Depuis six ans, Jérôme Zindy traverse la France pour documenter les initiatives qui transforment nos mobilités quotidiennes : Vélis (véhicules légers intermédiaires), aménagements cyclables, expériences locales… Son objectif ? Identifier des solutions qui réconcilient nos besoins individuels avec l’intérêt collectif.
Décrire Jérôme Zindy comme un journaliste qui aurait troqué la voiture contre le vélo serait réducteur. Chez lui, le choix du mode de transport ne relève ni du geste militant ni de la performance : cela fait partie du reportage. Lorsque, casque sur la tête et caméra au fond de la sacoche, il rejoint une ferme, une petite commune de montagne ou l’atelier d’un constructeur de véhicules légers, le temps du trajet est déjà celui de l’observation. « Vélo-reporter », c’est le terme forgé par Jérôme pour qualifier son ambition : réaliser des documentaires tout en réduisant au maximum son empreinte carbone. « Je ne suis pas un spécialiste des mobilités alternatives dans leur dimension technique, explique-t-il. Mon terrain, ce sont les territoires et les personnes qui y expérimentent d’autres manières de se déplacer. »
Pendant près de dix ans, Jérôme a fait carrière dans… le monde du rallye raid. Une expérience formatrice pour apprendre le métier de journaliste, mais de plus en plus difficile à conjuguer avec sa conscience grandissante des défis écologiques ! Le malaise culmine à l’été 2019 lors d’une randonnée en Auvergne marquée notamment par la vision d’un camion-citerne venu ravitailler un village en eau potable. « Jusqu’alors, le changement climatique me faisait l’effet d’un horizon lointain. Ce jour-là, j’ai pris une bonne claque et j’ai décidé de repartir de zéro. »
Vélis : une alternative au « tout-automobile » ?
De son compagnonnage avec le sport automobile, Jérôme a conservé une compétence précieuse : il sait raconter des histoires en images. « J’ai souhaité prendre le contre-pied de ce que je faisais auparavant ; j’ai donc eu l’idée de tourner des films sur des pratiques utiles pour le plus grand nombre plutôt que vouées au plaisir de quelques-uns. » Pour son premier travail, il choisit ainsi d’enfourcher un vélo solaire pour documenter les modes de production et de consommation vertueux autour d’Avignon. Depuis, il utilise la combinaison du train et d’un vélo électrique pliable pour se rendre sur ses lieux de tournage.
À force de sillonner les environnements ruraux et périurbains, Jérôme constate la difficulté de propager un modèle de mobilité alternatif au « tout-automobile ». C’est alors qu’il découvre les Vélis – véhicules légers intermédiaires. À mi-chemin entre vélo et voiture, ces engins brillent par leur sobriété, leur légèreté et leur simplicité de conception. Quand l’ADEME, qui soutient leur développement à travers le programme eXtrême Défi Mobilité, lui propose de s’y intéresser, Jérôme imagine un projet ambitieux. Pendant deux mois, il parcourt plus de 3 700 kilomètres à la rencontre de concepteurs, fabricants et utilisateurs de Vélis.
Médiatisée sous le titre « La Nouvelle Aventure mobile », son équipée ne passe pas inaperçue : 17 épisodes et un film documentaire qui suscitent plus de 21 millions de messages et 2,9 millions de vues ! « En pédalant à 45 km/heure sur des routes reculées, en plein hiver et à bord d’un véhicule non identifié, j’avais un peu peur de passer pour un hurluberlu. J’ai été positivement surpris de voir que beaucoup de Françaises et Français rencontrés se projetaient très facilement dans ce type de véhicule pour leurs trajets du quotidien. »
La vraie question est de déterminer le mode de déplacement qui peut se substituer à la voiture en fonction des besoins de chacun et de la réalité des territoires parcourus.
Pédagogique et empathique, le récit de Jérôme ne masque pas les obstacles qui freinent aujourd’hui la percée des Vélis – leur prix, l’absence d’aides à l’achat, la nécessité d’industrialiser la production… « Ce qui m’anime ce n’est pas de promouvoir un produit, mais plutôt de montrer comment il peut transformer la vie des gens de manière positive. »
Inspirer le passage à l’action
Être le trait d’union entre ceux qui inventent et expérimentent, et ceux qui cherchent des solutions concrètes et durables dans leur quotidien constitue sa plus grande satisfaction. « Il arrive que mon travail produise des effets très concrets. Une collectivité décide de développer une infrastructure cyclable après avoir vu un reportage ; un constructeur innovant reçoit ses premières précommandes de véhicules bas-carbone. »
Jérôme a construit son activité grâce à des partenaires d’intérêt général – l’ADEME, des collectivités, des Parcs naturels régionaux – et avec l’appui de rares acteurs privés. À rebours de nombreux influenceurs, il refuse la logique du placement de produit. « Avec mes 85 000 abonnés, je sais que je ne représente qu’une goutte d’eau face à l’océan publicitaire de l’industrie automobile. Mais je m’accroche à la conviction qu’en aidant les gens à se représenter les bénéfices d’un changement d’habitudes, on peut entraîner l’adoption de modèles gagnants sur le plan social, économique et environnemental. » Kilomètre après kilomètre, qu’il pleuve ou qu’il vente, Jérôme Zindy montre qu’il existe des chemins praticables, en marge des grandes autoroutes de la mobilité carbonée.