C’est l’histoire d’un vaste domaine composé de prairies, forêts, garrigues et barres rocheuses. Situé près de Gardanne en Provence, le domaine de Barême est longtemps resté en sommeil. Jusqu’à ce que la municipalité, soutenue par l’ADEME en PACA et ses partenaires, y développe une ferme maraîchère biologique, installe de nouveaux porteurs de projets agricoles et crée un verger municipal. Aujourd’hui, l’ancien domaine abandonné alimente chaque jour 1 800 repas en restauration collective dans la commune.
Une transition des mines de charbon vers un sol fertile
Longtemps façonnée par le charbon, l’alumine et la production d’électricité, Gardanne entame aujourd’hui un nouveau chapitre. À quelques kilomètres du centre-ville, le domaine de Barême, paysage provençal aux prairies et à la garrigue préservée, est devenu en 2014 le point d’ancrage d’un projet structurant : créer une ferme municipale destinée à approvisionner la restauration collective en fruits et légumes biologiques. L’idée est simple : mettre la terre communale au service des habitants. Le projet se met progressivement en place et, en 2020, l’ambition grandit. Il ne s’agit plus seulement de cultiver, mais de bâtir un parc agroécologique articulé autour de trois axes : développer la production municipale, accueillir des porteurs de projets agricoles et ouvrir le site à des actions pédagogiques.
Structurer, fédérer, planifier
En 2021, la Ville relance officiellement le projet. Une étude prospective est lancée avec le soutien de l’ADEME, via le dispositif Co’Alim. Objectif : établir un diagnostic, construire une vision commune et définir un plan d’action opérationnel. Ce travail collectif associe services municipaux, élus, partenaires agricoles, associations et acteurs du territoire. Dans ce contexte, l’ADEME intervient à deux niveaux : le financement de l’étude stratégique et le soutien à l’emploi de salariés agricoles en insertion professionnelle. Le coût global du projet s’élève à 100 000 euros, dont 70 000 euros financés par l’ADEME. Cet appui permet de consolider le modèle économique et de sécuriser les premières années de développement.
Produire pour les cantines en circuit court
Aujourd’hui, la ferme municipale alimente la cuisine centrale de la commune, qui prépare 1 800 repas par jour pour 13 écoles, 4 crèches, un foyer senior, un restaurant d’agents municipaux, le portage à domicile et les centres de loisirs. La montée en puissance est rapide : la production passe de 6 tonnes en 2023 à 14 tonnes en 2024. Le parc est certifié agriculture biologique et contribue au renouvellement du label Écocert de la cuisine centrale.
Un projet social pour le territoire
Le parc agroécologique n’est pas seulement un outil de production. C’est aussi un support d’insertion et de formation. Entre cinq et dix personnes en atelier d’insertion travaillent chaque année au maraîchage biologique, encadrées par un chef de culture. Des chantiers-écoles sont organisés avec des établissements agricoles, et des stages sont proposés. Le site devient un espace d’expérimentation grandeur nature.
2024, année décisive
En 2024, le site est classé en zone Agricole et Naturelle, ce qui le protège d’une éventuelle urbanisation. Ce classement indique que l’espace doit être préservé pour des fonctions agricoles, environnementales ou paysagères. Le parc agroécologique franchit alors une étape technique importante avec l’installation d’une nouvelle serre maraîchère de 480 m². Cette infrastructure permet d’allonger les périodes de production, de sécuriser certaines cultures face aux aléas climatiques et d’augmenter les volumes destinés à la restauration collective. Parallèlement, la Ville engage une réflexion plus ambitieuse sur l’avenir du site avec une étude d’implantation d’une serre bioclimatique, menée avec l’appui du GERES et du GRAB. Elle s’inscrit dans la logique agroécologique du parc : produire davantage, mais en cohérence avec les enjeux climatiques et environnementaux du territoire.
2025 : lancement du verger municipal
En 2025, le verger municipal est créé. Il compte 100 arbres fruitiers et 175 à 200 vignes de raisin de table sur 4 400 m². Pommiers, poiriers, pruniers, abricotiers, cerisiers, mais aussi une haie pédagogique composée d’amélanchiers, grenadiers, néfliers et jujubiers viennent compléter l’offre maraîchère. Les arbres sont sélectionnés avec des pépiniéristes locaux et l’irrigation pensée pour être économe. Le Département des Bouches-du-Rhône finance les arbres et le système d’irrigation. Le verger répond à plusieurs objectifs : augmenter la part de fruits bio dans les cantines, créer un support de formation en arboriculture et renforcer l’autonomie alimentaire locale. Tout un programme.
Un modèle reproductible ?
Transformer un domaine en parc agroécologique n’a rien d’un long fleuve tranquille. Les équipes doivent composer avec les aléas climatiques, les ravageurs, les questions de sécurisation du site, les contraintes budgétaires et les délais administratifs. La réussite tient à plusieurs facteurs identifiés par la collectivité : volonté politique affirmée, groupe projet solide, méthodes d’intelligence collective, propriété foncière publique et réseau de partenaires engagés.
Ce parc montre qu’une collectivité peut agir concrètement sur l’alimentation, l’emploi et la sensibilisation environnementale, à condition de relier stratégie et terrain. Aujourd’hui, l’ancien domaine délaissé est un vallon cultivé, avec des serres qui produisent et des enfants qui découvrent le goût d’un fruit cueilli sur place et des repas bio servis chaque jour. Là où certains ne voyaient qu’un domaine en friche, la ville a vu une opportunité. Et le parc agroécologique de Barême fait désormais partie intégrante de la transition alimentaire locale.