Conscient du coût environnemental de la production de jeans, l’Atelier Tuffery, fabricant de vêtements situé en Lozère, expérimente une enzyme naturelle pour blanchir le denim tout en réduisant l’utilisation d’eau et de produits chimiques. Un projet mené avec le soutien de l’ADEME, en partenariat avec l’INRAE.
Un jean plus écologique grâce à la recherche
Culture intensive du coton, forte consommation d’eau, traitements chimiques… la fabrication d’un jean coûte cher à la planète. Selon l’outil ImpactCO2, développé par l’ADEME, elle engendrerait en moyenne l’émission de 23,2 kg de CO2, et représenterait l’utilisation de 7 000 à 10 000 m3 d’eau. Le producteur français de vêtements en jean Atelier Tuffery, fondé il y a 130 ans en Lozère, est conscient de ces enjeux et fait de la préservation de l’environnement un pilier de développement : « Nous imaginons systématiquement nos produits en étudiant les moyens d’être le moins impactant possible », fait valoir Myriam Tuffery, directrice générale. Dans la continuité de cette démarche, l’entreprise tricolore s’est rapprochée d’un laboratoire de l’institut de recherche agronomique INRAE qui étudie un type d’enzyme appelé « laccase » issu d’une souche de champignon spécifique capable de blanchir le jean. Plus précisément, cette enzyme dégrade l’indigo, qui est la molécule donnant sa couleur bleue aux fils. « Le blanchiment, qui est une des étapes qui améliorent l’aspect du tissu, est une opération très polluante, d’abord à cause des intrants chimiques, mais aussi car elle consomme beaucoup d’eau. » Selon les premières études, les laccases peuvent répondre à ces deux enjeux : d’une part elles sont naturelles et d’autre part, contrairement aux traitements chimiques actuels, elles ont un potentiel de réutilisation, ce qui permettrait de réduire la consommation d’eau.
Un soutien financier de l’ADEME
Suite à cette découverte théorique, l’Atelier Tuffery s’est lancé en 2025 dans une phase de test, visant à construire un modèle opératoire fiable. Dans ce cadre, l’entreprise a obtenu le soutien financier de l’ADEME, via l’appel à projet « Écoconception textile d’habillement – TEXHABI », à hauteur de 70 000 euros. « Le projet de l’Atelier Tuffery constitue un réel axe d’innovation dans le traitement et le blanchiment du jean, avec un impact positif sur les retombées écologiques de ces produits », fait valoir Lucie Arevalo, Ingénieure Économie Circulaire pour l’ADEME Occitanie. Grâce au soutien de l’ADEME, l’entreprise a recruté une ingénieure, qui travaille depuis septembre dernier dans un laboratoire de l’école d’ingénieurs Polytech’Montpellier pour mener une série de tests. Ces essais étant sur la bonne voie, l’Atelier Tuffery envisage des expérimentations grandeur nature courant 2026. « À partir des résultats prévus pour juin, nous jugerons de l’intérêt du passage à l’échelle industrielle, explique Myriam Tuffery. Pour utiliser cette enzyme dans la fabrication de nos jeans, une réflexion plus longue devra être menée et de nouveaux fonds seront nécessaires. » En effet l’introduction des laccases dans le process industriel et la mise en place d’une production en circuit fermé nécessitent de lourds investissements afin de réaménager une partie des usines.
Diversifier l’approvisionnement en coton
En parallèle de la réflexion sur la fabrication de ses jeans, l’Atelier Tuffery mène un travail sur l’origine du coton utilisé. « Il s’agit d’une marchandise très mondialisée, il reste aujourd’hui difficile, mais primordial, de maîtriser le début du processus de fabrication » observe la dirigeante. L’entreprise propose déjà du coton issu de l’agriculture biologique. D’ici environ 2 ans, elle espère pouvoir le sourcer exclusivement auprès d’une coopérative du Burkina Faso répondant à ce cahier des charges, et pourrait, à terme, fournir 100 % du coton utilisé par l’entreprise.
L’appel à projet TEXHABI
Lancé en 2025 par l’ADEME en Occitanie, l’appel à projets « Écoconception textile d’habillement TEXHABI » s’adresse aux fabricants et vendeurs de vêtements. L’objectif est de favoriser l’émergence de nouveaux modes de production et de consommation de ces derniers. Au total, l’appel à projets a été doté d’une enveloppe de 245 000 euros d’aides, répartis en 11 projets de 10 entreprises françaises.