Nicolas Malet, Responsable de l’équipe Recherche et Innovation agronomique chez Maïsadour, groupe coopératif agricole
Nicolas Malet est ingénieur agronome diplômé d’AgroParisTech et docteur en sciences agronomiques de l’université de Bordeaux. Sa thèse, réalisée au sein de l’UMR ISPA (INRAE Bordeaux Nouvelle- Aquitaine) et cofinancée par l’ADEME et Bordeaux Sciences Agro (2022), portait sur l’évaluation de stratégies de valorisation de la biomasse agricole pour la réduction des émissions de gaz à effet de serre, notamment le retour au sol des matières organiques, comparé à leur méthanisation suivie de la restitution au sol des digestats.
Cette thèse apporte des références pour éclairer la décision publique afin de réduire les émissions de GES nationales. Elle compare en effet deux scénarios de valorisation de la biomasse agricole en termes d’émissions nettes de GES, en intégrant également les effets sur le stockage de carbone dans les sols.
Le premier correspond à la voie classique : le retour direct au sol des matières organiques (effluents d’élevage, résidus de culture, cultures intermédiaires, boues de stations d’épuration), sans traitement préalable. Le second est la méthanisation de ces résidus, suivie par la restitution au sol du coproduit, le digestat.
En outre, la méthanisation permettant de créer du biogaz, donc de se substituer aux énergies fossiles, on obtient un double bénéfice : restitution au sol d’une matière organique stable, le digestat, et production d’énergie renouvelable. Ma thèse a permis de modéliser ces résultats de l’échelle nationale à une résolution assez fine, celle du canton.
Les résultats montrent que la méthanisation permet une atténuation des émissions de GES sous deux conditions :
- une conduite optimale des installations pour éviter toute fuite lors du process (méthane en particulier) ;
- une valorisation prioritaire du biogaz par injection dans le réseau plutôt que par cogénération (production de chaleur et d’électricité), afin de maximiser l’usage de l’énergie produite. En effet, la chaleur est parfois peu valorisée et, dans le contexte français d’un mix électrique déjà décarboné, le bénéfice climatique de l’électricité produite reste limité. Dernier cobénéfice de la méthanisation : celle-ci permet de réduire les émissions au stockage des effluents d’élevage via une gestion optimisée (durée de stockage réduite, couverture des fosses), comparé à une voie classique où les effluents vont émettre des GES dans l’atmosphère avant leur épandage en champ.
À l’échelle de la France, si tous les gisements techniquement mobilisables des effluents d’élevages, les résidus de cultures et les boues de station d’épuration étaient méthanisés, on éviterait 10,8 millions de tonnes de CO2 équivalent, soit 2,6 % des émissions nationales. Si, en outre, on optimisait la production de biomasse, en insérant des cultures intermédiaires à vocation énergétique (non fertilisées dans cette étude) partout où cela est possible entre deux cultures principales, on pourrait atteindre jusqu’à 4,1 %.
Le scénario intégrant la production de Cultures intermédiaires à vocation énergétique (CIVE), susceptible de modifier les rotations culturales ainsi que les calendriers techniques des cultures principales, n’a pas été considéré afin d’isoler l’effet des procédés de valorisation à biomasse constante.
Le choix de l’ADEME s’est fait naturellement en raison de la très bonne adéquation entre les axes de recherche du laboratoire et ceux de l’APR Thèses. La collaboration a notamment permis l’accès à certaines données utiles aux travaux, en particulier les enquêtes PRODIGE méthaniseurs. Les échanges avec l’ADEME, principalement lors des comités de suivi de thèse, ont également permis de replacer les travaux dans le contexte des enjeux actuels de la filière et des questions d’évaluation environnementale.
La thèse a été primée en 2023 par la Fondation pour une Agriculture durable en Nouvelle-Aquitaine, qui récompense les docteurs universitaires réalisant des thèses en agriculture durable. Ses résultats ont aussi été présentés aux Journées biogaz de l’ATEE de Lyon en 2022. Ses chapitres ont également été publiés dans des revues internationales ou à des congrès internationaux. Elle a été utilisée en mars 2025 par la Cour des comptes dans le cadre d’un rapport thématique intitulé Le soutien au développement du biogaz.