Dossier

Décarboner la logistique

En matière de livraison de marchandises, les intérêts des collectivités et des transporteurs se rejoignent. Reste à trouver des solutions pour les clients ruraux, même les plus isolés. Le point avec Tristan Bourvon, ingénieur au service Transports et Mobilité de l’ADEME et Constance Maréchal-Dereu, directrice générale de France Logistique, association des acteurs privés de la logistique.

Quels sont les enjeux du transport logistique dans les zones peu ou moyennement denses ?
Tristan Bourvon

Le transport des marchandises et la mobilité des voyageurs y sont les deux faces d’une même pièce. Si on amène les biens au plus près des gens, on augmente les distances parcourues par les poids lourds. Mais si on dépose tous les colis dans un entrepôt à la sortie de l’autoroute, chaque client devra prendre sa voiture pour récupérer son paquet. Il y a un équilibre à trouver.

Constance Maréchal-Dereu 

Les transporteurs font déjà très peu de marges. Au-delà des enjeux climatiques, la hausse du prix des carburants les pousse donc encore plus qu’avant à optimiser leurs tournées et à limiter les retours à vide.

Quelles sont les solutions ?
C. M.-D.

Les poids lourds parcourent de longues distances sans revenir au dépôt. Or, sur les routes, les points de recharge électriques adaptés à leur taille et à leurs besoins n’existent pas encore. Les modèles électriques actuels sont plus adaptés à de courtes tournées. La multimodalité est un autre levier, mais les transporteurs peinent à obtenir des sillons ferroviaires. Réorganiser les flux, avec des tournées de livraison moins fréquentes mais mieux remplies, permettrait aussi d’économiser du CO2, à condition que les clients aient assez de surface pour avoir du stock et acceptent un peu plus de délai d’attente.

T. B.

Dans la plupart des secteurs, la demande des clients est encore à la réduction des délais. Mais l’idée fait son chemin. Dans les circuits courts notamment, les agriculteurs partagent de plus en plus leurs tournées. Pour simplifier le regroupement de leurs produits, la société Promus, soutenue par l’ADEME, travaille sur l’installation de points de collecte à température dirigée, les PromusBox. Autre projet soutenu par l’ADEME, Sherpa étudie la faisabilité d’une livraison des sites très isolés par drone. Cette solution n’est pas adaptée partout, mais, en montagne, elle évite qu’un camion fasse l’ascension pour un seul client.

Quel rôle peuvent jouer les collectivités ?
T. B.

Elles peuvent agir via la planification territoriale. À l’ADEME, nous soutenons par exemple le projet -E-Impact de la communauté d’agglomération Béthunes Bruay Artois Lys Romane (CABBALR), qui évalue les flux logistiques à travers son territoire à l’aide d’outils innovants développés par Urban Radar. Ce diagnostic doit permettre aux décideurs politiques et aux techniciens de mieux comprendre l’impact de ces flux et d’agir en conséquence, en révisant par exemple les documents d’urbanisme. C’est aussi l’opportunité de construire un dialogue avec les acteurs économiques.

C. M.-D.

La loi Climat et Résilience a intégré les enjeux logistiques dans le schéma régional d’aménagement, de développement durable et d’égalité des territoires (SRADDET) et le schéma de cohérence territoriale (SCoT). Cela vise à assurer des implantations d’entrepôts qui optimisent les distances parcourues tout en luttant contre l’artificialisation des sols.