industrie pharmaceutique ou agroalimentaire. Le bac de collecte illustre bien ce processus : « Les bacs usagés des collectivités autour de Toulouse pourront être récupérés par notre site, dans un rayon d’environ 300 kilomètres pour en refaire des neufs », reprend la directrice du site.
Outre les bénéfices environnementaux et économiques, la modernisation de l’équipement améliore aussi le quotidien des opérateurs : insonorisation, aspiration des poussières, ruptures de charge limitées et protection incendie renforcée. Et désormais c’est l’opérateur qui pilote la machine depuis son poste de commande, sans intervenir physiquement dans le processus. Une réelle avancée sur le plan des conditions de travail.