Dossier

L’envers des clichés sur les énergies renouvelables

Alexandre Roesch, délégué général du Syndicat des énergies renouvelables et Bénédicte genthon, directrice adjointe Bioéconomie et énergies renouvelables à l’ADEME
Les EnR suscitent des oppositions virulentes nourries par de nombreuses idées reçues tenaces. Bénédicte Genthon, directrice adjointe Bioéconomie et énergies renouvelables à l’ADEME, et Alexandre Roesch, délégué général du Syndicat des énergies renouvelables, décryptent trois d’entre elles.

« Les EnR sont intermittentes »
Bénédicte Genthon 

On entend souvent dire que pour disposer d’électricité en permanence, il faudrait implanter d’innombrables solutions de stockage sur tout le territoire pour pallier les variations de production des énergies renouvelables dues notamment aux conditions météorologiques. Mais le système électrique français actuel est suffisamment flexible pour absorber les fluctuations locales grâce à des capacités de production diversifiées, bien réparties sur le territoire et interconnectées. Par ailleurs, afin d’accélérer le déploiement des EnR à l’avenir, des flexibilités supplémentaires pourront être développées, au-delà de l’offre, en jouant davantage sur la demande, certaines consommations pouvant être déplacées sur les heures creuses, telles que la recharge des véhicules électriques par exemple.

Alexandre Roesch 

Une autre idée reçue veut que les EnR ne permettent pas d’économiser du CO2 puisqu’elles impliquent de construire des centrales d’appoint fossiles hautement émissives. Là aussi, c’est faux ! Ainsi, à mesure que les EnR se développaient, 13 GW de capacités fossiles ont été supprimées du système énergétique français depuis 2012. L’éolien et le photovoltaïque permettent, à eux deux, d’éviter chaque année 22 millions de tonnes de CO2

« Les ENR, ça coûte très cher »
B. G.

L’ADEME publie régulièrement des études sur les coûts des EnR. Dans celle qui paraîtra très prochainement, nous démontrons que les coûts de production des installations ont considérablement baissé entre 2010 et 2020, de l’ordre de 80 % pour le photovoltaïque et de 40 % pour l’éolien terrestre. Cette évolution est le fruit de l’amélioration des conditions de financement des projets et de la diminution de certaines dépenses d’investissement, notamment pour la filière photovoltaïque.

A. R.

On entend également parfois que les EnR coûtent cher à l’État, mais il faut rappeler qu’une très grande majorité des dépenses publiques actuelles correspondent à des engagements passés… qui ont permis aux technologies de devenir compétitives ! Par ailleurs, les systèmes de soutien ont tous évolué vers un format de complément de rémunération basé sur un prix cible… Or, avec la baisse des coûts et les prix aujourd’hui élevés sur les marchés de l’électricité, les énergies renouvelables électriques rapportent désormais de l’argent à l’État.

« Les ENR, personne n’en veut »
A. R.

Fin 2021, le Syndicat des énergies renouvelables et l’Ifop ont publié un sondage qui a révélé que 87 % des Français souhaitaient que le président de la République encourage le développement des EnR… On est loin du rejet massif ! Attention à ne pas se tromper de thermomètre : ceux que l’on entend surtout, ce sont les lobbies anti-EnR, spécifiquement anti-éolien, qui s’attachent, avec un certain succès, à ce que leurs propos soient amplifiés par les réseaux sociaux.

B. G.

Les baromètres d’opinion réalisés par l’ADEME pointent également une forte adhésion, mais on observe toutefois un léger recul récemment. Nous ne devons pas baisser la garde sur cette question. De fait, nous menons des actions dans des domaines variés : les impacts socio-économiques des projets, l’insertion dans le paysage, les conséquences sur la biodiversité… Nous nous attachons aussi à encourager les projets d’EnR participatifs impliquant les citoyens dans leur développement, car c’est un excellent levier d’appropriation dans les territoires.

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