En juin 2026, l’ADEME et l’Office français de la biodiversité (OFB) ont publié « ACT Biodiversité ». Cette méthodologie permet d’évaluer l’efficacité de la stratégie des entreprises en faveur de la biodiversité. Explications par Olivier Thibault, Directeur général de l’OFB.
Il s’agit de mesurer l’impact de son activité sur la biodiversité mais aussi sa dépendance vis-à-vis de cette même biodiversité qui doit être considérée dans toute sa globalité. On a trop tendance à penser uniquement à la faune et à la flore alors qu’il faut envisager l’ensemble des écosystèmes (par exemple ; les zones humides, les sols, les forêts, les interactions entre les milieux, etc.). L’évaluation de cet impact et de cette dépendance est un exercice imposé dans le cadre de l’analyse de double matérialité. Sur cette base, l’entreprise doit alors se fixer des objectifs pour réduire cet impact et agir sur l’ensemble de sa chaîne de valeur. Il est primordial pour les acteurs économiques de mettre en place des stratégies biodiversité car le risque est réel. Selon la Banque centrale européenne, 72 % des entreprises de la zone euro, soit environ 3 millions d’entreprises, dépendent de façon critique des systèmes écosystémiques. Une dégradation continue de ces écosystèmes aura donc des conséquences néfastes sur leur activité. La prise de conscience est progressive. Les dernières vagues de chaleur et les incendies dramatiques de l’été ont confirmé l’importance pour les entreprises de réfléchir autrement.
Avant toute chose, il faut préciser que cette méthode concerne les entreprises ayant déjà élaboré une stratégie ou un plan de transition en faveur de la biodiversité et connaissant donc leurs impacts et dépendances relatifs à celle-ci. Elle s’adresse aux grandes et très grandes entreprises. Pour les petites et moyennes entreprises qui veulent mettre en place une stratégie biodiversité, il existe un accompagnement dédié : le Diag Biodiversité proposé par BpiFrance avec le soutien de l’OFB.
ACT Biodiversité est une déclinaison de l’initiative ACT (Accelerate Climate Transition) de l’ADEME. Elle se base sur les neuf critères historiques de cette évaluation (les objectifs de décarbonation, les investissements matériels, les investissements immatériels, la performance des produits vendus, la gouvernance, l’influence sur les fournisseurs, l’influence sur les clients, les prises de position et engagements, les modèles économiques) et apprécie la contribution de l’entreprise à la réduction des cinq facteurs d’érosion de la biodiversité identifiés par l’IPBES, Intergovernmental Science-Policy Platform on Biodiversity and Ecosystem Services, que sont le changement d’usage des sols, l’exploitation des ressources, le changement climatique, les pollutions et les espèces exotiques envahissantes. Cette méthode permet d’avoir une vision holistique de la stratégie biodiversité. Elle évalue la progressivité d’une entreprise et de sa chaîne de valeur vers une économie respectueuse de la biodiversité ainsi que la crédibilité et l’efficacité des actions menées pour réduire au maximum les impacts.
ACT Biodiversité est le résultat de trois ans de recherche, de développement méthodologique, de concertation avec les parties prenantes et d’expérimentation auprès de grandes entreprises françaises. La coopération s’est appuyée sur un binôme resserré, un référent ADEME et une référente OFB, avec un comité de pilotage de haut niveau associant l’expertise des deux agences et des experts sur le sujet entreprises et biodiversité. Les experts de l’ADEME et de l’OFB ont travaillé ensemble sur la base de l’initiative ACT pour élaborer des référentiels de pratique de production vertueuses pour chacun des cinq secteurs que nous avions identifiés : l’agriculture, la construction, l’énergie, la chimie et le générique. Ils ont pu enrichir leur approche par l’expertise d’un groupe de travail technique réunissant WWF, BL Evolution, I Care, Utopies, CDC Biodiversité mais aussi par les contributions d’experts externes recueillies dans le cadre d’une consultation publique organisée en 2025. Ensuite, le bureau d’études EVEA a évalué treize entreprises dont Carrefour, ENGIE Solutions, Michelin, Pierre Fabre, RATP, Renault… avec ACT Biodiversité. Ces sociétés ont été choisies car ce sont de grandes entreprises françaises ayant un impact majeur sur la biodiversité et appartenant aux secteurs les plus impactants.
Cette expérimentation grandeur nature nous a d’abord permis de confirmer que cette méthode est très attendue par les entreprises qui veulent s’assurer que leur stratégie correspond bien aux exigences réglementaires, puis d’ajuster la méthode. Par exemple, nous nous sommes rendu compte qu’il était nécessaire d’intégrer des pondérations sur certains critères. De plus, l’absence de données par manque de structuration pouvait pénaliser fortement l’entreprise qui fait pourtant des efforts. Nous avons donc, pour certains indicateurs, amélioré l’opérationnalité à l’issue du test pour mieux capter les efforts fournis par les entreprises.
Il est important de reconnaître et valoriser les grandes entreprises vertueuses. C’est pourquoi nous avons voulu que l’atteinte d’un score minimum ACT Biodiversité permette d’obtenir la reconnaissance « Entreprises engagées pour la nature » (EEN). Ensuite, nous ne voulions pas multiplier les méthodologies : s’évaluer avec un système puis avec l’autre représenterait pour les entreprises une perte de temps. Il était donc plus simple et plus logique que ACT Biodiversité devienne la voie d’engagement permettant aux grandes entreprises d’obtenir la reconnaissance EEN. Le maintien de cette reconnaissance dépendra de l’évolution positive du score au fil du temps.
D’ici la fin de l’année, nous allons mettre à jour l’outil d’évaluation en ligne et déployer tout un programme pour former les futurs évaluateurs. ACT Biodiversité sera ensuite intégré dans la méthodologie ACT Pas-à-Pas qui sera publiée courant 2027. Les entreprises doivent comprendre qu’ACT Biodiversité n’est pas un référentiel théorique. Il est opérationnel, et peut vraiment les aider à ajuster leur stratégie biodiversité pour qu’elle soit la plus efficiente possible. Il contribue à l’atteinte d’un objectif commun que nous ne devons pas perdre de vue : la préservation du vivant.