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Le bois de la discorde

Le bois de la discorde
Le bois est la première source d’énergie renouvelable utilisée en France, où la ressource est présente en quantité. Le bois énergie est donc appelé à contribuer largement à la stratégie nationale de transition. Pourtant il n’a pas toujours bonne presse.
Explications avec Mathieu Fleury, président du Comité interprofessionnel bois énergie et Émilie Machefaux, cheffe du service Forêt, alimentation et bioéconomie à l’ADEME.

Comment qualifieriez-vous la contribution du bois énergie à la transition ?
Émilie Machefaux

A mes yeux, c’est un maillon essentiel. Pour atteindre la neutralité carbone, nous allons devoir actionner simultanément plusieurs leviers : réduire les consommations d’énergie dans tous les secteurs, favoriser le stockage de carbone et aussi décarboner la production d’énergie. Pour ces deux derniers axes, le bois apporte une réponse, d’autant plus pertinente qu’il s’agit d’une ressource locale et renouvelable.

Mathieu Fleury

Le bois énergie présente en outre de nombreux atouts : il crée de l’emploi non délocalisable, son exploitation contribue à l’entretien des forêts, il valorise des bois d’élagage et de rebut… Autant de bénéfices pour les territoires. Il représente aussi un coût de revient maîtrisé, bien moins sensible aux fluctuations géopolitiques que les autres sources d’énergie. C’est aussi un secteur qui fait l’objet de grandes attentes puisque les objectifs de production fixés par la programmation pluriannuelle de l’énergie sont encore loin d’être atteints.

 

Pourtant la filière fait l’objet de controverses ?
M. F.

Le bois énergie est victime d’un problème d’acceptabilité sociale, et plus particulièrement de ce qu’on appelle le syndrome Idéfix, en référence au petit chien d’Uderzo qui ne supporte pas qu’on abatte les arbres. Alors même qu’une partie croissante de nos concitoyens plébiscitent les usages du bois, les coupes dans nos forêts se heurtent à une hostilité de plus en plus marquée. On nous reproche souvent de contribuer à la déforestation alors que les massifs forestiers en France n’ont jamais été aussi vastes depuis la révolution industrielle.

E. M. 

Les pratiques de prélèvement du bois énergie ont évolué ces dernières années et les acteurs s’attachent à ne pas perturber le fonctionnement des écosystèmes forestiers. Dans les années qui viennent, avec l’hypothèse de prélèvements accrus, la conciliation entre les objectifs économiques et environnementaux va devenir un enjeu clé. Dans cette perspective, l’ADEME a d’ailleurs développé un guide pratique de la récolte durable afin de mieux protéger la fertilité des sols et l’intégrité des écosystèmes forestiers. Un autre sujet de controverse porte sur la qualité de l’air, la combustion de biomasse émettant divers polluants atmosphériques. Mais les émissions sont essentiellement issues des poêles et cheminées anciens et non performants. Les installations industrielles sont, elles, moins émettrices.

Et demain ?
M. F.

Jusqu’à présent, la filière n’a pas pris la mesure du poids des imaginaires dans les débats liés à la forêt et chacun se l’approprie comme si c’était son patrimoine, alors que 75 % de la forêt française est privée. Il y a là un travail important à mener avec les spécialistes des sciences sociales.

E. M. 

Comme toutes les énergies renouvelables, le bois fait débat, et ce n’est pas un sujet nouveau. Pour lever les amalgames, nous aurons besoin de tous et cela passera par la poursuite de la montée en compétences des acteurs, mais aussi par le renforcement des exigences du Fonds Chaleur, le dispositif de financement d’installations de production de chaleur renouvelable.

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