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La recherche au service d’une industrie textile générant moins d’impacts environnementaux

La filière textile doit réduire ses impacts environnementaux grâce à de nouveaux procédés de production, mais aussi en interrogeant les modèles économiques. Dans ce contexte, l’ADEME soutient la recherche scientifique, qui a un rôle fondamental à jouer pour aider la filière à devenir moins polluante.


Un constat : des impacts environnementaux élevés

Au sein de l’Union européenne, la consommation de textiles, dont la plupart sont importés, représente désormais la quatrième incidence négative la plus élevée sur l’environnement et sur le changement climatique, et la troisième en ce qui concerne l’utilisation de l’eau et des sols depuis une perspective mondiale fondée sur le cycle de vie. L’industrie textile utilise de nombreux produits chimiques, tout au long de la chaîne de production. La culture du coton consommerait 6 % de la production mondiale de pesticides. Des travaux européens estiment que plus de 1 900 produits chimiques sont utilisés pour la production d’habillement, dont 165 sont considérés comme dangereux pour la santé ou l’environnement, dont les composés perfluorés (PFAS). Enfin, le textile consomme 93 milliards de mètres cubes d’eau par an à l’échelle mondiale.

Des résultats de recherche sur la diminution des impact

On estime que les textiles synthétiques seraient responsables d’environ 35 % des microplastiques primaires rejetés dans les océans, principalement sous forme de microfibres libérées lors des lavages. Face à ces enjeux, plusieurs projets de recherche soutenus par l’ADEME explorent des leviers complémentaires d’écoconception.

La thèse Cifre (Conventions industrielles de formation par la recherche) d’Antoine Cosne, réalisée avec Decathlon, et dont les essais expérimentaux sont financés par l’ADEME, s’intéresse au verrou scientifique du relargage des microfibres des textiles synthétiques. Cette recherche vise à identifier des règles d’écoconception permettant de réduire ces émissions à la source. Les travaux évaluent ainsi l’effet de différents paramètres de conception (nature des fibres, techniques de filature et de tricotage, procédés de teinture et d’apprêt) sur les quantités de microfibres libérées lors des lavages. À l’issue du travail, des recommandations généralisables à l’ensemble de la filière sont attendues.

La réduction des consommations d’eau et de produits chimiques constitue un troisième axe de recherche. Le projet FCDC (confection et délavage de jeans à haute performance environnementale), porté par le Fashion Cube Denim Center dans les Hauts-de-France, avait pour objectif de relocaliser une partie de la fabrication de jeans tout en diminuant son empreinte environnementale. Les travaux ont conduit au développement d’un jean intégrant 81 % de coton recyclé, dont le procédé de fabrication permet de réduire d’un facteur six la consommation d’eau par rapport au procédé de référence utilisé pour la comparaison, tout en limitant le recours aux produits chimiques. Le projet montre également qu’un tel produit peut être commercialisé avec un surcoût limité, estimé à environ 20 % par rapport à un jean standard. Ces résultats constituent une démonstration à l’échelle pilote ; leur généralisation dépendra notamment de la disponibilité des matières recyclées, des capacités industrielles et des conditions économiques.

Le projet EcOflex, porté par Chomarat Textiles Industries dans le cadre de l’APR PERFECTO 2023, répond à un autre verrou : concevoir des textiles techniques enduits sans PVC tout en conservant les propriétés mécaniques, la souplesse et la durabilité requises pour les usages industriels. Pour cela, le projet explore la combinaison de fibres biosourcées (lin, chanvre) ou recyclées, de résines à plus faible impact environnemental et de procédés de fabrication moins énergivores, comme l’extrusion. Les performances environnementales des différentes solutions sont évaluées au moyen d’une analyse du cycle de vie multicritère, qui permettra de comparer objectivement les nouvelles formulations aux solutions conventionnelles. À ce stade, le projet est en phase de développement : il vise à démontrer la faisabilité technique et les gains environnementaux avant un éventuel déploiement industriel. Pris ensemble, ces projets illustrent la diversité des verrous scientifiques et technologiques auxquels est confrontée la transition du secteur textile. Ils couvrent différents niveaux de maturité, depuis la production de connaissances (thèse d’Antoine Cosne), jusqu’à la démonstration de procédés industriels (FCDC), en passant par le développement de nouveaux matériaux (EcOflex). Ils contribuent à produire des connaissances et des solutions susceptibles d’alimenter des projets d’industrialisation, sous réserve de confirmer leurs performances techniques, environnementales et économiques à plus grande échelle.

De la recherche à l’industrialisation : l’innovation textile en France

L’étape de teinture constitue généralement l’un des principaux « points chauds » environnementaux de la fabrication textile, en raison de ses consommations importantes d’eau, d’énergie et de produits chimiques. Selon les analyses du cycle de vie, elle peut représenter plus d’un tiers de certains impacts environnementaux, notamment les émissions de gaz à effet de serre. En fonction des procédés utilisés, la teinture d’un kilogramme de textile en coton nécessite généralement entre 70 et 200 litres d’eau et mobilise de nombreux produits chimiques (colorants, sels, agents auxiliaires), dont les rejets doivent être traités afin de limiter leurs impacts sur les milieux aquatiques.

Financée en 2024 à Tourcoing, dans le cadre du plan France 2030, la machine industrielle Bobink ambitionne de faire évoluer les pratiques de teinture en étant capable de colorer des petites séries de fils textiles. Elle permet d’économiser 90 % d’eau et supprime les consommations liées au séchage et à la chauffe d’eau en traditionnel (soit un gain espéré de 10 kWh et 260 L d’eau par kilogramme de fil produit). Développée après 5 ans de R&D, cette technologie pourrait résoudre des défis techniques, comme l’électricité statique liée aux frottements. Au sein de l’Union des industries textiles de Tourcoing, toute l’eau utilisée est traitée et réutilisée sur place, fermant ainsi le cycle.

Le projet PHOENIX vise, quant à lui, à obtenir un indigo biosourcé, le colorant principal utilisé pour la fabrication des jeans. Lauréat de l’appel à projets Produits biosourcés et biotechnologies industrielles financé par l’Union européenne (NextGenerationEU) et le projet PHOENIX bénéficie d’un financement à hauteur de 4,3 millions d’euros.

Le projet AFTER se situe pour sa part dans une démarche d’écoconception des procédés d’ennoblissement, avec un enjeu de transfert vers des applications industrielles. Il s’intéresse à un verrou important : la réduction de l’usage de substances préoccupantes dans les finitions fonctionnelles. Ces traitements, utilisés notamment pour faciliter l’entretien (easy care), apporter des propriétés déperlantes ou conférer une résistance au feu, peuvent nécessiter des substances dont l’usage est progressivement restreint pour des raisons sanitaires ou environnementales, comme certains PFAS. Le projet explore donc des alternatives de formulation et de procédés. Les résultats devront notamment permettre d’identifier les solutions les plus pertinentes et leurs conditions de mise en oeuvre. À ce stade, il convient de distinguer ces objectifs des résultats définitivement démontrés : la capacité des alternatives étudiées à répondre aux exigences industrielles et à présenter un avantage environnemental devra être confirmée par les essais et les évaluations du projet.

Ces projets de R&D et d’innovation montrent comment résoudre les problématiques environnementales du secteur textile dans un secteur concurrentiel qui doit anticiper de nouvelles évolutions réglementaires.

La mode circulaire : recherche de nouveaux modèles d’affaires pour faire face à la fast-fashion

Le projet REZOMODECO, lauréat de l’APR TEES et coordonné par Maud Herbert, cofondatrice de la chaire Tex&Care avec Isabelle Robert, étudie la manière dont les consommateurs s’approprient les modèles d’affaires de mode circulaire : la seconde main, la location de vêtements et la mode sobre.
La seconde main, qui permet l’allongement de la durée de vie des produits, connaît un essor fulgurant, mais son succès soulève des questions sur le risque de surconsommation, certains acheteurs y voyant une opportunité d’acquérir davantage à moindre coût. La location, encore marginale, séduit par son potentiel à démocratiser l’accès à des pièces de qualité sans possession, mais bute sur des freins culturels et logistiques. Enfin, la mode sobre, incarnée par des marques comme Patagonia ou Loom, mise sur des pièces durables et réparables en phase avec les besoins réels des consommateurs, mais reste perçue comme élitiste. Ainsi, si la seconde main et la location sont souvent présentées comme intrinsèquement circulaires, le projet REZOMODECO cherche à vérifier dans quelles conditions ces modèles réduisent effectivement l’achat de vêtements neufs et les impacts environnementaux. Les travaux montrent ainsi qu’un modèle circulaire ne produit un bénéfice que s’il se substitue à la production et à la consommation de neuf, allonge réellement l’usage des vêtements et reste accessible au plus grand nombre.