Résultats significatifs

Comment la recherche participe-t-elle à la massification de la rénovation énergétique des bâtiments ?

La rénovation performante d’un bâtiment est une opération complexe. Aux défis techniques liés aux matériaux ou à l’époque de construction s’ajoutent ceux du financement, du comportement d’usage et de la maîtrise d’ouvrage, autant de défis que la recherche contribue à surmonter.


Depuis une quinzaine d’années, de nombreux consortiums de recherche (impliquant des laboratoires de recherche, mais également des acteurs économiques, des associations ou des acteurs publics) se sont emparés de la question de la rénovation énergétique des bâtiments. Ces travaux ont permis de faire avancer les connaissances sur le sujet et d’identifier les conditions de soutien à la massification de la rénovation énergétique.

Faire émerger une offre de rénovation globale et performante

La structuration de la filière professionnelle joue un rôle majeur dans la mise en place d’un écosystème favorable à la rénovation performante. Les artisans et entreprises du bâtiment doivent être en mesure de proposer et de mettre en œuvre des rénovations performantes. Il est alors indispensable d’assurer la montée en compétences des professionnels. Le projet RESSORT, lauréat de l’édition 2016 de l’APR Bâtiments responsables, s’est intéressé aux conditions de structuration et de déploiement d’une offre de rénovation globale et performante des maisons individuelles. Les partenaires du projet se sont appuyés sur le terrain de recherche et d’expérimentation que constituent les groupements d’artisans. En couvrant les six postes de travaux d’une rénovation et en assurant la coordination sur le chantier, les artisans constitués en groupement sont en mesure de proposer des projets complets de rénovation et d’en optimiser le coût. Encore faut-il que les professionnels franchissent ce pas vers la rénovation globale et performante et que les groupements constitués pérennisent leur activité afin de durer. En s’appuyant sur une enquête puis des entretiens qualitatifs auprès d’artisans, le projet visait à identifier les verrous au déploiement de cette pratique puis à proposer et à tester des solutions pour les lever. Le projet a contribué à l’amélioration du mode de gouvernance des groupements (par exemple : une nouvelle répartition des rôles de pilotage, une plus grande souplesse dans la répartition des tâches ou encore la possibilité de recombiner les artisans au sein de groupements différents) et à la refonte du parcours de formation à la rénovation globale des groupements d’artisans (raccourcissement du parcours de formation au profit d’un accompagnement dans la durée à l’issue de la formation).

Sortir de la logique du geste par geste pour s’inscrire dans un parcours de rénovation

Concevoir un projet de rénovation performant en une ou plusieurs étapes nécessite de travailler à l’échelle du bâtiment. Il n’est plus question de réfléchir lot par lot, mais de s’assurer de la cohérence globale des différentes solutions proposées, notamment pour garantir la continuité de l’isolation et de l’étanchéité à l’air de l’enveloppe et l’atteinte de la performance visée. Cette approche globale nécessite le développement d’outils adaptés. Dès 2015, le projet RENOIR (lauréat de l’APR Bâtiments responsables) avait pour ambition d’utiliser les outils numériques pour concevoir, en logements collectifs, des projets de rénovation optimisés aussi bien énergétiquement qu’économiquement. Traditionnellement, seul un nombre limité de variantes de rénovation étaient envisagées. En s’appuyant sur la maquette numérique et des algorithmes génétiques d’optimisation, les partenaires souhaitaient développer un outil permettant l’étude d’un grand nombre de scénarios de rénovation en un temps réduit. Un outil prototype a pu être testé en fin de projet dans le cadre d’une opération de rénovation porté par un bailleur social, démontrant la faisabilité de la démarche proposée. Suite à cette validation technique, Tipee a poursuivi les développements de l’outil afin de le rendre pleinement opérationnel. Le projet a permis in fine de développer de nouveaux processus de conception.

Disposer de retours terrain pour valider la démarche

Le projet Perf in Mind s’est penché sur les performances réelles des projets de rénovation globale et performante. Une centaine de maisons individuelles rénovées dans le cadre de dispositifs nationaux ou régionaux d’accompagnement ont fait l’objet d’un suivi de leur consommation d’énergie sur un an. Résultat : 95 % des rénovations BBC respectent leur objectif. Les entretiens menés en parallèle auprès des propriétaires confirment ce constat, puisque près de 80 % d’entre eux se déclarent très satisfaits ou plutôt satisfaits du montant de leur facture énergétique, et aucun ne se déclare insatisfait. La performance d’une rénovation ne se limitant pas à sa consommation d’énergie, les partenaires du projet se sont intéressés au confort thermique et à la qualité de l’air au sein de ces logements. Les résultats sont également excellents. 99 % des ménages sont satisfaits du confort en hiver, et saluent une amélioration de ce confort après la rénovation de leur logement. Certaines pistes d’amélioration ont également été identifiées, comme un meilleur accompagnement des ménages pendant la phase de chantier et la montée en compétences des professionnels afin d’éviter certaines non-qualités observées sur les projets de rénovation. En apportant des éléments factuels, ce projet, lauréat de l’édition 2018 de l’APR Bâtiments responsables, valide l’intérêt de la rénovation en une étape pour atteindre la meilleure performance, et montre que nous disposons des outils pour massifier la rénovation globale et performante des maisons individuelles.

Activer les leviers du marché de l’immobilier pour convaincre les ménages

Les ménages français sont prêts à louer 6 % plus cher un logement performant sur le plan énergétique et 3 % plus cher un logement qui engendre moins de gaz à effet de serre. C’est une des conclusions du projet HERMES, qui s’est interrogé sur la façon dont les ménages se saisissent de l’information sur l’efficacité énergétique et l’impact du diagnostic de performance énergétique (DPE) sur les décisions de location des ménages. Le projet, lauréat de l’APR ClimFi de l’ADEME, s’est alors penché sur l’impact de l’exclusion du marché de la location des logements dont le DPE affiche une classe F ou G. En prenant comme hypothèse que les propriétaires allaient vendre leur logement plutôt que le rénover, les travaux de recherche montrent qu’une augmentation de 15 %, 50 % et 100 % du nombre de logements peu performants à vendre (tout en maintenant constant le nombre d’acheteurs sur le marché) entraîne respectivement une baisse de leur prix de 1,5 %, 4 % et 8 %, alors que dans le même temps le prix des autres logements (classés de A à E) augmente en moyenne de 0,2 %, 0,8 % et 1,5 %.Le projet HERMES complète ces arguments financiers en évaluant l’effet du DPE sur le prix des logements à l’achat, ces arguments s’ajoutant à ceux liés à l’amélioration du confort, la réduction des consommations d’énergie ou la limitation des risques de pathologies du bâti. 

Financer la rénovation énergétique performante des logements

Consciente du défi financier important représenté par la rénovation (passer de moins de 50 000 logements rénovés performants par an aujourd’hui, à plus de 700 000 en rythme de croisière), l’ADEME a financé l’étude Firéno, réalisée par l’Institut négaWatt, Île-de-France Énergies et GreenFlex, trois structures qui travaillent depuis plusieurs années sur le terrain à la montée en puissance de la rénovation performante des logements, et qui ont travaillé avec toutes les parties prenantes. L’ensemble des logements français a été étudié (maisons individuelles, logements collectifs et logements sociaux) afin de proposer des mesures de politique publique à plus ou moins long terme pour accélérer la dynamique de rénovation performante tout en préservant l’efficience des fonds publics.