Avec le dispositif ZIBaC, l’ADEME généralise une nouvelle méthodologie transdisciplinaire de décarbonation par et pour les territoires. En effet, au-delà des approches technologiques, les problématiques transverses de ressources en eau, d’affectation du foncier, d’adaptation au changement climatique, et de développement d’activités et d’emplois sont intégrées à la réflexion.
Le dispositif ZIBaC est construit en deux phases. La première, d’une durée de deux ans, permet de structurer la gouvernance et le collectif d’acteurs associés et d’explorer toutes les pistes de décarbonation. Un bilan interacteurs est effectué en fin de phase 1. Il propose une première version consolidée des trajectoires et permet d’échanger avec l’État sur les études à poursuivre pour sécuriser les projets et qualifier leurs conditions de succès. Les ZI peuvent ensuite s’engager dans la phase 2, dite « d’accompagnement », pour une durée allant jusqu’à cinq ans. Cette seconde phase d’études permet de détailler les conditions de mise en oeuvre des trajectoires, de confirmer l’intérêt des technologies émergentes et d’affiner les dimensionnements, tracés et coûts des infrastructures. La phase 2 va transformer les trajectoires de décarbonation élaborées en phase 1 en outils d’aide au pilotage opérationnel de la décarbonation territoriale.
Les zones industrielles de Fos-sur-Mer et Dunkerque sont les deux plus grandes ZI françaises. Elles sont aussi les premières à s’être engagées dans la dynamique ZIBaC, et les résultats issus de leurs études « ZIBaC phase 1 » témoignent des avancées permises par ces travaux collectifs.
La Zone industrialo-portuaire de Fos-sur-Mer (ZIP), le pourtour de l’étang de Berre jusqu’au bassin de Gardanne-Meyreuil, ainsi que Manosque et la basse vallée du Rhône incarnent une dynamique de décarbonation ambitieuse portée par le programme
SYRIUS.

Animé par l’association d’industriels PIICTO en partenariat avec la Région Sud, Aix-Marseille-Provence Métropole, le Grand Port Maritime de Marseille, Novachim et Capenergies, ce programme se caractérise par une large mobilisation des acteurs industriels (plus d’une cinquantaine). Pendant la première phase, quatre trajectoires de décarbonation pour le territoire ont été simulées en s’appuyant sur les guides méthodologiques produits par l’ADEME. L’ADEME a accompagné SYRIUS, le coordinateur de projets, pour garantir la rigueur scientifique de la démarche et s’assurer de la pertinence des résultats obtenus. Ces trajectoires traduisent des scénarios contrastés en termes de mobilisation des acteurs, de contexte économique, de maturité technologique ou encore de mise en oeuvre d’infrastructures collectives. Elles permettent toutes d’atteindre en 2050 la diminution de 81 % d’émissions de GES imposée par la SNBC.
Dans certains scénarios, la décarbonation est en partie la résultante d’une perte d’activité économique historique. Néanmoins, elle peut aussi représenter une opportunité de réindustrialisation sur de nouvelles activités pour satisfaire les nouveaux besoins en matériaux et énergies bas-carbone. Dans tous les scénarios, la décarbonation de la zone nécessitera des investissements massifs, jusqu’à ~13 milliards d’euros d’ici 2050 pour le plus ambitieux, avec une part importante à déployer avant 2030. Selon les scénarios, les volumes mobilisés pour chaque levier de décarbonation évoluent. Une électrification poussée ou le recours à l’hydrogène peut, pour certains industriels, réduire fortement, voire supprimer le besoin de captage‑stockage du CO₂. À l’inverse, les technologies indispensables dans tous les scénarios sont identifiées comme prioritaires et doivent voir leur déploiement accéléré.
En explorant les évolutions potentielles de la zone industrielle, le dispositif ZIBaC aide les entreprises et les acteurs du territoire à positionner leurs projets dans une vision cohérente et alignée avec les enjeux du territoire.

Damien Chambolle, Program Manager Decarbonization Net Zero | ArcelorMittal Méditerranée
ArcelorMittal Méditerranée exploite à Fos-sur-Mer la deuxième aciérie de France, au coeur de nombreuses chaînes de valeur industrielles stratégiques. Pour atteindre zéro émission de CO₂ directe liée à l’énergie en 2050, le premier levier de décarbonation que nous avons mis en œuvre repose sur l’économie circulaire. Cette stratégie vise à maximiser l’intégration d’acier usagé pour réduire la dépendance aux ressources fossiles. Pour cela, nous engageons des investissements industriels significatifs : le déploiement d’un four à poche électrique, représentant un investissement de 76 millions d’euros et soutenu par l’ADEME, et un projet de construction de four à arc électrique (EAF), pour un montant estimé de 750 millions d’euros. Néanmoins, la décarbonation profonde nécessite des leviers complémentaires, reposant en particulier sur le développement d’infrastructures énergétiques et de gestion du CO₂ à l’échelle territoriale. Le programme SYRIUS, inscrit dans la dynamique ZIBaC, apporte ici une contribution structurante en alignant les trajectoires industrielles avec le développement des infrastructures nécessaires et en favorisant une planification concertée entre industriels et acteurs publics, essentielle pour garantir la cohérence des investissements dans le temps. Pour ArcelorMittal, cette approche collective est déterminante, car elle permet d’identifier des verrous critiques. Elle conditionne également la mise en oeuvre de solutions de décarbonation, notamment celles intégrant la capture et la gestion du CO₂ à grande échelle. Dans cette logique, les investissements engagés par ArcelorMittal constituent un socle indispensable que le programme SYRIUS vient compléter pour assurer la compatibilité avec les autres projets et contraintes de notre territoire. Cette double approche permet de conjuguer efficacité immédiate et vision à long terme, tout en assurant la cohérence et la résilience de la transformation industrielle. SYRIUS apparaît ainsi comme un catalyseur de la transformation industrielle, en apportant les conditions de cohérence, de visibilité et de mutualisation nécessaires à la réussite de la transition.

Stéphane Boyaval, Direction de l’Aménagement et de l’Environnement Chargé de missions décarbonation et adaptation aux changements climatiques
La zone industrialo-portuaire de Dunkerque est lauréate de l’appel à projets ZIBaC au travers de son projet DKarbonation, né à l’initiative des industriels du territoire et soutenu par la Communauté urbaine de Dunkerque, la Communauté des communes des Hauts de Flandre, la CCI Littoral Hauts-de-France et le Grand Port Maritime de Dunkerque (GPMD). Porté par le GIP ÉcosystèmeD, le projet DKarbonation s’appuie sur une gouvernance tripartite (industriels, territoire, instances nationales) nécessaire à la coordination et à la synchronisation des études et projets industriels sur l’ensemble des chaînes de valeur, le partage d’une vision commune à l’échelle locale et nationale et l’anticipation et l’ajustement des besoins en infrastructures. Le GPMD mesure l’intérêt de ce programme ZIBaC pour stabiliser les schémas directeurs des infrastructures et réserver le foncier : les réseaux (électrique, CO2, H2, eau, chaleur fatale) comme les postes sources électriques sont mutualisés et intégrés au projet stratégique du port. Le GPMD note aussi une fiabilisation des business modèles : recherche de synergies et développement d’une économie circulaire dès le lancement des projets, meilleure appréhension de la faisabilité des projets, de leur valeur ajoutée pour le territoire, suivi rapproché par la sous-préfecture, communication mutualisée permettant une meilleure acceptabilité des projets industriels, ou encore prise en compte du changement climatique à l’échelle systémique. La dynamique ZIBaC est clairement un accélérateur de la décarbonation du territoire en structurant une stratégie territoriale collective, en stimulant l’innovation via des études ciblées, en renforçant la cohésion et l’émulation grâce à l’animation par ÉcosystèmeD, et en pérennisant l’action collective sur l’adaptation climatique.
Pour atteindre la neutralité carbone en 2050 dans un territoire qui représente plus de 25 % des émissions industrielles nationales, le projet DKarbonation a étudié le rôle que peut jouer chaque infrastructure pour la décarbonation de ses entreprises. En résulte un schéma directeur qui guide les industriels en les informant sur les coûts d’accès aux infrastructures, leurs capacités et leurs délais de mise en œuvre. À l’horizon 2050, le mix énergétique de la zone industrielle passera de plus de 70 % d’origine fossile aujourd’hui à moins de 10 % dans les trois scénarios étudiés. Cette évolution repose surtout sur l’électrification des usages, qui triplera la demande d’électricité par rapport à 2024 et nécessitera la construction d’une nouvelle ligne 400 kV. Le réseau de chaleur industriel permettra de valoriser davantage de chaleur fatale, contribuant à une réduction notable des émissions de CO₂. L’hydrogène pourrait constituer un levier de décarbonation majeur, en limitant fortement le besoin d’export de CO₂, mais en décuplant la consommation électrique.
Toutefois, les conditions économiques ne permettant pas encore son déploiement massif, la création d’une infrastructure dédiée n’est pas prioritaire. La capture du carbone sera indispensable pour atteindre les objectifs de neutralité et nécessitera de développer un réseau CO₂. Plusieurs projets d’export, également utiles à des industriels situés en dehors de cette zone industrielle, sont à l’étude ; selon les scénarios, ils peuvent être complémentaires ou, au contraire, se concurrencer.
En parallèle des réseaux énergétiques et CO₂, le projet DKarbonation a analysé l’optimisation du réseau d’eau industrielle, notamment via des solutions alternatives de refroidissement par eau de mer. La logistique constitue également un enjeu majeur, avec la volonté de renforcer le report modal grâce à la création d’un terminal de ferroutage.
