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À Grenoble, un baromètre pour construire une transition plus juste

  • Société / Politiques publiques

Comment accompagner la transition écologique sans creuser les inégalités ? Pour mieux comprendre ce qui pousse ou freine les habitants à changer leurs pratiques, Grenoble Alpes Métropole et la chaire Territoires en transition de l’école de management de Grenoble (GEM) ont lancé en 2022, avec l’appui de l’ADEME, un Baromètre des transitions. Mobilité, logement, alimentation, consommation… en croisant les résultats d’enquêtes régulières, leur objectif est de mettre en lumière les pratiques et les contraintes des habitants, afin d’éclairer les politiques publiques et de favoriser une transition plus juste.

octobre 2026

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Comprendre ce qui fait agir les habitants

Avec 2 463 habitants inscrits au panel et sept enquêtes réalisées entre 2022 et 2025, le Baromètre permet de croiser les données et de suivre l’évolution des comportements. L’objectif : mieux comprendre ce qui favorise ou freine l’adoption de pratiques plus durables : « Sur la mobilité, par exemple, on avait des connaissances assez fines. Ce qui nous intéressait, c’était de les relier avec d’autres pratiques de consommation ou d’alimentation », explique Hélène Clot, directrice Stratégie, innovation et relations citoyennes de la Métropole.

Les résultats bousculent certaines idées reçues : connaître les enjeux écologiques ne suffit pas toujours à agir. Les chercheurs distinguent trois formes d’engagement : les écogestes, les pratiques nécessitant un investissement et une « écologie populaire », fondée sur des savoir-faire pratiques, par exemple la réparation, le jardinage ou la cuisine, qui sont souvent davantage dictés par la nécessité économique que par les convictions.

Des inégalités qui se cumulent

Le rapport révèle ainsi une « double peine socio écologique » : les ménages les plus exposés aux nuisances, comme la précarité thermique, sont également ceux qui disposent du moins de ressources pour y faire face. Le baromètre met aussi en évidence le cumul des difficultés sur plusieurs dimensions, comme l’énergie ou la mobilité. 

Pour Fanny Viot, référente des approches d’innovation sociale à l’ADEME, l’enjeu est de sortir d’une approche cloisonnée pour tenir compte de toutes les dépenses contraintes et du reste à charge des ménages. Un constat qui a alimenté les choix de la Métropole sur les aides et dérogations à la zone à faibles émissions (ZFE). Des dérogations ont ainsi été prévues pour les « petits rouleurs », tandis que les aides au report modal, destinées à encourager l’adoption d’autres modes de déplacement que la voiture, ont été ajustées pour faciliter le changement de pratiques. Une attention particulière a également été portée à la simplification des parcours pour effectuer les démarches.

Mais les inégalités ne se résument pas aux écarts de revenus. La qualité du logement, l’accès à la nature ou les liens sociaux comptent également : « La question de l’isolement social pèse autant sur la vulnérabilité des habitants que celle du niveau de revenu lors des fortes chaleurs, à part pour les très riches et les très précaires », avance Hélène Clot. En effet, pouvoir compter sur quelqu’un en cas de difficulté, échanger des « bons plans » ou des coups de main, se soutenir face aux crises sont aujourd’hui des ressources essentielles face aux événements. L’action publique doit donc intégrer cette attention aux personnes isolées. 

Des données pour mieux accompagner

Informer ou financer ne suffit pas toujours. « C’est moins une question d’information que de capacité d’agir », souligne Fiona Ottaviani, enseignante-chercheuse à Grenoble École de Management (GEM). En rénovation énergétique, le statut de locataire, les décisions de copropriété ou la complexité des démarches peuvent freiner le passage à l’acte. S’appuyant sur ces enseignements, confortés par les résultats du Baromètre, la Métropole a expérimenté en 2026 un accompagnement global des copropriétés, associant rénovation, gestion de l’eau et végétalisation. En parallèle, des habitants « ambassadeurs de la fraîcheur » ont été sensibilisés aux solutions de rafraîchissement pour mieux les faire connaître auprès de leurs voisins et devenir ainsi des relais de l’action publique.

Le Baromètre avait en effet interrogé les enquêtés sur les personnes qu’ils écoutaient le plus pour passer à l’action. Première réponse : leur entourage… alors que les collectivités arrivaient en bout de chaîne. S’appuyer sur des habitants alliés semble donc une bonne stratégie ! 

Le Baromètre a également contribué à l’élaboration du nouveau Plan climat-air-énergie territorial (PCAET) de Grenoble Alpes Métropole, notamment de son axe 3, intitulé « Agir ensemble pour une transition juste et accompagner les changements ». L’objectif : mieux tenir compte des contraintes et des besoins des habitants pour que les politiques de transition écologique ne renforcent pas les inégalités existantes.

Transition juste : 4 idées reçues sur les comportements des habitants

  • « En cas de canicule, il est toujours possible de trouver un endroit où se mettre au frais. » 

Faux.

Tout le monde n’a pas les mêmes possibilités de trouver refuge ailleurs. Les contraintes financières et le manque d’information figurent parmi les principaux freins pour trouver refuge ailleurs lorsque la chaleur devient difficilement supportable chez soi. Il est donc déterminant de développer des lieux de fraîcheur accessibles à tous.

  • « Pour être écolo, il faut avoir les moyens d’investir. » 

Faux.

Réparer ses objets, acheter d’occasion, réemployer ou limiter le gaspillage alimentaire : cette « écologie populaire » repose sur des pratiques accessibles, sans investissements importants.

  • « Les habitants qui connaissent les enjeux écologiques passent plus facilement à l’action. » 

Pas toujours vrai.

La sensibilisation ne garantit pas un changement de comportement. Les habitudes, les contraintes du quotidien et les possibilités concrètes d’agir (infrastructures, accessibilité des solutions…) entrent aussi – voire surtout – en jeu.

  • « Pour faire évoluer les modes de vie, il faut proposer un accompagnement sur mesure. » 

Vrai et faux.

Les freins au changement varient selon les situations : certains habitants ont besoin d’un soutien financier, d’autres d’informations pratiques ou d’une aide dans leurs démarches. L’enjeu est de trouver le bon équilibre entre des solutions collectives, accessibles au plus grand nombre, et un appui personnalisé lorsque cela est nécessaire.

Une démarche qui peut inspirer d’autres territoires

Partenaire dès le lancement, l’ADEME a contribué à la conception des questionnaires en partageant son expertise des enquêtes nationales. Une expérience dont d’autres collectivités peuvent s’inspirer, en l’adaptant à leurs moyens et à leurs besoins car « toutes les collectivités ne disposent pas du même écosystème scientifique que la Métropole de Grenoble », souligne Fanny Viot. Pour elle, l’essentiel est d’abord d’identifier les connaissances nécessaires pour mieux orienter l’action publique. Les moyens de les recueillir peuvent ensuite varier : enquêtes de terrain, entretiens qualitatifs ou rencontres ciblées permettent aussi de mieux comprendre les besoins des habitants, notamment ceux qui s’expriment peu dans les démarches classiques de participation.

La transition écologique s’invite jusque dans les cimetières

Le Baromètre s’est également intéressé aux « pratiques funéraires écologiques ». Une enquête a permis de mesurer la connaissance et l’acceptabilité des alternatives aux sépultures traditionnelles. Un premier état des lieux pour anticiper l’évolution des attentes des habitants et nourrir les réflexions du service funéraire métropolitain de Grenoble.

En savoir plus
  • Découvrir la présentation du baromètre
  • Télécharger le rapport d'enquête
  • Le site de l’école de management de Grenoble
  • Lire l'article « Il n’y a pas plus injuste que de ne pas faire de transition »
  • Lire l'article « Regards croisés avec ATD Quart monde pour une transition juste »
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  • #Baromètre
  • #transition écologique
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