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Utile, accessible, durable : l’alternative low-tech

Utile, accessible, durable : l’alternative low-tech
Longtemps restées confidentielles, les low-tech commencent à gagner en visibilité auprès du grand public et en crédibilité auprès de nombreux acteurs de la transition… Mais de quoi parle-t-on réellement ?

Fin 2021, l’ADEME dévoile les résultats de sa grande étude prospective Transition(s) 2050 explorant quatre chemins pour atteindre la neutralité carbone en 2050. Baptisé « Génération frugale » le premier de ces scénarios prospectifs repose sur une modification profonde des modes de vie et sur un appareil productif « en partie fondé sur les low-tech ». «C’est la première fois que les low-tech font leur apparition dans des travaux de lADEME d’une telle ampleur», souligne Thibaut Faucon, coordinateur scientifique et technique de -l’ADEME Île-de-France. Une belle reconnaissance pour un concept prenant racine dans les années 1970 mais qui n’a été popularisé qu’en 2014 sous la plume de l’ingénieur-essayiste Philippe Bihouix (voir p. 10). Mais de quoi parle-t-on exactement ? Ce printemps, l’ADEME dévoile une étude pour dresser un état des lieux et les perspectives des démarches low-tech (voir encadré p. 8). Des réflexions qui ont permis d’aboutir à une définition. Il en ressort que le qualificatif s’applique à des démarches de conception et d’évolution de produits, de services, de procédés ou de systèmes qui visent à maximiser leur utilité sociale tout en maîtrisant leur impact environnemental. Cela afin de ne pas excéder les limites planétaires. «Concrètement, une démarche low-tech implique un questionnement du besoin. Il s’agit à la fois de réduire la complexité technologique, d’entretenir l’existant plutôt que de le remplacer, de donner accès au plus grand nombre aux solutions et de maîtriser les usages», indique Anne-Charlotte Bonjean, ingénieure réparabilité à la direction économie circulaire de l’ADEME.

Idées reçues

Comme toute approche novatrice, ce concept suscite son lot de malentendus. «Parce quil s’oppose sémantiquement au high-tech, le low-tech est souvent considéré comme un rejet de la technologie et du progrès, remarque Thibaut Faucon. Certains y voient une volonté de retour à la bougie ou la valorisation d’un “do it yourself” sans grande portée… Or le low-tech, c’est avant tout du techno-­discernement et un regard systémique sur linnovation.» Certaines démarches impliquent en effet des technologies de pointe comme de la modélisation 3D, alors qu’a contrario des solutions sobres en technologies ne peuvent pas être considérées comme low-tech, parce que le système dans lequel elles s’inscrivent n’est pas durable. Ce serait le cas, par exemple pour des outils manuels mis au service d’une agriculture intensive ou pour des chauffe-eau solaires utilisés pour des piscines individuelles.

Des promesses à transformer

Les champs d’application du low-tech sont nombreux et variés allant de l’agriculture à l’industrie en passant par la construction, l’électronique grand public, l’alimentation – avec par exemple une boulangerie utilisant un four solaire – ou encore la mobilité. « Sur ce dernier axe, plusieurs acteurs cherchent à développer des véhicules motorisés légers, donc moins gourmands en ressources, poursuit Thibaut Faucon. C’est le cas de la Gazelle, une petite voiture électrique qui sera fabriquée en France dans des micro-usines mobiles. Tous les critères du low-tech ne sont pas cochés – on pourrait notamment regretter l’absence de logique open source – mais c’est déjà un pas intéressant, en particulier pour les habitants dans les territoires ruraux ou il n’existe pas d’alternative évidente à la voiture individuelle. » Économies de ressources, faibles émissions, relocalisation, autonomisation des utilisateurs, création de lien social… les potentiels économiques, sociaux et environnementaux des low-tech sont conséquents. Reste désormais à créer les conditions d’un passage à l’échelle en levant les freins politiques, réglementaires et culturels qui subsistent. Pour l’heure, un écosystème se structure autour d’associations, de chercheurs, de designers, d’entreprises de toutes tailles et d’institutions publiques, l’ADEME en tête. « Cela fait trois ans que l’Agence se familiarise avec le sujet, indique Thibaut Faucon. Aujourd’hui plusieurs initiatives ont déjà vu le jour grâce à l’engagement des directions régionales Île-de-France, Bretagne et Provence-Alpes-Côte d’Azur : organisation de tables rondes, de webinaires et de forums, accompagnement d’expérimentations et de projets via des appels à manifestation d’intérêt. Cette année, l’ADEME s’associe avec d’autres partenaires pour lancer l’eXtrême Défi, un challenge ouvert de trois ans pour créer une catégorie de véhicules sobres et efficaces, peu coûteux, interopérables, simples à assembler à l’aide de composants standards et recyclables. Cette mobilisation qui va croissant est le reflet d’une dynamique low-tech qui monte en puissance partout. Et nous sommes convaincus que cette dynamique est une bonne nouvelle pour l’ensemble de la transition écologique. »

130 g de CO2/km

C’est l’impact environnemental d’une voiture citadine. La Gazelle, voiture légère est 40 % moins polluante.

765 initiatives

sont recensées par le Low-tech lab, qui s’est donné pour mission de diffuser en open source les solutions low-tech du monde entier.

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