Décryptage

“Le plan de relance va décupler les impacts environnementaux de nos actions”

Priorités et modalités d’intervention, moyens dédiés, partenariats et relais… Directrice exécutive des programmes de l’ADEME, Marie-Christine Prémartin apporte son éclairage sur les missions qui ont été confiées à l’ADEME dans le cadre de la mise en œuvre du plan de relance national.

L’ADEME est l’un des opérateurs clés du plan de relance lancé par l’État sur les sujets environnementaux. Quels sont les domaines d’action principaux ?
Marie-Christine Prémartin

En consacrant 30 milliards d’euros à la transition écologique dans le cadre du plan France Relance, la France affiche sa volonté de devenir la première économie décarbonée européenne. Dans cette perspective, le budget d’intervention de l’ADEME est multiplié par deux. Il s’établira à près de 3 milliards sur la période 2021-2022. Une large part de cette enveloppe servira à accélérer la décarbonation de l’industrie : 600 millions d’euros auxquels s’ajouteront 600 millions d’euros opérés par l’Agence de services et de paiement sur la partie aide au fonctionnement de la chaleur bas carbone. Ce secteur fait figure de levier stratégique pour renforcer la souveraineté économique française et atteindre les objectifs de neutralité carbone d’ici à 2050. Dans ce domaine, notre feuille de route s’articule notamment autour de l’investissement dans des procédés industriels plus efficaces (énergie, matières) et moins émetteurs, ainsi qu’au soutien à la transition vers des sources d’énergie bas carbone. Un autre volet phare de notre intervention portera sur l’économie circulaire, avec un effort supplémentaire de 500 millions d’euros sur deux ans. Il sera dédié à la modernisation des centres de tri et de valorisation des déchets, d’une part, et aux investissements dans le recyclage et le réemploi d’autre part. 100 millions d’euros seront notamment consacrés à la collecte, au tri et à la valorisation des biodéchets et 140 millions d’euros au soutien à l’incorporation des matières plastiques recyclées. Les fonds confiés à l’ADEME dans le cadre du plan de relance permettront aussi d’accompagner les acteurs du tourisme durable, les TPE-PME engagées dans la transition écologique ou dans des démarches d’écoconception, la réalisation de diagnostics carbone et sol dans l’agriculture, le recyclage des friches industrielles ou minières. Enfin, une enveloppe de 275 millions d’euros sera consacrée à l’émergence d’écosystèmes industriels ou territoriaux pour la production et l’utilisation d’hydrogène décarboné.

Ce plan de relance constitue-t-il un tournant dans la trajectoire de l’ADEME ?
M.-C. P.

Non, il s’agit plutôt d’un changement d’échelle. Ces nouveaux moyens vont nous permettre de massifier nos soutiens pour en décupler les impacts environnementaux. Nous faisons face à un triple challenge. Nous devons aller vite, en élargissant notre public, notamment en nous adressant massivement aux PME, tout en déployant nos accompagnements au plus près des territoires. Dans ce contexte, nous avons décidé de simplifier encore plus nos processus en développant une logique de guichet en plus du financement des projets. C’est ce que nous faisons à travers le dispositif Entreprises engagées pour la transition écologique (EETE), que nous déployons actuellement via la plateforme ­agirpourlatransition.ademe.fr. Ce programme s’adresse aux PME innovantes qui ont besoin de soutien pour mettre sur le marché leurs solutions dans le domaine de la transition écologique, ainsi qu’à toutes les entreprises qui veulent accélérer leur transition énergétique et qui sont en recherche de financements pour des études de diagnostics ou des investissements via l’action « Tremplin pour la transition écologique des PME ».

Faire plus, pour plus d’acteurs et plus vite… Comment comptez-vous relever ces défis ?
M.-C. P.

En jouant la carte du collectif ! L’ADEME a toujours eu la culture de la collaboration et nous allons plus que jamais nous appuyer dessus. Cet état d’esprit nous amène à chercher des relais nationaux et locaux. Nous avons par exemple travaillé avec les conseils régionaux afin d’identifier des partenariats par territoire. Nous ferons de même avec des acteurs comme les chambres de commerce et d’industrie, les chambres de métiers et de l’artisanat, la confédération générale des PME… Enfin, nous échangeons avec la BPI, l’ANCT et la Banque des Territoires afin de coordonner la mise en œuvre du plan de relance.

Quand sont prévues les premières actions ?
M.-C. P.

Une enveloppe de 120 millions nous a été confiée dès le second semestre 2020 pour la décarbonation de l’industrie. Trois appels à projets ont été lancés dès septembre pour favoriser l’investissement pour l’efficacité énergétique ou la décarbonation des procédés industriels. Seize projets ont d’ores et déjà été retenus fin 2020 et d’autres le seront très prochainement. Nous avons également lancé l’appel à projet sur le recyclage des friches industrielles ou minières et celui sur les écosystèmes territoriaux pour l’hydrogène. Parallèlement, toutes les directions régionales sont mobilisées pour déployer de nouveaux appels à projets régionaux. Tous nos dispositifs sont ainsi opérationnels depuis janvier 2021. Le plan de relance est un challenge de taille pour l’ensemble des équipes de l’ADEME, mais c’est aussi un sujet de fierté collective. Nous avons plus que jamais l’impression de pouvoir contribuer à changer la donne écologique.

-237 000 tonnes
de CO2/an, c’est l’économie que génèreront les 16 premiers projets accompagnés par l’ADEME pour le compte de l’Etat, dans le cadre du plan de relance.
45 millions d’€

c’est le budget du programme Entreprises engagées pour la transition écologique (EETE)

A lire aussi dans le magazine