Exposé

Comprendre les relations entre agriculture et pollution de l’air

Tandis que les productions agricoles peuvent être affectées par la pollution de l’air, les activités agricoles contribuent à cette pollution de l’air. C’est pourquoi la compréhension des relations complexes entre air et agriculture est essentielle pour pouvoir soutenir les pratiques favorables à la qualité de l’air.

L’ammoniac (NH3) émis dans l’air provient à 93 % de l’agriculture, dont 69 % des élevages et 28 % des apports d’engrais minéraux1. Or l’ammoniac émis dans l’air induit des conséquences sanitaires, environnementales (eutrophisation et acidification des eaux et des sols, atteinte à la biodiversité…) et climatiques (les dépôts de NH3 contribuant aux émissions d’un gaz à effet de serre, le protoxyde d’azote N2O). Une analyse2 des épisodes printaniers de pollution particulaire de grande ampleur et de forte intensité a permis d’identifier que le NH3 émis lors des épandages de déjections d’élevage et d’engrais minéraux favorisait la formation de particules dites secondaires (AOS) riches en nitrate d’ammonium, en se combinant aux oxydes d’azote émis par les transports routiers.
Par ailleurs, les productions agricoles peuvent être affectées directement par la pollution de l’air (notamment par l’ozone O3), ou indirectement lorsque ces productions sont perturbées par l’évolution du climat, ce qui modifie leurs émissions et donc les phénomènes de pollution de l’air induits. Ces dommages deviennent d’autant plus préoccupants que les besoins alimentaires et non alimentaires en biomasse augmentent.
L’agriculture contribue aussi dans une moindre mesure, mais de manière significative pour le territoire français, aux émissions d’oxydes d’azote (NOx), de composés organiques volatils d’origine biogénique (COVb) et de particules primaires (TSP, PM10, PM2,5). Quant à la présence de produits phyto­sanitaires dans l’air, elle a pu être mise en évidence non seulement à la campagne mais également en ville3.
C’est pourquoi améliorer l’évaluation des émissions des polluants atmosphériques d’origine agricole et promouvoir le déploiement de pratiques permettant de les limiter constituent des enjeux clés pour l’ADEME. Revenons sur les grandes étapes de recherche mises en œuvre par l’ADEME sur cette thématique.

De 2008 à 2016 : évaluer les émissions de polluants

À l’ADEME, les recherches sur les problématiques évoquées visent à disposer de connaissances actualisées pour répondre aux enjeux réglementaires sur la qualité de l’air (voir article 2, première partie). Les recherches soutenues par l’ADEME sur cette période ont permis d’évaluer les émissions de polluants des techniques employées en élevages industriels (porcs, volailles…), de progresser en matière d’inventaires d’émissions et d’améliorer la métrologie de ces émissions. 
L’ammoniac est le polluant ciblé en priorité du fait des niveaux émis par le secteur agricole et des réglementations associées. Grâce au programme CORTEA, une vingtaine de projets ont été accompagnés sur cette thématique.
Dans le même temps, plusieurs projets ont été soutenus par le programme PRIMEQUAL sur d’autres polluants émis (PM, COV, O3) en lien avec l’agriculture.

De 2016 à aujourd’hui  : un séminaire et le lancement d’une édition dédiée

Tandis que CORTEA poursuit son soutien à de nouveaux projets sur les émissions agricoles, PRIMEQUAL organise un séminaire d’état de l’art sur le sujet en 2014, suivi d’un appel à projets de recherche (APR) en 2016 dédié à l’air et l’agriculture. Les objectifs sont les suivants : caractériser et réduire les émissions de polluants atmosphériques ; caractériser les impacts de la pollution de l’air sur les productions agricoles/sylvicoles, et les impacts sanitaires, environnementaux et économiques ; favoriser l’innovation et l’amélioration des pratiques. À côté de cet APR, l’ADEME et le ministère chargé de la Transition écologique, en collaboration avec le ministère chargé de l’Agriculture, lancent en 2016 l’appel à projets Agr’Air « Mobiliser et agir collectivement pour réduire les émissions de polluants dans l’air du secteur agricole (ammoniac et particules fines) ». L’objectif est d’expérimenter des approches collectives et de mettre en œuvre des actions reproductibles et pérennes fournissant des retours d’expérience concrets et exemplaires sur les solutions du secteur agricole en faveur de la qualité de l’air. Les résultats de quelques projets lauréats sont détaillés dans le second article de cette lettre. 
Ces appels PRIMEQUAL et Agr’Air font partie des mesures du Plan national de réduction des émissions de polluants atmosphériques (PREPA du 10 mai 2017), et leurs résultats seront présentés à Bordeaux le 17 mai 2022. 
En 2020, l’ADEME a lancé son nouveau programme Amélioration de la Qualité de l’Air : Comprendre, Innover, Agir (AQACIA). Ce dernier rassemble les besoins de recherche sur la qualité de l’air, jusque-là traités via PRIMEQUAL, CORTEA, le volet recherche d’AACT-Air et le volet « air » d’IMPACT. Parmi les projets retenus, deux abordent le secteur agricole.

  1. Citepa, 2021. Rapport d’analyse SECTEN.
  2. Rouil et al. 2015. Épisodes de pollution particulaire en France : quels enseignements tirer des récents épisodes ? Pollution atmosphérique. Numéro spécial. Mars 2015
  3. ANSES, 2010. Recommandations et perspectives pour une surveillance nationale de la contamination de l’air par les pesticides.