Décryptage

« L’ADEME doit toujours être du côté de la coopération et du dialogue »

À 47 ans, Boris Ravignon vient d’être nommé président du Conseil d’administration de l’ADEME. Fort de son engagement environnemental et de son ancrage local, le maire de Charleville-Mézières plaide pour une mobilisation massive et concertée de tous les acteurs de la transition écologique : opérateurs publics, collectivités et entreprises.


Dans quel état d’esprit arrivez-vous à la tête de l’ADEME ?
Boris Ravignon

Avec beaucoup de fierté et d’enthousiasme ! Devenir président de l’acteur de référence de la transition écologique, c’est la définition même de la mission exaltante ! Je sais, en outre, pouvoir m’appuyer sur le professionnalisme et l’expérience des Adémiennes et Adémiens, dont je fais désormais partie. Cette nouvelle fonction marque l’aboutissement d’un engagement ancien en faveur de l’écologie. Dès 2007, comme conseiller développement durable du Président de la République, j’ai eu la chance de travailler à la préparation des lois Grenelle, auprès de personnalités comme Chantal Jouanno et Jean-Louis Borloo. Plus tard, comme élu local, je me suis employé à mettre en oeuvre ces politiques  publiques. Ayant contribué à la création du Fonds chaleur en 2009, j’ai pu en mesurer l’efficacité à Charleville-Mézières, où notre réseau de chaleur est alimenté en partie par des énergies de récupération. À travers toutes mes expériences d’élu, j’ai pu observer une constante : l’omniprésence de l’ADEME à toutes les étapes de la transition, depuis la conceptualisation jusqu’au chantier de transformation, sur le terrain.

Selon vous, quel rôle spécifique l’ADEME doit-elle jouer aux côtés de ses tutelles ?
B. R.

En tant qu’opérateur de l’État, la vocation de l’Agence est de mettre en oeuvre les missions qui lui sont confiées. Celles-ci s’exercent de deux  manières. Tout d’abord, en apportant des solutions concrètes aux collectivités et aux entreprises. Cela implique d’être performant dans  l’instruction des dossiers et dans la mise à disposition de nos moyens d’intervention. Et ceux-ci sont importants : en 2023, notre budget atteint 4,2 milliards d’euros, soit deux fois plus que l’an dernier. Mais l’ADEME n’est pas seulement une agence de paiement et d’instruction de dossiers. Elle doit éclairer les choix d’avenir en identifiant les technologies les plus  prometteuses. Cette dimension prospective, auprès de la recherche académique, c’est ce qui fait la force de l’Agence. Enfin, elle est la garante d’une cohérence globale pour relever les défis de la sobriété et de la société bas carbone. Nous devons pour cela renforcer nos partenariats avec tous les acteurs et opérateurs de la transition. Je pense par exemple à l’ANCT, au Cerema, à l’Anah, mais aussi, du côté du monde économique, avec BPI France et les organismes consulaires.

Quelles seront les priorités de votre début de mandat ?
B. R.

Dans les prochaines semaines, je vais aller à la rencontre de l’ensemble des équipes, en particulier dans les directions régionales. Quelles sont leurs préoccupations, leurs attentes, leurs craintes ? Je serai à l’écoute des  collaborateurs. Certains s’interrogent sur l’adéquation entre la montée en puissance qui nous est demandée et nos ressources humaines. Je souhaite pouvoir évaluer la situation par moi-même afin de demander au Gouvernement et au Parlement d’éventuels moyens supplémentaires. Je voudrais également rencontrer les préfets auxquels la loi 3DS relative à la différenciation, la décentralisation, la déconcentration et portant diverses mesures de simplification de l’action publique locale a confié le rôle de délégué territorial de l’ADEME. Je leur rappellerai que l’Agence constitue un pôle de ressource et d’expertise à leur disposition.

À plus long terme, quelle est votre vision de l’action de l’Agence ?
B. R.

L’année 2023 sera en grande partie consacrée à la préparation de notre prochain contrat d’objectif et de performance avec l’État (COP) pour la période 2024-2027. L’idée-force du COP 2020-2023 était d’accélérer la transition. Ma conviction est que le prochain COP doit être placé sous le signe de la massification. Autrement dit, pour réussir les transitions, il nous faudra mobiliser l’ensemble des acteurs, particuliers, collectivités et entreprises, y compris les TPE et les PME. On ne peut en effet se satisfaire de ne travailler qu’avec les 50 plus gros émetteurs de CO2 ou les gros pôles urbains métropolitains. Il faut aussi que l’on monte en puissance sur l’accompagnement des acteurs à l’adaptation au changement climatique alors que les évènements climatiques extrêmes se multiplient. Un autre sujet me tient à coeur : la souveraineté, qu’elle soit industrielle, énergétique, alimentaire… Développer les énergies renouvelables est une nécessité absolue. Pour atteindre cet objectif, nous devons disposer de champions nationaux et de filières renforcées pour la production et la maintenance des équipements nécessaires. Plus on fabriquera sur place, meilleure sera l’acceptabilité sociale et politique des énergies renouvelables. Un beau champ de travail pour les années à venir !

Quel est le rôle de l’échelon territorial dans le déploiement de la transition énergétique ?
B. R.

Nous avons besoin d’un engagement fort des élus locaux : car ce sont eux, par la concertation avec les citoyens, qui prennent en charge la pédagogie nécessaire au déploiement des transitions. Il reste que de nombreuses collectivités se sentent démunies faute de moyens en ingénierie. En la matière, nous ne partons pas de zéro : l’ADEME a signé près de 150 contrats d’objectifs territoriaux. Un intercommunalité sur trois bénéficie de nos ressources en ingénierie. Il faut cependant aller encore plus loin. En tant qu’ancien vice-président du Grand Est, j’observe également que certaines Régions œuvrent auprès des entreprises pour les sensibiliser sur la décarbonation et soutenir leurs investissements. C’est précisément ce que nous faisons au niveau national ! Dès lors, plutôt que d’agir en ordre dispersé, pourquoi ne pas unir nos forces ? L’ADEME doit toujours être du côté de la coopération et du dialogue. Je signerai prochainement la première convention de délégation de gestion du Fonds chaleur avec une Région. Cette possibilité introduite par la loi 3DS devrait permettre d’accroitre l’impact de l’action publique sur les territoires. Mais si nous déléguons des moyens, l’exigence qui est la nôtre sur les projets doit être relayée sur le terrain. Le tout dans une logique gagnant-gagnant !

Décembre 2022

Nommé PRÉSIDENT-DIRECTEUR GÉNÉRAL de l’ADEME

2021 – 2022

VICE-PRÉSIDENT de la Région Grand Est

Depuis 2014

MAIRE de Charleville-Mézières (Ardennes), PRÉSIDENT d’Ardenne-Métropole

2007 – 2012

CONSEILLER DE LA PRÉSIDENCE de la République en charge du «développement durable»