Décryptage

« Trente ans de l’ADEME : de l’expérimentation au déploiement à grande échelle »

En 1991, l’État décidait de regrouper une galaxie de petites agences publiques en un établissement unique : l’ADEME. Arnaud Leroy, son président-directeur général depuis quatre ans, revient sur la place incontournable qu’elle a su prendre dans la transition écologique, principal défi de notre temps.

L’ADEME vient d’avoir trente ans : comment son rôle et sa place dans l’action publique ont-ils évolué depuis sa création ?
Arnaud Leroy 

Économies d’énergie et énergies alternatives, déchets, qualité de l’air et des milieux… les thématiques fondatrices de l’Agence restent au cœur de sa mission. Avec la prise de conscience générale des périls environnementaux qui nous menacent – l’ADEME a l’âge du sommet de Rio –, ces sujets ont aussi gagné le cœur du débat public. Ils constituent, pour notre société, autant de défis au long cours qui ne seront relevés qu’au prix d’une action aussi patiente que résolue. Le fait que, dans sa forme même d’EPIC, établissement public à caractère industriel et commercial, l’ADEME ait résisté à toutes les alternances montre la solidité de son modèle. Son influence dépasse de loin ses seuls moyens. Des centaines de salariés et de doctorants – nous en accueillons une cinquantaine en permanence – ont essaimé ses savoirs et ses méthodes dans autant d’organismes publics, de collectivités, d’entreprises et d’associations. Elle pourvoit en informations fiables chercheurs, influenceurs et décideurs publics. Il n’y a pas une seule grande loi touchant à l’environnement qui ne se fasse sans sa contribution. L’effet de levier est immense…

D’autant que l’État lui confie un montant de plus en plus conséquent d’aides à distribuer…
A. L.

Si on nous avait dit il y a seulement dix ans qu’en plus de notre budget propre, nous disposerions de quelques milliards d’euros au titre du Fonds Chaleur, du Programme d’investissements d’avenir, de France Relance et aujourd’hui du plan France 2030, nous aurions eu un peu de mal à le croire. Cette mission récente d’opérateur de l’aide publique à l’investissement manifeste le passage à un nouveau « temps » du combat écologique : le déploiement à grande échelle des technologies éprouvées, qui permet de massifier l’action pour atteindre la neutralité carbone en 2050. Ce qui ne nous empêche pas de soutenir l’innovation de rupture via de nombreux appels à manifestation d’intérêt.

La voie de l’incitation financière n’est-elle pas une forme de renoncement, alors que des ruptures plus radicales s’imposeraient ?
A. L.

Au sens propre du terme, l’ADEME ne fait pas la loi. En revanche, la question de l’efficacité de l’action publique et, par conséquent, celle de la méthode à employer font partie de son champ de recherche. Ces questions croisent des disciplines que l’ADEME a investies ces dernières années : l’économie, la psychologie, la socio­logie, l’éducation, la formation… Que nous disent-elles ? Que pour réussir une transformation de cette ampleur, nous avons besoin d’adhésion. Si l’intervention de ­l’ADEME devait être ressentie comme une agression par les acteurs concernés, il est très probable que le processus engagé se gripperait. Cela n’interdit pas de tenir un langage de vérité sur l’effort à produire. J’aime comparer cela à un travail de coach : on pousse et on soutient.

Cela n’éloigne-t-il pas des grands sujets, sur lesquels notre société peine à faire des choix ?
A.L.

L’électricité accapare – je n’ose pas dire électrise – le débat, alors qu’elle ne représente qu’un quart de l’énergie que nous consommons et bien moins encore des gaz à effet de serre que nous émettons. Il peut paraître anecdotique à certains de se préoccuper des chaudières à bois, de l’isolation des logements, des vélos électriques, du numérique, de la décarbonation du transport maritime ou des procédés industriels ; ce sont pourtant les leviers les plus puissants dont nous disposons pour freiner le changement climatique. Nos trente ans cette année sont une bonne occasion de redire cette vérité en organisant des événements en région et à Angers fin mars pour les collectivités, entreprises, enseignants, jeunes et familles autour d’un fil rouge, « Le Grand Défi Écologique ».

Plus de 1000 collaborateurs

dans toute la France métropolitaine et outre-mer.

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nouveaux bénéficiaires d’aides en 2021.