Chaque année, l’industrie textile émet jusqu’à 4 milliards de tonnes de CO₂. Une partie de ces émissions provient de la fabrication des colorants, issus du pétrole. Face à cet enjeu, l’entreprise française Pili développe actuellement une alternative pour la teinture des jeans : un indigo produit par fermentation, sans ressources fossiles.
L’indigo biosourcé : une alternative concrète
Fondée en 2015 à Toulouse, Pili bouscule l’industrie textile en développant des colorants et pigments biosourcés, pensés comme une alternative écologique aux teintures issues du pétrole. Au cœur de cette innovation : l’indigo, couleur emblématique du denim, encore produit à 99 % à partir de ressources fossiles. Pour changer la donne, l’entreprise a lancé en 2023 le projet Phoenix, une version biosourcée de l’indigo obtenue par fermentation de sucres végétaux et qui conserve les mêmes propriétés de teinte et de résistance que son équivalent issu de la pétrochimie. « Concrètement, des micro-organismes dans des cuves transforment les sucres en un précurseur (une substance intermédiaire) servant ensuite à produire de l’indigo, selon un procédé proche de la fabrication de la bière. Cette méthode permet de réduire la consommation d’énergie et de limiter l’usage de produits toxiques et les déchets liés aux solvants », explique Pauline Rullière, directrice de la recherche et du développement de l’entreprise.
Une première usine mondiale
Le projet Phoenix vise en particulier à construire une unité de démonstration sur le site industriel de l’entreprise situé aux Roches-Roussillon en Isère.« L’idée est de valider le procédé à grande échelle, de produire les premières tonnes d’indigo biosourcé, puis de préparer la construction de la première usine mondiale dédiée », reprend Pauline Rullière. Objectif à terme : diviser par deux les émissions de CO2 liées à la production de ce colorant, tout en créant des emplois locaux et en sécurisant une filière française souveraine.
« L’un des jalons majeurs déjà atteints a été la livraison, en 2024, de la première tonne d’indigo à notre principal client », se réjouit la directrice du développement de Pili. « Cette avancée s’est concrétisée par le lancement, en janvier 2025 d’une collection dédiée, avec déjà plus de 250 000 jeans vendus ».
L’étape suivante, c’est la montée en échelle industrielle. « Dans l’innovation en biotechnologie, une fois le procédé validé à petite échelle, le plus difficile reste à prouver : la montée en échelle, c’est là où tout se joue », reprend Dora Demeter. Passer du laboratoire à une production de plusieurs tonnes nécessite en effet des investissements lourds et une optimisation fine des procédés.
Les enjeux pour l’entreprise sont désormais de proposer un indigo biosourcé performant, utilisable à grande échelle, à un coût maîtrisé et avec un impact environnemental réduit. Selon la première analyse de cycle de vie réalisée, les émissions de CO2 ont déjà été réduites de plus de 50 %.
France 2030 en soutien
Lauréat de l’appel à projets « Produits biosourcés et biotechnologies industrielles » financé par l’Union Européenne (Next Génération EU) et l’État français, opéré par l’ADEME dans le cadre de France 2030, le projet Phoenix bénéficie d’un financement à hauteur de 4,3 millions d’euros. Au-delà de la participation à l’investissement, les experts ADEME ainsi que des experts externes ont analysé le volet innovation industrielle. « Cette collaboration a permis de confirmer la faisabilité scientifique du procédé et de préparer son adaptation aux contraintes industrielles » explique Dora Demeter, docteur en chimie organique et chargée de mission transition écologique à l’ADEME. « À cette étape, il est important d’être accompagné et de bénéficier de la vision globale apportée par des experts externes ».
de l’indigo mondial est d’origine pétrochimique.
de jeans vendus chaque année dans le monde.
de réduction des émissions de CO₂ visées par Pili par rapport à l’indigo conventionnel.
d’aide (ADEME/Fonds européens) sur un montant total de 9,8 M€.