Une molécule biosourcée made in France et compétitive, pour des résines sans COV

ResiCare, filiale de Michelin spécialisée dans les résines adhésives industrielles, s’apprête à inaugurer la première usine européenne de 5-HMF. Cette molécule biosourcée, déjà intégrée dans les formulations de l’entreprise, pourrait intéresser bien d’autres secteurs : emballages, carburants, solvants…


Une alternative aux fossiles toxiques

Issu du fructose, un sucre commun dans l’agroalimentaire, le 5-HMF (ou 5-hydroxyméthylfurfural) peut se substituer à des molécules pétrosourcées qui, comme le formaldéhyde ou le résorcinol, servent de support à de nombreux procédés chimiques. Contrairement à ces derniers, le 5-HMF n’est pas cancérogène, mutagène ou toxique pour la reproduction (CMR), ce n’est pas un perturbateur endocrinien et il n’est pas source de composés organiques volatils (COV). En intégrant cette molécule à ses nouvelles résines, Michelin ResiCare répondait donc à la demande de ses clients, des fabricants de contreplaqués et autres matériaux composites (qu’on retrouve dans les carrosseries, pneus et plaquettes de frein automobiles, dans les intérieurs de trains et d’avions, dans les isolants ou les meubles), pour des solutions sans substances préoccupantes.

Une brique stratégique pour la décarbonation de l’industrie

Le 5-HMF est ce qu’on appelle une « molécule plateforme » : il peut servir de base à la fabrication de nombreux produits : plastiques biosourcés, biocarburants, solvants, médicaments… Pour développer son potentiel, ResiCare s’est donc entourée d’une douzaine d’autres acteurs au sein d’un consortium baptisé Cerisea. Ensemble, ils ont lancé la construction d’une unité de production de 5-HMF dans la commune du Péage-de-Roussillon, près de Lyon. Celle-ci est en cours d’achèvement. Des recherches sont aussi menées pour développer de nouveaux marchés. L’un des partenaires, le chimiste Aventium, travaille déjà, par exemple, au développement du polyéthylène furanoate (PEF), un plastique biosourcé destiné à remplacer le polytéréphtalate d’éthylène (PET) dans les emballages alimentaires.

Une production locale et souveraine

« Aujourd’hui, seules quelques usines asiatiques fournissent du 5-HMF, avec des capacités de production de l’ordre de 1 000 tonnes par an, indique Daniel Zante, chef du projet Cerisea chez ResiCare. Nous avons créé notre propre unité pour sécuriser nos approvisionnements. » Le chantier représentait un investissement de 60 M€. Mais, parce qu’il offrait à la France l’opportunité de se positionner en leader sur une nouvelle filière stratégique tout en contribuant à la défossilisation de l’économie, il a reçu le soutien du programme France 2030, opéré par l’ADEME, et du programme européen Circular Bio-Based Europe – Joint Undertaking (CBE-JU). Le démarrage du site est prévu fin 2026, pour une mise en service début 2027. L’ADEME accompagnera la phase de lancement, destinée à démontrer l’efficacité technique et la viabilité économique de l’usine. Le financement européen prendra ensuite le relais, pour la montée en échelle.

Économies de CO2 et de fabrication

Au-delà de son caractère biosourcé et local, le 5-HMF de ResiCare sera produit de façon plus vertueuse que dans les usines actuelles. L’entreprise a codéveloppé avec l’IFP Énergies nouvelles (Ifpen) un procédé de synthèse et de purification qui intègre tous les principes de la chimie verte : meilleurs rendements matière, baisse des consommations d’énergie, récupération de chaleur fatale, réduction des besoins en eau, recyclage de 95 % des solvants utilisés et valorisation des coproduits (humines) sous forme de compost. ResiCare s’intéresse aussi à d’autres sources de sucre. Elle aimerait à terme recourir à du fructose de deuxième génération, provenant de biomasse non alimentaire. Mais celui-ci existe encore en trop petites quantités et à des prix incompatibles avec la réalité du marché. « Nous menons des recherches en ce sens au sein de Cerisea. Mais, comme nous ne souhaitions pas remettre à demain notre sortie du pétrole, nous allons commencer par utiliser du fructose issu d’amidon de maïs ou de blé », explique Virginie Roux, en charge des affaires publiques et partenariats chez ResiCare. Ce sucre est produit en excès aujourd’hui et ne pose donc pas de problème de concurrence avec les sols alimentaires.

25 emplois

directs créés pour faire fonctionner l’usine

Une solution durable et compétitive

Grâce à son procédé économe en énergie, à son implantation en France, dont le mix électrique est fortement décarboné, et à son intégration au sein de la plateforme industrielle Osiris, dont la chaleur est produite à 85 % à partir de biomasse, l’usine aura une empreinte carbone réduite. Mais elle ne sera pas que compétitive sur le plan écologique : sa capacité de production (3 000 tonnes par an) permettra des économies d’échelle. Et ce n’est qu’un début : « Une fois que notre démonstrateur aura fait ses preuves, nous prévoyons de vendre des unités industrielles de 20 000 tonnes par an sous licence, afin que d’autres puissent le répliquer », annonce Daniel Zante.