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ThreeME : un modèle pertinent pour l’évaluation environnementale

Ce modèle décrit précisément les consommations d’énergie (modèle hybride), les contraintes de financement pesant sur l’investissement (modèle néokeynésien) et les transferts d’activités économiques (modèle multisectoriel), tout en ayant les mêmes propriétés prédictives que le modèle de référence d’analyse conjoncturelle de l’économie française (modèle Mésange de l’INSEE-DG Trésor).

Du fait de ces spécificités, ThreeME a notamment été retenu – à l’instar du modèle IMACLIM du CIRED – par le ministère de la Transition écologique afin de réaliser l’évaluation des SNBC, exercice pour lequel les modèles ont délivré des résultats similaires jusqu’à présent.

ThreeME est hybride : le modèle retrace avec précision et réalisme l’ensemble des consommations d’énergie. Les agents investissent dans la transition uniquement si cela est rentable pour eux, étant donné les coûts d’acquisition mais également de l’énergie. Pour les ménages, les évolutions des parcs immobilier et automobile sont finement modélisées pour 7 classes énergétiques. Les entreprises peuvent aussi financer des travaux d’efficacité énergétique ou de modification du mix.

ThreeME est néokeynésien : Ces investissements verts sont essentiellement financés par emprunt (hypothèse réaliste), et non en puisant dans un stock d’épargne préalable (modèle Walrassien). De ce fait, une hausse d’investissement dans la transition ne s’opère pas nécessairement au détriment d’autres investissements productifs. L’effet d’éviction1 est très faible, rendant possible un multiplicateur keynésien, si les secteurs de la transition s’y prêtent.

ThreeME est multisectoriel : Il permet donc d’apprécier les effets économiques d’un transfert d’activité d’un secteur à l’autre, de la route vers le rail par exemple. Or, les secteurs n’ont pas tous la même propension à importer ni la même intensité en emploi. Un transfert d’activité n’est donc pas neutre sur la croissance.

En définitive, un double dividende (gain environnemental et économique) est bien possible. La transition peut déboucher sur une hausse de l’activité économique parce qu’elle induit :

– Le remplacement d’énergies fossiles importées, dont les cours vont incontestablement augmenter, par des énergies renouvelables produites localement, dont les coûts de production restent relativement stables, voire t.

– La substitution de biens manufacturés à fort contenu carbone et en grande partie importés par l’achat de biens et services moins carbonés et produits localement.

– Des investissements d’efficacité énergétique rentables à terme, via des économies sur facture énergétique supérieures au montant du remboursement des emprunts contractés pour financer les travaux.

Néanmoins, l’obtention d’un double dividende n’est pas automatique. Les effets positifs mentionnés peuvent être contrebalancés :

– Par une réduction de l’activité d’une filière exerçant un fort effet d’entraînement sur le reste de l’économie (automobile, par ex.).

– Par un regain d’importations engendré par l’amélioration du pouvoir d’achat des ménages.

– Par des investissements non rentables à terme (si mauvaise appréciation des économies d’énergie effectives).

– Si la reprise génère trop d’inflation, obligeant les autorités monétaires à augmenter les taux d’intérêt (politique monétaire restrictive afin notamment d’éviter une bulle spéculative).

Ainsi, les modélisations montrent que les impacts économiques de la transition sont contrastés selon les diverses options retenues pour atteindre la neutralité carbone. Les résultats sont exprimés en différence entre un scénario tendanciel incluant les mesures existantes favorisant la transition écologique (MaPrimRénov’, par ex.) et un scénario de transition comprenant des mesures additionnelles permettant d’atteindre la neutralité carbone.

1. On parle d’effet d’éviction lorsque la hausse de l’investissement public entraîne une hausse des taux d’intérêt qui vient restreindre l’investissement privé.