Le téléphérique urbain, une solution pour limiter les embouteillages

Depuis 2022, les habitants de Saint-Denis, sur l’île de La Réunion, peuvent prendre un téléphérique urbain, le Papang, pour gravir les 300 mètres de dénivelé qui séparent le littoral des quartiers des hauts de la ville. Le trajet ne dure que 14 minutes, alors qu’il en faut une trentaine par la route (voire beaucoup plus aux heures de pointe).


Avec 150 000 habitants, Saint-Denis, chef-lieu de La Réunion, est la ville la plus peuplée des Outre-mer. L’une des plus embouteillées aussi. Plus de 25 000 voitures y entrent chaque jour. Or, faute d’espace, il est impossible d’élargir les routes qui rejoignent le centre-ville. Les élus de la Communauté intercommunale du nord de La Réunion (Cinor) se sont donc tournés vers le transport par câble. Une première ligne, le Papang, a été mise en service : construite par POMA (entreprise française spécialisée dans les transports par câble) et longue de 2,7 km, elle descend tout droit du quartier périphérique de Bois de Nèfles jusqu’au coeur du quartier très urbanisé du Chaudron et son pôle d’échanges. Comme elle nécessitait peu d’emprise au sol, elle a pu être installée sur une coulée verte et ne survole donc que très peu de bâtiments. Cela a sans doute contribué à son acceptabilité. Mais le travail de concertation a aussi été déterminant : même si les cabines ne passaient pas au-dessus de chez eux, les habitants allaient les voir.

Un raccourci bas carbone avec vue sur l’océan indien, à 1,30 €

« Nous avons été plus loin que ce que la loi nous imposait. Nous avons organisé des réunions de quartier en amont, puis à chaque étape du chantier, pour expliquer ce que nous faisions et pourquoi, indique Léa Echevet, cheffe du projet à la Cinor.Le portage politique fort, par les élus de la ville et de la Communauté d’agglomération, a été un autre facteur de réussite, tout comme la promesse – devenue réalité – d’un temps de trajet divisé par deux et d’une bonne interconnexion avec les autres modes de déplacement (bus urbains et/ou cars interurbains, parkings relais, etc.). » Un billet unique à 1,30 € permet en outre de combiner plusieurs transports publics.

C’est ce qui ressort du retour d’expérience que vient de publier le Cerema, avec le soutien de l’ADEME, de l’Agence française de développement (AFD) et de la Banque des territoires. Perçu comme pratique et fiable, le Papang transporte déjà plus de 6 000 personnes par jour, et ce chiffre continue de croître. Plusieurs leviers d’amélioration ont néanmoins été identifiés, comme la qualité de l’aménagement autour des stations (mobilier urbain, services, etc.) ou la poursuite de l’adaptation de l’offre (fréquence, etc.) aux besoins des usagers.

À Saint-Denis, une deuxième ligne est programmée pour 2028, cette fois pour franchir une ravine de 1,3 km et désenclaver le quartier de La Montagne, à l’ouest. Elle tiendra compte des enseignements de l’étude du Cerema.

Jusqu’à 10 personnes

toutes les 30 secondes, soit près de 1 200 par heure et par sens.

1,6 million

de trajets ont été réalisés en 2024.