Les grandes zones industrielles concentrent des activités énergo-intensives, des flux logistiques, des infrastructures et font de ces territoires des espaces déterminants pour atteindre les objectifs fixés par la Stratégie nationale bas-carbone (SNBC). Celle-ci impose de dépasser les approches fragmentées et de proposer des outils capables d’intégrer, de manière cohérente, les exigences de sobriété, d’efficacité énergétique, de transition vers les énergies bas-carbone et d’adaptation aux effets du changement climatique à l’échelle d’écosystèmes cohérents.
C’est dans ce contexte qu’est née la dynamique ZIBaC. Elle répond à un double besoin : donner aux zones industrielles les moyens de définir leur trajectoire collective de décarbonation et offrir à l’État une compréhension fine des besoins en infrastructures (énergétiques, notamment) nécessaires pour accompagner ces trajectoires. Depuis son lancement en 2022, le dispositif ZIBaC constitue ainsi un levier essentiel de la planification écologique et industrielle nationale. En s’appuyant sur des financements du programme France 2030 et sur l’expertise de l’ADEME, il a pour but d’aider les zones à anticiper les investissements à engager, de sécuriser leurs approvisionnements énergétiques futurs et ainsi de renforcer leur attractivité dans un contexte de transition rapide des marchés et des technologies.
Cette stratégie s’inscrit dans la continuité des démarches d’Écologie industrielle et territoriale (EIT) portées depuis longtemps par l’ADEME. Elles ont permis de bien identifier l’intérêt des approches mutualisées. Avec le dispositif ZIBaC, elles ont été adaptées aux enjeux des plus grandes zones industrielles émettrices en les fédérant autour des enjeux de décarbonation de leurs activités.
La démarche propose une vision intégrée de la transition industrielle de ces zones, fondée sur une analyse systémique des besoins énergétiques et logistiques, des contraintes foncières, des trajectoires technologiques et des risques liés au changement climatique. En regroupant les stratégies de décarbonation de l’ensemble des sites industriels d’une zone, il est possible d’élaborer différents scénarios de décarbonation conciliant ambitions des industriels et cohérence avec les stratégies nationales. Son objectif n’est pas seulement d’optimiser les flux existants, mais d’accompagner une transformation profonde des systèmes industriels et des infrastructures dont ils dépendent jusqu’à 2050.
Le dispositif repose sur trois volets complémentaires, qui constituent le socle de la stratégie.
Le premier volet est celui des études, qui fournissent le socle technique indispensable à la construction de ces trajectoires. Le programme finance à hauteur de 50 % les études collectives qui permettent d’explorer les opportunités techniques et organisationnelles de décarbonation. Elles portent par exemple sur les évolutions de mix énergétique, l’optimisation de la ressource en eau, l’évaluation des besoins en hydrogène et en captage de CO₂, l’analyse des potentiels de chaleur fatale, l’étude de la disponibilité du foncier, l’analyse des vulnérabilités au changement climatique et les modèles contractuels et juridiques de ces solutions collectives. En consolidant ces connaissances dans un cadre méthodologique homogène, ZIBaC permet de fiabiliser les projections et de comparer les options. C’est une analyse qui met en lumière les enjeux, risques et opportunités et permet de préparer les décisions d’investissement. Ces études constituent un socle commun pour les industriels, les collectivités et les services de l’État, facilitant ainsi la coordination des politiques publiques et des stratégies privées.
Le deuxième volet est celui de la planification. Il consiste à construire des trajectoires de décarbonation à l’échelle de la zone, compatibles avec les objectifs de réduction des émissions de la SNBC : pour le secteur industriel, -81 % d’émissions de GES en 2050 comparé à 2015. Chaque trajectoire s’appuie sur un scénario contrasté qui doit permettre de qualifier différentes évolutions possibles des marchés, des technologies, de la disponibilité des ressources ou des capacités de réseau. Elles identifient ainsi les leviers à mobiliser, les ordres de grandeur d’investissement et les besoins en infrastructures collectives, qu’il s’agisse de réseaux électriques renforcés, d’approvisionnement en hydrogène, de captage et de transport du CO₂, de production de chaleur renouvelable ou d’adaptation des systèmes logistiques. Sur la base de ces différentes trajectoires contrastées les unes par rapport aux autres, et des enseignements qui en ressortent en matière d’analyse des risques, les acteurs pourront ainsi choisir les hypothèses les plus probables pour construire la planification des investissements nécessaires aux sites industriels et au niveau des réseaux. Ce travail devient ainsi un outil stratégique pour les acteurs de chaque zone, mais aussi pour l’État et les opérateurs nationaux appelés à dimensionner les infrastructures du futur et les éventuelles modalités de soutien.
Pour accompagner les territoires dans cet exercice de planification, l’ADEME apporte son expertise et a développé des méthodologies adaptées aux problématiques des zones industrielles : pour l’établissement des trajectoires, l’étude des vulnérabilités collectives au changement climatique ou l’évaluation de la ressource en eau. Une méthodologie pour la construction d’une vision exhaustive des enjeux de construction d’un réseau d’infrastructures de chaleur, d’hydrogène ou de CO₂ est par ailleurs en cours de développement. Les guides méthodologiques sont adaptés aux ZIBaC, mais pensés pour toute zone industrielle. Pour identifier les pistes de décarbonation à long terme, les zones industrielles peuvent aussi se référer aux Plans de transition sectoriels (PTS) de l’industrie développés par l’ADEME.
Le troisième volet, complémentaire des deux premiers – et finalement préalable à la bonne mise en oeuvre des deux volets précédents – est celui de la gouvernance. Les zones industrielles concentrent des acteurs multiples – entreprises, ports, collectivités, opérateurs de réseaux et logistiques – dont les décisions s’influencent mutuellement. Pour faire émerger ces projets d’infrastructures de grande envergure, développer une vision partagée public/privé et local/national sur les enjeux de décarbonation d’un territoire est essentiel. La dynamique ZIBaC structure un espace de dialogue permettant de partager les données nécessaires à la construction des trajectoires, de débattre des arbitrages, de suivre la mise en oeuvre des actions, de coordonner les calendriers industriels et de sécuriser les projets collectifs. Cette gouvernance, que le programme France 2030 accompagne, vise à instaurer une coopération durable entre acteurs publics et industriels, indispensable pour mener à bien des projets d’infrastructures de long terme.
En réunissant études, planification et gouvernance, le dispositif ZIBaC offre ainsi aux zones industrielles un cadre structurant afin de se projeter dans un avenir décarboné le plus sécurisé possible, tout en donnant à l’État une visibilité essentielle pour piloter la planification nationale.