Face à la surproduction textile, l’ADEME a lancé début 2026 l’Extrême Défi Textile Responsable pour faire émerger des modèles d’affaires ou d’offres servicielles moins dépendants de la vente de vêtements neufs. Après un appel à manifestation d’intérêt puis un appel à idéation, 35 projets territoriaux et 8 projets d’études ont été sélectionnés . Que retenir de ces premieres initiatives sur la transformation du secteur textile ? Et comment passer de l’idée à l’expérimentation ?
Notre modèle économique repose encore sur les volumes : pour augmenter le chiffre d’affaires, il faut vendre toujours plus. L’Extrême Défi cherche à sortir de cette logique en réduisant le nombre de vêtements neufs produits et achetés, sans impact sur leur valeur économique. Nos objectifs : des vêtements trois fois plus durables et portés trois fois plus longtemps, trois fois moins de vêtements laissés inutilisés et trois fois plus de réparations. L’idée est d’agir en amont : le recyclage reste indispensable, mais le premier objectif est d’éviter de générer ces flux.
En développant des activités centrées sur l’usage et la durée de vie des vêtements plutôt que sur leur renouvellement, grâce à la réparation, à l’entretien, à la location ou à d’autres services. Ces activités peuvent aussi créer davantage de valeur localement : la réparation, par exemple, ne se délocalise pas. C’est pourquoi l’Extrême Défi réunit entreprises, artisans, collectivités, acteurs de l’économie sociale et solidaire ou chercheurs pour imaginer et tester ensemble de nouveaux modèles. Plus de 60 projets territoriaux et une vingtaine d’études ou projets de recherche ont été proposés. Parmi eux, 35 projets territoriaux et huit études ont été retenus.
Le projet VIRAGE, porté par Intersport France avec Oxbow dans les Landes, cherche par exemple à voir comment créer de l’activité sans vendre toujours plus de vêtements neufs. Autour des magasins Intersport, pratiquants, clubs, écoles de surf ou encore acteurs de la réparation vont travailler ensemble à de nouveaux services répondant aux besoins locaux, dont la nature sera à définir. Le modèle ainsi construit pourra ensuite être testé sur le terrain.
D’autres projets s’attaquent à un autre frein : le prix. Car dire « achetons moins mais mieux » pose une question : comment permettre à tous d’acheter des vêtements plus durables, mais plus coûteux ? Des « bons solidaires » vont permettre de tester une aide à l’achat et ses effets sur les comportements, mais aussi sa viabilité économique.
En la pensant dès la conception. Plus un vêtement est complexe à démonter et à remonter, plus sa réparation nécessite de main-d’œuvre et coûte cher. Pour lever ce frein, Bunsha/Kiabi travaille avec l’Atelier Fou de Coudre et Les Réparables à l’éco-conception de vêtements plus facilement réparables.
Non. Le réemploi n’a d’intérêt environnemental que s’il évite ou retarde réellement la fabrication d’un produit neuf. Or, revendre facilement des vêtements d’occasion, par exemple via une plateforme de vente et d’achat entre particuliers, peut aussi inciter à les conserver moins longtemps pour en acheter d’autres. Dans ce cas, la seconde main accélère la rotation de la garde-robe au lieu de la ralentir.
Oui. Nous manquons encore de connaissances publiques sur nos rapports aux vêtements. Le projet EN-CORR, porté par la chaire Tex&Care de l’Université de Lille, va travailler avec 20 consommateurs pour définir des planchers et plafonds d’achats annuels et imaginer des scénarios de « dressing minimaliste ». L’objectif est de déterminer combien de vêtements il est réellement nécessaire d’acheter chaque année pour répondre à ses besoins, puis d’étudier comment réduire ces achats en développant en parallèle des alternatives au neuf.
Nous avons été déçus par la faible mobilisation des marques de prêt-à-porter, alors qu’elles mettent la majorité des produits sur le marché. Leur arrivée sur le marché de la seconde main pose aussi un risque pour les structures de l’économie sociale et solidaire (ESS) : si les marques récupèrent les vêtements les plus faciles à revendre, les acteurs de l’ESS pourraient se retrouver avec les pièces de moindre qualité, alors que la vente des meilleures contribue à financer leur activité. Comment, dès lors, mieux partager la valeur créée par la seconde main ?
Jusqu’à fin décembre 2026, les porteurs de projets vont passer de l’idée au cadrage d’un prototype. L’ADEME leur apporte jusqu’à 10 000 euros d’aide ainsi qu’un accompagnement technique pour rendre leur expérimentation viable. L’enjeu en 2027 sera ensuite pour eux de trouver les financements nécessaires pour tester les projets retenus à plus grande échelle.
Changer de modèle économique prend du temps. Il faudra accompagner les acteurs qui veulent évoluer, mais aussi agir sur d’autres leviers : fiscalité, publicité, réglementation, accès économique à des produits de meilleure qualité… L’enjeu est de démontrer qu’il est possible de créer de la valeur et des emplois dans les territoires sans dépendre toujours davantage des volumes de vêtements vendus.
Quatre alternatives à l’achat neuf
- Seconde main : acheter ou revendre un vêtement déjà porté.
- Location : utiliser un vêtement pour une durée limitée sans l’acheter.
- Réparation : remettre en état un vêtement abîmé pour continuer à l’utiliser.
- Upcycling : transformer un textile existant en autre chose, pour créer un nouveau vêtement ou produit. Par exemple, confectionner un sac à main à partir d’un vieux jean.