Si leurs productions sont variables, car dépendantes du vent ou du soleil, les énergies renouvelables électriques sont prédictibles. Les modèles météorologiques permettent de savoir avec fiabilité combien d’électricité chaque centrale injectera dans le réseau le lendemain, donc d’anticiper le pilotage du système au niveau national.
Le 28 avril 2025, une coupure générale de courant a paralysé l’Espagne et le Portugal pendant un peu moins de 24 heures. Rapidement, plusieurs idées ont émergé dans l’opinion sur les causes de l’incident. Parmi elles, la part élevée d’énergies renouvelables (EnR) dans le mix électrique de ces deux pays. La variabilité de ces énergies, dépendantes de la météo, déstabiliserait le réseau et augmenterait le risque de black-out. Ce raisonnement a tout pour convaincre : il est logique et compréhensible par tous. Sauf que les gestionnaires de réseaux savent depuis longtemps intégrer la variabilité des productions, tout comme la fluctuation des consommations, dans le pilotage du système électrique. Celui-ci est complexe, les causes de la panne le sont tout autant.
Le black-out n’a pas été causé par les ENR en tant que telles
La fédération européenne des gestionnaires de réseau de transport d’électricité (ENTSO-e) a chargé 49 experts techniques d’enquêter sur le black-out ibérique. Leur rapport final, publié en mars 2026, confirme sans ambiguïté que la composition du mix électrique n’est pas en cause. Le problème n’est pas le type de production mais la gestion du système électrique, en particulier une conjonction de défaillances au niveau du contrôle de la tension sur le réseau espagnol. « Paradoxalement, l’événement a confirmé la robustesse du système de sauvegarde français, puisque la panne n’a pas atteint l’Hexagone, note Stefan Louillat, chef du service Électricités renouvelables et réseaux à l’ADEME. Tous les mécanismes de régulation de la tension se sont activés à temps pour nous déconnecter de l’Espagne ».
Variabilité n’est pas synonyme d’instabilité
En France, RTE, le gestionnaire du réseau de transport d’électricité, est en lien permanent avec les exploitants des centrales de production d’électricité renouvelable. Il exige d’elles qu’elles lui envoient chaque jour leurs prévisions de production pour le lendemain, prévisions qu’elles établissent à partir de modélisations météorologiques de plus en plus fiables. Cette visibilité, complétée par des évaluations internes, permet à RTE d’anticiper au plus près son pilotage.
Bien sûr, tout comme pour les prévisions de la consommation d’électricité, les aléas locaux sont possibles : absence brutale de vent ou de soleil, tempête arrachant des lignes électriques, etc. Mais « il est rare que de telles perturbations touchent de la même façon l’ensemble du pays en même temps. Le foisonnement des productions électriques de sources renouvelables, réparties sur tout le territoire, donne à RTE les moyens d’équilibrer le système, explique Stefan Louillat. L’offre globale reste d’autant plus stable que les sources d’énergie sont variées (éolien, solaire, hydroélectricité, nucléaire…), que les interconnexions entre les pays européens se renforcent et qu’il est désormais possible de stocker les surplus de production dans des batteries, pour les relarguer quand il n’y a ni soleil ni vent. Les moyens de pilotage à disposition sont nombreux. » Des pays parviennent d’ailleurs à fonctionner avec une majorité d’électricité renouvelable, sans connaître de coupure de courant, à l’image du Danemark, dont le mix compte 60 % d’éolien et 14 % de solaire.
C’est le taux de disponibilité d’une éolienne, c’est-à-dire le pourcentage du temps pendant lequel la machine est techniquement capable de produire de l’électricité par rapport au temps total.
Sans les ENR, une sécurité d’approvisionnement compromise
La fermeture du détroit d’Ormuz, au Moyen-Orient, qui bloque une part importante du trafic d’hydrocarbures mondial, vient nous le rappeler : la France est encore à 60 % dépendante des énergies fossiles.
Au-delà du changement climatique, nous devons électrifier nos usages pour gagner en souveraineté et en stabilité des prix. C’est ce que prévoit le plan national d’électrification présenté par le Gouvernement en avril 2026. Et, comme cela implique une hausse, si possible rapide, des consommations d’électricité, nous avons besoin de l’ensemble des moyens de production possibles, dont les EnR. Celles-ci, en plus d’être décarbonées, sont produites localement et, parce qu’elles ne dépendent pas de l’importation de combustibles, leurs coûts de production ne fluctuent pas. Elles participent donc à la construction d’un modèle plus résilient face aux crises climatiques et géopolitiques.