À l’heure où certains États restreignent l’accès à des ressources dont ils sont les rares détenteurs, la souveraineté sur les matières premières est plus que jamais stratégique. Accéder à ces métaux, minéraux, substituer les matières fossiles par des renouvelables ou recyclées, sécuriser les approvisionnements : autant d’enjeux qui conditionnent notre indépendance économique et géostratégique. Or la France est encore dépendante d’une grande part des matières qu’elle consomme. Cela pèse sur notre balance commerciale, notre compétitivité, notre pouvoir d’achat (et notre résilience collective). Notre pays peut et doit réduire sa dépendance à l’égard des autres acteurs, et reconstruire des chaînes de valeur stratégiques sur son territoire.
La parole à Sylvain Waserman PDG de l’ADEME
L’économie circulaire protège nos emplois et nos entreprises locales. Elle constitue une politique industrielle et stratégique à part entière. En favorisant le réemploi, le reconditionnement et la substitution des ressources vierges par des matières issues du recyclage, la circularité nous permet de produire autrement, d’innover localement et de réduire nos vulnérabilités. Derrière chaque tonne de déchets valorisés, il y a des emplois, des compétences, des technologies et des territoires qui se réinventent. En 2021, plus de 164 000 emplois étaient déjà liés au secteur du recyclage, et plus de 199 000 à l’allongement des durées d’usage (entretien, réparation). Ce sont des activités ancrées dans les territoires, non délocalisables, au service d’une création de valeur durable.
L’économie circulaire est autant un atout pour la compétitivité que pour le climat. En 2021, le recyclage a permis d’éviter 17 Mt de CO2 et 34 TWh issus d’énergies fossiles en France, soit l’équivalent d’un trimestre d’émissions nationales de gaz à effet de serre liées aux voitures particulières(1) et de 6 % de la consommation du secteur des transports en France(2). Ces chiffres traduisent une vérité simple : chaque tonne de matière que nous recyclons diminue notre empreinte carbone. Chaque bouclage de matière renforce notre souveraineté énergétique et industrielle.
Les ambitions françaises et européennes sont claires. La loi anti-gaspillage pour une économie circulaire (AGEC) fixe un objectif de - 15 % de déchets ménagers et assimilés d’ici à 2030, et le Pacte vert européen vise 65 % de valorisation matière à l’horizon 2025. Dans le même temps, la France s’est engagée à décorréler la croissance de son PIB de sa consommation de matières. Cela traduit un changement de paradigme : produire mieux, consommer moins, tout en créant davantage de valeur sur le territoire. Des filières nouvelles émergent – du plastique au textile, en passant par les métaux et les déchets du bâtiment. Et les appels à projets comme « Objectif Recyclage MATières » (ORMAT) ou « Circularité avancée des plastiques, textiles et élastomères » (CAPTE), financés par l’État à travers l’ADEME, accélèrent la structuration d’écosystèmes industriels vertueux.
Des progrès sont déjà visibles. 71 % des papiers-cartons, 63 % du verre et 43 % de l’acier produits en France intègrent des matières recyclées. Mais certaines filières, comme celle des emballages plastique ou du textile, accusent encore du retard. Ce sont sur elles que se concentrent nos efforts aujourd’hui, car elles représentent un potentiel pour plus de souveraineté. Les solutions se trouvent autant dans le développement de nouvelles technologies de recyclage que dans l’amélioration du geste de tri. En effet, une récente étude de l’ADEME montre que près de 70 % du contenu des poubelles grises des ménages restent valorisables.
Faire de l’économie circulaire le nouveau visage de la souveraineté française, c’est faire le choix de la lucidité et de l’avenir. Lucidité, parce que l’exploitation « infinie » de ressources vierges n’est pas soutenable, ni d’un point de vue environnemental ni en termes de dépendance. L’avenir, parce que plus de circularité, c’est protéger nos emplois, nos entreprises et la cohésion territoriale.
Sources : 1. Impact CO2 2. Consommation nationale d’énergie des transports