La recherche en actions

Comment un territoire textile transforme-t-il des résultats de recherche en nouvelles coopérations, compétences et activités ?


Iman Bahmani, ADEME

Iman Bahmani est coordinatrice Recherche et Innovation à la direction régionale de l’ADEME en Hauts-de-France. Elle est aussi experte sur le biomimétisme et explique le rôle de l’ADEME dans l’accompagnement des acteurs qui voudraient se lancer dans une démarche biomimétique.

Iman, pouvez-vous nous parler du contexte en Hauts-de-France ?
Iman Bahmani

Les Hauts-de-France possèdent une histoire textile très forte. Dès les années 1950, le Nord-Pas-de-Calais constituait l’un des principaux territoires textiles français, avec plus de 171 000 emplois dans des spécialités reconnues comme le velours d’Amiens, la bonneterie du Santerre ou encore les établissements Saint Frères. À partir des années 2000, la filière a toutefois subi un déclin important lié à la mondialisation, aux délocalisations et à la concurrence internationale, et près des deux tiers des emplois du textile/habillement ont disparu. Malgré ces difficultés, la filière représente environ 15 100 emplois directs, répartis entre le textile (70 %), l’habillement (20 %), et la maroquinerie et entretien textile (10 %). Les enjeux environnementaux sont aujourd’hui centraux. Dans ce contexte, les Hauts-de-France cherchent à construire un modèle plus circulaire, durable et relocalisé.

Quels sont les axes de recherche soutenus par la région ?
I.B.

Les axes de recherche soutenus en Hauts de- France s’inscrivent principalement dans la dynamique Rev3 et dans les orientations portées par l’ADEME autour de l’économie circulaire textile. Les travaux soutenus concernent d’abord l’écoconception et l’innovation industrielle pour réduire les impacts. Parmi les projets emblématiques figure BOBINK, porté à Tourcoing, qui développe une machine industrielle de teinture textile sans eau. La région soutient également les recherches sur les fibres naturelles et biosourcées, notamment le lin et potentiellement le chanvre. Le projet de recherche FilaTextUS (GRAINE 2018), porté par Van Robaeys Frères, travaille par exemple sur la production de fibres de lin textile via des procédés ultrasoniques et un ensimage plus écologique. Un autre axe fort concerne la mode circulaire et les nouveaux modèles économiques. Le projet REZOMODECO de l’IAE de Lille (voir encadré rubrique Résultats de cette lettre) vise à identifier et à structurer les acteurs régionaux de la mode circulaire et à explorer d’autres modèles économiques. Ces travaux s’appuient sur un écosystème régional dense associant industriels, pôles de compétitivité et centres de recherche comme le Ceti, Gemtex, la chaire Tex&Care, l’Ensait ou EuraMaterials.

Quelles sont les perspectives ?
I.B.

Les perspectives pour la filière textile régionale reposent sur la transition vers une économie circulaire, sur la relocalisation partielle de certaines productions textiles et sur une évolution du secteur vers des activités à plus forte valeur ajoutée : textiles techniques et innovants, haut de gamme, prototypage, bureaux d’études et maroquinerie.
L’ADEME et les acteurs régionaux travaillent actuellement à la refondation de la filière REP TLC (textiles, linges de maison, chaussures), confrontée à une saturation des filières de valorisation à l’export. L’année 2026 est présentée comme une année de transition majeure pour restructurer durablement cette filière.
Plusieurs dynamiques doivent se poursuivre dans les prochaines années autour du développement de filières locales (dont de nouvelles biomasses comme le miscanthus), avec des boucles locales de transformation et de consommation, et du soutien aux innovations industrielles via France 2030 et les dispositifs ADEME. Les Hauts-de-France pourraient parallèlement devenir un territoire majeur de production textile à partir de fibres naturelles locales.
Le forum Textile et Mode circulaires, organisé dans le cadre de la Circular Fashion Week à Lille, doit également servir de levier pour reconstruire une dynamique collective régionale.
Les études prospectives Rev3 envisagent des transformations importantes à l’horizon 2030-2050. Dans le scénario prospectif pour la région Hauts-de-France ADEME le plus ambitieux, la consommation textile pourrait diminuer de 40 % grâce à des usages plus sobres : seconde main, location, mutualisation ou petites séries de qualité.
Ces perspectives devraient aussi générer de nouveaux emplois dans le tri, le recyclage, la R&D, la transformation des fibres biosourcées et les métiers techniques liés aux nouvelles machines et procédés industriels. Enfin, la région souhaite renforcer les coopérations nationales et européennes autour de la mode circulaire, notamment via les Trophées européens de la mode circulaire et les projets collaboratifs associant acteurs économiques, académiques et institutionnels.