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Puits de carbone : les naturels d’abord

Puits de carbone : les naturels d’abord
Tous les scénarios, même les plus sobres, s’appuient sur des puits de carbone, c’est-à-dire sur des systèmes capables de capter et stocker du CO2 présent dans l’atmosphère. Certains de ces puits sont naturels, d’autres technologiques. Quelles différences ?

Les puits naturels

Il s’agit des écosystèmes qui, comme les forêts, les marais côtiers, le bocage, le phytoplancton, captent naturellement le CO2 par photo­synthèse et le stockent dans le bois, les sols, les sédiments… Du CO2 se dissout aussi dans les océans.

> Leviers d’action. L’enjeu est de les préserver, de les restaurer, puis de ­favoriser leur développement. Cela passe par une limitation des coupes d’arbres dans les forêts ou par de nouvelles pratiques agricoles (un couvert végétal des sols tout au long de l’année, par exemple).

> Difficultés. Favoriser les puits naturels, c’est aussi limiter l’artificialisation des milieux et complexifier les systèmes agricoles. Bien que ces enjeux soient inscrits dans les objectifs des politiques publiques, c’est aller à rebours de tendances historiques.

> Risques. Les écosystèmes sont vulnérables au changement climatique. Ne pas les préserver amplifierait le problème, car le carbone qu’ils stockent serait libéré dans l’atmosphère. Il faut donc aussi agir pour leur adaptation.

Les puits technologiques

Sauf à pousser très loin le levier de la sobriété, les puits naturels ne suffiront pas. Le captage-stockage du CO2 (CSC, CCS en anglais) peut donc être un complément utile. Cela consiste à fixer le CO2 puis à l’injecter dans des réservoirs géologiques étanches, à plus de 1 000 m de profondeur. Dans l’industrie, c’est une technique de réduction d’émissions fossiles. Si on l’applique à une centrale biomasse ou à une usine de bioéthanol, on parle de bioénergie avec CSC (BECSC, ou BECCS). Le Direct Air Carbone Capture and Storage (DACCS), lui, vise à capter le CO2 dans l’air ambiant. Il n’est pas mature, et très énergivore.

> Leviers d’action. En théorie, les capacités de stockage seraient suffisantes en France. Reste à convaincre les riverains de l’absence de risque de fuite ou de séisme lié à l’injection de CO2 dans le sous-sol.

> Difficultés. Faute d’arriver à les convaincre, le CO2 capté devra être exporté offshore notamment en mer du Nord, ce qui alourdira encore le coût de ces systèmes.

> Risques. Si le CSC existe depuis plus de trente ans, il n’a été déployé que sur quelques sites, dont des sites d’extraction de gaz ou de pétrole : il permet de récupérer plus d’énergies fossiles, donc de repousser la transition énergétique. Réduire nos émissions doit rester LA priorité.

4 à 5 milliards de tonnes

de carbone seraient stockées dans les sols et forêts de France métropolitaine (et pourraient être restituées dans l’atmosphère en cas de destruction).

 

20  %

des émissions françaises sont captées chaque année par ces puits de carbone naturels.

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