Dossier

Le vivant, meilleur allié de la neutralité carbone ?

Le vivant, meilleur allié de la neutralité carbone ?
Si la neutralité carbone à l’horizon 2050 est désormais fermement installée dans les stratégies climatiques, les chemins pour y parvenir sont encore trop flous pour bon nombre d’acteurs. La voie de la bioéconomie durable demeure largement sous-exploitée malgré un potentiel important. Mais la donne est en train de changer.

Comme son nom l’indique, la bioéconomie, c’est l’économie basée sur le vivant. « La bioéconomie englobe l’ensemble des activités de production et de transformation de la biomasse – qu’elle soit forestière, agricole et aquacole – à des fins alimentaires ainsi que pour la production de matériaux biosourcés ou d’énergie », résume Jérôme Mousset, directeur Bioéconomie énergies renouvelables à l’ADEME. C’est donc un pan très large de l’économie et c’est aussi un domaine crucial pour la transition écologique, comme l’ADEME le souligne dans le rapport du projet prospectif Transition(s) 2050 publié fin novembre. Le vivant y apparaît comme « l’un des atouts principaux permettant de combiner trois leviers stratégiques » : la séquestration du carbone qui compense en partie les émissions irréductibles, la substitution de ressources fossiles par la biomasse (énergie ou matière) et enfin la réduction des impacts du système alimentaire par des modes de production plus responsables et mieux adaptés à l’urgence environnementale.

Avec 389 000 exploitations agricoles, sa vaste façade maritime et la troisième forêt d’Europe, la France a un très fort potentiel de développement en matière de bioéconomie. Mais si vaste soit-il, ce champ des possibles n’est pas extensible à l’infini, « et surtout tous ses composants sont étroitement interconnectés, remarque Jérôme Mousset. Prélever du bois pour produire une énergie décarbonée, oui, mais encore faut-il veiller à ne pas trop amoindrir les puits de carbone forestiers ni dégrader les sols. Pour une bioéconomie durable, il faut donc privilégier une approche globale et systémique de nature à maximiser les usages de la biomasse tout en préservant les services environnementaux qu’elle nous rend. C’est une question d’équilibre. »

De plus en plus d’initiatives

Depuis plusieurs années les acteurs économiques et institutionnels semblent prendre rapidement la mesure du rôle que le monde du vivant doit jouer dans la décarbonation de notre société. Cette prise de conscience se traduit en actes avec un bouillonnement d’idées et d’initiatives dans les trois grands secteurs d’activité de la bioéconomie que sont l’alimentation, les produits biosourcés et l’énergie. Ainsi, la multiplication des projets alimentaires territoriaux (PAT) depuis 2016 contribue à accélérer la transition agricole et alimentaire en rapprochant producteurs, transformateurs, distributeurs, collectivités territoriales et consommateurs. La France compte pour l’heure plus de 200 PAT en déploiement et 65 nouveaux projets sont dans les starting-blocks, financés par le plan de relance. De même, les appels à projets dans les domaines des biosourcés (voir p. 9) et des énergies à biomasse rencontrent un succès croissant. « La dynamique ne devrait pas fléchir, ajoute Jérôme Mousset. Tous les scénarios définis dans le cadre de Transition(s) 2050 tablent sur un doublement des usages de la biomasse pour les bioénergies et produits biosourcés dans les trente prochaines années, avec un volume mobilisé dépassant les 100 millions de tonnes de matière sèche. »

Un potentiel pour le stockage du carbone

Les signaux sont également encourageants du côté de la séquestration du carbone. Ainsi, une étude menée par l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (INRAE) en partenariat avec l’ADEME a mis en évidence un potentiel important de stockage carbone additionnel dans les sols qui permettrait de compenser environ 12 % des émissions de GES françaises. « Parallèlement, nous travaillons avec les représentants du monde agricole à la structuration de dispositifs de financement des efforts engagés pour réduire les émissions de gaz à effet de serre ou augmenter les capacités de séquestration du carbone des exploitations », poursuit Jérôme Mousset. En août dernier, ces démarches ont abouti à l’approbation par le ministère de la transition écologique d’une nouvelle méthode dans le cadre du dispositif du Label bas carbone pour les grandes cultures, qui permettra à des groupements de producteurs de valoriser les émissions évitées sur le marché volontaire de la compensation carbone. C’est la quatrième méthode de ce type après celles dédiées aux élevages bovins, aux haies et aux vergers.

En parallèle de ces travaux, l’ADEME mobilise ses leviers d’intervention classiques au service de la bioéconomie : soutien d’études et de projets de recherche, accompagnement de l’innovation en particulier dans les domaines des matériaux biosourcés et des biocarburants, financement de chaufferies biomasse dans le cadre du Fonds Chaleur. « Enfin, nous nous attachons également à sensibiliser nos différents publics aux enjeux du monde du vivant. Sur ce plan, l’un de nos chantiers emblématiques porte sur l’affichage environnemental des produits alimentaires. Après des mois d’expérimentation et de recherche menées avec une vingtaine d’acteurs privés et publics sur le sujet, en collaboration avec les ministères en charge de l’écologie, de l’agriculture et de l’industrie, nous avons remis des propositions concrètes visant la mise au point rapide d’un dispositif d’information environnementale opérationnel et évolutif », annonce Jérôme Mousset en conclusion.

389 000 exploitations

agricoles en France

16,9 millions

d’hectares de surface forestière en métropole,soit plus de 29 % du territoire national métropolitain

12 %

des emplois en France sont directement liés à l’alimentation

Potentiels d’atténuation du secteur agricole : des fiches pour passer à l’action

À l’automne dernier, l’ADEME a publié, avec l’appui d’INRAE, 13 fiches régionales destinées à accompagner les acteurs du monde agricole et les décideurs publics locaux dans la mise en œuvre d’actions destinées à réduire les émissions de GES et à renforcer les capacités de stockage de carbone des exploitations. Chacune de ces fiches quantifie les coûts et l’efficacité de l’ensemble des pratiques d’atténuation adaptées au contexte régional et présente en détail les pratiques à prioriser sur le territoire ainsi que les dispositifs d’accompagnement disponibles.

Les 13 fiches régionales

 

A lire aussi dans le magazine