Et si une partie des missions de terrain des collectivités pouvait être assurée sans véhicules utilitaires thermiques ? C’est le pari de Décarmob’Reizh, une expérimentation menée en Bretagne par l’association Les Boîtes à Vélo – Bretagne, avec le soutien de l’ADEME. Le projet teste des véhicules intermédiaires légers, appelés VELIS, pour les métiers d’entretien des espaces verts, de la propreté urbaine ou encore de la maintenance technique industrielle.
Cinq expérimentations, cinq cas d’usage différents
Soutenu par le programme « Extrême Défi Mobilité » de l’ADEME lancé en 2022, Décarmob’Reizh teste ces solutions légères pour répondre à de nouveaux besoins professionnels : « L’idée, c’est vraiment de trouver le bon véhicule pour le bon usage » décrit Alexis Avenel, chargé de mission aux Boîtes à Vélo Bretagne. Ces solutions ont été pensées « dans une logique de sobriété énergétique mais aussi de réduction des coûts sur l’ensemble du cycle de vie », complète Augustin Chanoine, chef de projets véhicules intermédiaires à l’ADEME Bretagne.
Les métiers des espaces verts, de la propreté urbaine ou de la maintenance impliquent de nombreux déplacements courts, des interventions répétées et des besoins de transport parfois limités, pour lesquels les utilitaires thermiques apparaissent souvent surdimensionnés. Depuis 2025, cinq expérimentations sont menées en Bretagne auprès de : Rennes Métropole, la Région Bretagne via les Canaux de Bretagne, Lorient Agglomération, l’ESAT de Ploudalmézeau (Finistère) de l’association des Genêts d’Or et le technicentre industriel SNCF de Rennes.
Au total, une vingtaine de véhicules ont été mobilisés, représentant dix modèles différents testés dans le cadre d’expérimentations menées sur une durée d’un mois chacune. Ces essais ont impliqué plusieurs centaines d’agents et porté sur d’importantes surfaces d’espaces verts gérées par la Métropole de Rennes, les Canaux de Bretagne et l’ESAT.
Chaque expérimentation suit trois étapes :
- une phase d’exploration auprès des équipes visant à embarquer les futurs utilisateurs, à identifier leurs besoins et à choisir les vélis les plus adaptés, avec le soutien du cabinet « Dessine-moi demain » en charge de la co-animation des temps forts.
- Une phase d’adaptation des véhicules.
- Un mois de test terrain avec suivi des usages et retours utilisateurs. « Un des points importants qui ressort du projet, c’est la validation de cette méthode d’accompagnement, notamment les dimensions d’animation et d’écoute des besoins qui rassurent les structures qui se lancent dans l’expérimentation », souligne Augustin Chanoine.
Concrètement, toutes les parties prenantes du projet (managers, techniciens, agents de terrain) participent ensemble à l’identification des besoins : nombre de personnes à transporter, outils et matériels embarqués, fréquence des déplacements ou type de terrain. L’objectif est de « construire avec les équipes la solution adaptée à leurs besoins », explique Alexis Avenel.
Des véhicules adaptés aux professionnels
Un autre aspect intéressant de ce projet est le travail de co-conception réalisé avec huit constructeurs français. Les véhicules ne sont pas simplement prêtés : certains ont été modifiés spécifiquement pour s’adapter aux besoins de ces expérimentations.
Par exemple, à l’ESAT des Genêts d’Or, les équipes avaient besoin de transporter au moins deux personnes à la fois, ainsi que du matériel d’entretien. Une remorque spécifique a donc été développée pour embarquer tondeuses et débroussailleuses. À Lorient, des équipements de nettoyage basse pression ont été intégrés à certains véhicules pour permettre la collecte et le nettoyage des corbeilles urbaines.
Des bénéfices opérationnels immédiats
Les premiers retours montrent des bénéfices qui dépassent largement le seul enjeu carbone. Dans les parcs et jardins de Rennes, les équipes apprécient la maniabilité et la discrétion des véhicules. « Quand vous circulez dans un parc avec un gros camion diesel ou avec un petit véhicule électrique silencieux, l’image n’est pas la même », observe Alexis Avenel. Ces véhicules sont discrets, innovants et suscitent aussi la curiosité des habitants ou des promeneurs.
Quand vous circulez dans un parc avec un gros camion diesel ou avec un petit véhicule électrique silencieux, l’image n’est pas la même
Les VELIS permettent également de revoir l’organisation des interventions. À l’ESAT des Genêts d’Or, les véhicules ont permis à de petites équipes de gagner en autonomie et d’intervenir plus facilement sur des chantiers locaux sans dépendre systématiquement d’un gros véhicule ni d’un accompagnateur disposant du permis. À Lorient Agglomération, les véhicules adaptés à la propreté urbaine permettent de regrouper plusieurs interventions (collecte, nettoyage léger et entretien) au cours d’un même déplacement. Au technicentre SNCF de Rennes, les véhicules sont testés pour remplacer de petits déplacements internes, encore réalisés en voiture. L’intérêt économique est aussi un autre atout. « Aujourd’hui, un véhicule utilitaire multiservice peut coûter autour de 60 000 euros. A ce prix-là, une collectivité peut se procurer deux ou trois VELIS », souligne Alexis Avenel. Les coûts de maintenance sont eux aussi réduits grâce à des véhicules plus simples techniquement qu’un véhicule thermique et plus faciles à entretenir.
Le principal défi : faire évoluer les habitudes
Toutefois, pour beaucoup d’agents, le changement de pratiques reste difficile et l’acceptabilité constitue encore un obstacle. « On a vu des agents démarrer l’expérimentation les bras croisés en disant : « « Jamais de la vie. » Et puis, à la fin, la plupart reconnaissent finalement qu’ils seraient prêts à utiliser ce type de véhicule dans leur quotidien », raconte Alexis Avenel. Certains ont apprécié la maniabilité de ces véhicules silencieux, qui facilitent les déplacements entre sites, réduisent la pénibilité de certaines tâches et évitent des trajets jusque-là effectués à pied avec du matériel à transporter. Le projet illustre l’importance de l’accompagnement humain : les porteurs du projet insistent sur la nécessité d’aligner l’ensemble de la chaîne décisionnelle (élus, directions techniques, managers et agents de terrain). Cependant, les VELIS n’ont pas vocation à remplacer tous les usages : « Un camion-benne restera toujours indispensable pour transporter une tonne de copeaux ou réaliser certains gros chantiers », reconnaît Alexis Avenel.
Aujourd’hui, un véhicule utilitaire multiservice peut coûter autour de 60 000 euros. A ce prix-là, une collectivité peut se procurer deux ou trois VELIS.
Préparer le déploiement de demain
L’ADEME finance l’expérimentation Décarmob’Reizh, dans le cadre du programme eXtrême Défi Mobilité, pour tester les usages, adapter les véhicules au plus près des besoins des utilisateurs et faire progressivement évoluer les mentalités. En 2026, un dispositif d’accompagnement vient d’être lancé pour accélérer le déploiement des VELIS sur l’ensemble du territoire national. Les usages professionnels sont nombreux. Les premières perspectives de déploiement concernent cinq secteurs prioritaires : les flottes de collectivités, les flottes d’entreprises, le tourisme, la logistique, ainsi que la santé et la mobilité inclusive.