Dossier

Réenchanter le futur

Informer pour mobiliser, c’est bien. Émouvoir et inspirer, c’est encore mieux ! Et si l’art et la culture étaient aussi l’avenir de la transition écologique ? Le point avec Valérie Martin, cheffe du service Mobilisation citoyenne et médias de l’ADEME, et Marc Obéron, fondateur du festival international « Cinema for change »


Les études pointent une éco-inquiétude chez les jeunes, mais aussi une difficulté à se mobiliser pour changer la donne… Comment expliquer cela ?
Marc Obéron 

Pour s’engager, il faut être informé, bien sûr. Mais il faut aussi avoir des exemples qui montrent qu’un autre avenir est possible. Beaucoup de jeunes sont fatalistes et les confinements successifs ne les ont pas aidés à voir le verre à moitié plein.

Valérie Martin

Les jeunes peinent à imaginer autre chose que ce que leur racontent chaque jour les récits de notre monde perclus de consumérisme, de productivisme et de culte de l’immédiateté. Ils se pensent impuissants et ce sentiment nourrit en retour leur inquiétude. Il est indispensable de casser cette spirale, notamment en leur donnant les clés pour agir concrètement !

Quel rôle peut jouer la culture dans le passage à l’action ?
V. M.

Il faut faire émerger un contre-récit qui dessine les contours d’un futur sobre et désirable. C’est là qu’interviennent l’art et la culture. Ce sont des vecteurs d’accélération de la transition que l’ADEME investigue de plus en plus. Nous mettons en place de nombreux partenariats avec des festivals engagés, nous soutenons des formations pour les scénaristes, nous sommes partenaires de l’Assemblée citoyenne des imaginaires, nous sommes en train d’élaborer un guide autour des récits de jeux vidéo…

M. O.

L’objectif du festival Cinema for Change est d’abord d’éveiller les consciences et de donner envie de s’engager, mais ce n’est pas tout. Avec le prix jeunesse, une compétition de courts métrages destinée à sensibiliser les enfants, les ados et les étudiants, nous montrons aux jeunes que des solutions existent. Au-delà de la dimension pédagogique, le cinéma permet de jouer sur le registre émotionnel, indispensable pour se projeter dans un futur qui reste à construire. Nous incitons aussi les jeunes à discuter de ce qu’ils voient, à confronter leurs idées et leurs ressentis. Enfin, c’est un programme d’empowerment : un comité de visionnage externe, auquel l’ADEME participe, sélectionne les œuvres mais ce sont les jeunes qui choisissent seuls les lauréats. Nous leur montrons ainsi que leur parole compte !

Reste à savoir comment passer des récits à une réalité collective…
M. O.

La période du Covid nous a montré que nous étions capables de l’impossible, de nous arrêter… et de ne pas continuer comme si de rien n’était. Nos enfants nous ont montré, par leurs actions et prises de parole, qu’ils ne manquaient pas de courage face aux enjeux auxquels notre planète est confrontée. Mon rêve serait que l’énergie positive créée par l’art les aide à user de leur pouvoir d’influence auprès des décideurs !

V. M.

C’est effectivement un défi collectif de donner corps aux nouveaux imaginaires… Mais ça avance ! Des villes comme Muttersholtz (67), qui parvient à mobiliser ses habitants en les invitant à construire ensemble un nouveau récit pour leur territoire, montrent qu’il est possible de tisser des liens féconds avec les artistes pour faire naître des histoires vivantes de transition, dont chacun peut devenir acteur.