Dossier

Éolien en mer  : l’emploi a le vent en poupe

Secteur en fort développement, l’éolien en mer apparaît comme un vivier d’emplois prometteur. Mais comment s’assurer de l’adéquation entre les besoins des entreprises et les candidats potentiels ? Regards croisés de Vincent Guénard, animateur pôle Éolien et énergies marines, service des Réseaux et énergies renouvelables, à l'ADEME et Céline Renard, animatrice équipe Emploi-formation territoriale, Maison de l’emploi et de la formation du Cotentin.

Où en est le développement de l’éolien offshore dans l’Hexagone ?
Vincent Guénard 

Depuis le premier appel d’offres en 2011, sept projets de parcs éoliens en mer ont été actés et sont en cours de développement. Trois se situeront en Normandie, les autres seront à Dunkerque, à Saint-Brieuc et à Saint-Nazaire. Un huitième parc fait actuellement l’objet d’une campagne de mise en concurrence, il devrait voir le jour dans le Cotentin. Ces programmes combleront une partie du retard de la France vis-à-vis de nos voisins européens. Deuxième puissance maritime mondiale, nous n’avons actuellement qu’une seule éolienne offshore en fonctionnement, quand les Britanniques en comptent plus de 2000…

Céline Renard 

L’éolien en mer, ce n’est pas qu’une promesse d’énergie renouvelable, c’est aussi une filière industrielle en plein développement. Et sur ce plan, la Normandie est plutôt bien positionnée avec les usines de Siemens Gamesa au Havre et de LM Wind Power à Cherbourg, qui construit les pales homologuées les plus longues au monde, essentiellement pour les marchés anglo-saxons. Il faut aussi compter avec le futur hub logistique pour le pré-assemblage des éoliennes des parcs normands qui s’implantera aussi à Cherbourg.

Quid des emplois ?
V. G.

Dans son dernier rapport, l’Observatoire des énergies de la mer indique que l’éolien (et l’hydrolien) a généré près de 5 000 emplois en 2020 et devrait continuer sur cette lancée. Et la bonne nouvelle est que la majorité des emplois issus des projets français sont localisés dans notre pays.

C. R.

Au niveau du bassin d’emploi de Cherbourg, LM Wind Power recrute 300 personnes en 2021, essentiellement des opérateurs de fabrication. Le hub logistique ouvrira ses portes d’ici à deux ans et nous espérons qu’il offrira une cinquantaine d’emplois, liés aux métiers de la manutention et de logistique ainsi que des spécialistes de la métallerie. D’ici à 2029, le parc du Cotentin créera sans doute à son tour de nombreuses opportunités mais il est encore un peu tôt pour des projections.

 

En termes d’emplois et de compétences, comment rapprocher l’offre et la demande ?
C. R.

La question se pose avec acuité sur notre territoire, où nous sommes proches du plein emploi. Les acteurs de l’éolien doivent faire entendre leur voix pour attirer des candidats. Avec les pouvoirs publics locaux et la Région Normandie, nous travaillons d’ailleurs dans cette perspective, via des initiatives de mise en situation destinées à préparer les demandeurs d’emploi aux métiers du secteur mais aussi des campagnes d’attractivité grand public. Nous menons également une veille permanente pour essayer d’avoir une meilleure visibilité sur les besoins à venir afin d’envisager un éventuel enrichissement des dispositifs de formation locaux.

V. G.

Le sujet de la formation est en effet crucial pour l’avenir d’une filière qui devra continuer à se nourrir de talents, sachant que certains des métiers de l’éolien requièrent des savoir-faire très spécifiques. Avec l’État et les Régions, l’ADEME participe d’ailleurs aux discussions sur la création de filières de formation dédiées, à l’instar du BTS maintenance des systèmes éoliens qui s’est ouvert cette année à Fécamp.

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