Regards croisés sur la transition écologique par les collectivités

Quels sont les freins identifiés par les collectivités dans leur transition écologique, et comment les lever ? Explications avec Agnès Jacques, directrice régionale déléguée de l’ADEME dans les Hauts-de-France, et Hugues Renaut, directeur général des services techniques de Valenciennes Métropole.


Agnès Jacques, Directrice régionale déléguée de l’ADEME dans les Hauts-de-France

Entrée à l’ADEME en 1993, elle y a d’abord été ingénieure gestion des déchets, puis coordinatrice des démarches territoriales énergie-climat dans le Nord-Pas-de-Calais, avant de devenir directrice régionale déléguée dans les Hauts-de-France en 2016.

Hugues Renaut, Directeur général des services techniques (DGST) de la Communauté d’agglomération Valenciennes Métropole (59)

À ce poste depuis 2020, son portefeuille de compétences couvre tous les sujets de la transition écologique : patrimoine, énergie, cycle de l’eau, mobilité, etc.

Quelles sont les difficultés rencontrées par les collectivités dans la mise en oeuvre de la transition écologique ?
Agnès Jacques

Les freins sont d’abord humains et financiers. Au moment de la planification, tout le monde comprend les enjeux, il est assez facile de trouver un consensus. C’est le passage à l’action qui peut être plus difficile. Contrairement aux compétences socles, comme la mobilité ou le logement, la transition écologique n’a pas forcément d’équipes et de moyens dédiés. Pour être considérée comme un projet de territoire à part entière, porté par l’ensemble des services, et non comme une couche supplémentaire à ajouter aux projets, elle a besoin d’un portage politique fort et d’un pilote bien identifié.

Hugues Renaut

À Valenciennes Métropole, pour élaborer notre Plan climat-air-énergie territorial (PCAET) 2020-2026, nous avions demandé à tous les services de nous faire des propositions d’actions. Il y en a eu 130, nous les avons toutes retenues. Cela a participé à une prise de conscience collective de la transversalité de la transition écologique. Dans le plan suivant, en cours de rédaction, nous allons intégrer l’évaluation des cobénéfices de chaque mesure (sur la qualité de vie, la santé, le pouvoir d’achat, etc.) en même temps que celle des émissions de CO₂ évitées. Cette lisibilité accrue devrait contribuer à entretenir la mobilisation collective.

Un autre frein souvent évoqué est le manque d’expertise interne sur certains sujets techniques…
H.R.

C’est vrai. Cela aurait pu être bloquant. Mais, chaque fois que nous en avons eu besoin, nous avons pu être accompagnés par des ingénieurs de l’ADEME. Cela a été le cas, par exemple, pour l’installation des infrastructures de recharge pour véhicule électrique (Irve). La direction régionale de l’Agence nous a aidés à y voir plus clair sur les différentes technologies et leurs évolutions, et elle a cofinancé les études préalables. Grâce à cela, nous avons pu rédiger un marché public solide pour l’aménagement et la gestion des concessions.

A.J.

Nous sommes souvent le premier contact des collectivités, notamment des établissements publics de coopération intercommunale (EPCI), quand elles veulent réaliser un projet mais ne disposent pas des expertises nécessaires en interne. Nous favorisons aussi la montée en compétences : l’ADEME a développé toute une offre de formations à l’intention des élus et agents territoriaux.

H.R.

Les ingénieurs de l’ADEME sont aussi très proactifs. Ils ne se contentent pas de répondre à nos demandes. Ainsi, quand un sidérurgiste local a souhaité valoriser sa chaleur fatale en créant avec nous un réseau de chaleur urbaine, l’Agence a suggéré que nous associons à notre initiative d’autres industriels, notamment une usine d’incinération des déchets et un exploitant de gaz de mine, qui avaient, eux aussi, des calories à récupérer. Elle a donné l’impulsion. Puis elle a cofinancé les études et l’assistance à maîtrise d’ouvrage. Un soutien précieux : le fait que les experts de l’ADEME croient en ce projet aide à convaincre les élus d’y donner suite.

La présence de l’ADEME à nos côtés, sur un temps long, a aussi été très importante. Au début, tout le monde avait en tête les enjeux de souveraineté liés aux énergies fossiles importées : avec le déclenchement de la guerre en Ukraine, les prix du fioul et du gaz venaient de s’envoler. Mais quand les tarifs sont retombés, en 2025, il était tentant de faire marche arrière. La constance de l’ADEME nous a aidés à maintenir le cap. Le marché sera attribué en juin 2026.

Qu’apportent des dispositifs comme le réseau Élus pour agir ou le programme Territoire Engagé Transition Écologique (T.E.T.E) ?
A.J.

Le réseau Élus pour agir permet aux élus de communes ou d’intercommunalités de trouver des conseils et décryptages techniques, des formations, des exemples inspirants, mais surtout de rencontrer des pairs, de partager avec eux expériences, difficultés, solutions et bonnes pratiques. Le programme T.E.T.E propose une méthode qui aide les collectivités à structurer leur stratégie de transition écologique et à progresser, avec ou sans l’aide d’un conseiller externe, sur deux référentiels d’action : les enjeux climat-air-énergie et l’économie circulaire. Ces référentiels permettent également de valoriser leur engagement avec un label, comptant une à cinq étoiles.

H.R.

Chaque étoile correspond à un niveau de progression, avec des objectifs à atteindre. Cela crée de l’émulation et donne à tous ceux qui ont participé aux premières étapes l’envie de poursuivre leurs efforts, pour atteindre le palier suivant. Et comme, plus on avance dans la démarche, plus on en voit les cobénéfices, la mobilisation ne fait que se renforcer.