La décarbonation de l’industrie lourde nécessite le développement coordonné d’infrastructures énergétiques et de CO₂. Or, ces infrastructures ne se concrétiseront que si les projets industriels s’engagent, alors que ces mêmes projets dépendent de l’existence d’infrastructures opérationnelles. Pour lever cette interdépendance, la dynamique ZIBaC propose une approche intégrée visant à analyser l’ensemble des options technologiques possibles, explorer les variantes d’infrastructures et rassembler industriels, collectivités et acteurs publics autour d’une vision commune.
Étudier globalement les infrastructures – production et émission, transport, stockage, consommation ou export et ressources énergétiques – constitue un préalable indispensable pour planifier des réseaux adaptés aux besoins réels des zones industrielles. Celles-ci concentrent des flux étroitement imbriqués que seule une analyse collective permet de transformer efficacement. Le dispositif ZIBaC favorise ainsi la massification en regroupant les industriels susceptibles de se raccorder à une même infrastructure, optimisant les capacités, sécurisant les investissements et limitant les risques de sur ou sous-dimensionnement. Les travaux portent également sur le phasage temporel des mises en service afin d’aligner production, transport et consommation autour d’un calendrier cohérent. Ils intègrent enfin l’exploration des modèles de gouvernance, des cadres contractuels et des responsabilités associées à l’exploitation d’infrastructures partagées, offrant aux acteurs une vision consolidée des coûts, des contraintes et des opportunités.
La scénarisation constitue ainsi un pilier méthodologique essentiel pour réduire les incertitudes et accélérer les décisions. En comparant des trajectoires alternatives, il devient possible d’identifier les technologies robustes dans tous les scénarios, d’écarter les options non viables et d’apprécier les effets systémiques des choix technologiques : besoins énergétiques, interactions entre projets, dépendances à des ressources. Les analyses de sensibilité éclairent les conditions de compétitivité des technologies, en fonction notamment des prix du CO₂, de l’électricité ou du biométhane. Toutes les trajectoires doivent rester cohérentes avec la Stratégie nationale bas-carbone, les feuilles de route nationales (hydrogène, CO₂, planification écologique) et, désormais, avec les objectifs du Plan national d’adaptation au changement climatique (PNACC 3). Les investissements de décarbonation devront être compatibles avec la Trajectoire de réchauffement de référence pour l’adaptation au changement climatique (TRACC).
L’intégration de l’adaptation au changement climatique devient en effet un axe structurant de la dynamique. Le dispositif ZIBaC vise à élaborer un plan d’action collectif fondé sur une analyse croisée des vulnérabilités individuelles et territoriales : exposition des infrastructures aux aléas, dépendances critiques, besoins de résilience. Cette démarche permet de faire émerger les besoins communs des acteurs industriels, en vue de définir des stratégies et plans d’adaptation partagés à l’échelle de la zone.
La réussite du dispositif repose enfin sur un dialogue approfondi entre industriels, territoires et institutions publiques. L’ADEME joue un rôle moteur en organisant deux fois par an un séminaire d’échanges entre toutes les zones ZIBaC et les ministères concernés, afin de mutualiser les enseignements, d’harmoniser les méthodes et de rendre visibles les contraintes rencontrées sur les territoires. Elle assure également la valorisation des résultats (un rapport de capitalisation sur l’ensemble des expérimentations territoriales paraîtra à la fin de l’année), offrant à l’État et à tous les acteurs une vision consolidée des besoins nationaux, des convergences territoriales et des conditions de réussite de la transition. En combinant analyse intégrée des infrastructures, scénarisation des trajectoires, prise en compte des enjeux d’adaptation et animation d’un dialogue structuré, le dispositif ZIBaC réduit les incertitudes et accélère l’émergence de projets concrets. Cette méthodologie, reproductible dans d’autres territoires industriels, crée les conditions d’une transformation crédible et durable de l’industrie française face aux défis de la décarbonation et du changement climatique.